C’est la fin

  La grande majorité de mes lecteurs étant atteinte de cinéphilie aiguë, il est utile de préciser que non, cet article n’aura aucun rapport avec la comédie apocalyptique de Seth Rogen, C’est la fin, sortie dans les salles en septembre dernier. Non, j’écris ce texte afin « d’officialiser », ou plutôt de justifier, la fin de pressCritik. Ainsi, comme vous l’avez certainement remarqué si vous suivez pressCritik, je n’ai publié aucun article depuis la mi-novembre. Ce qui a pu passer pour une trêve pré-hivernale n’en était pas une, je tiens à le signaler. Ce choix de ne plus publier de critiques n’a rien à voir avec une quelconque flemmardise : cette décision a en effet été prise volontairement, suite à une longue réflexion. Le fait que je sois devenu, courant novembre, chroniqueur sur RadioU (une radio universitaire brestoise) a évidemment beaucoup compté. Cette chronique ciné me prend du temps mais surtout elle m’a ouvert à une nouvelle forme de critique – en l’occurrence, la critique radio. J’ai commencé la critique de film par format écrit sur un blog, et aujourd’hui mes critiques passent à la radio, devenant ainsi orales. Plus tard peut-être passerais-je au format télévisé ? Ou peut-être reviendrais-je à une forme écrite mais cette fois-ci dans la presse ? Je ne sais pas encore mais quoi qu’il en soit, je pense avoir fait le tour de la critique écrite sur blog et je crois qu’il est temps de passer à un nouveau support, à une nouvelle forme d’expression. Désormais, j’aimerais m’investir pleinement dans RadioU, qui m’offre la chance de m’essayer à cette formidable façon de s’exprimer qu’est la radio. Je remercie tous ceux qui ont suivi pressCritik.

The-Artist-de-Michel-Hazanavicius

  Pour ceux qui souhaiteraient écouter ma chronique ciné’ sur RadioU (http://www.radio-u.org/), je suis à l’antenne le mercredi, entre 18 et 19 heures. Je possède également un compte Twitter, sur lequel je partage de nombreuses informations relatives au septième art : https://twitter.com/pressCritik.

Inside Llewyn Davis

inside_llewyn_davisUne semaine dans la vie d’un jeune chanteur de folk du Greenwich Village des années 60’s. (IMDb)

Inside Llewyn Davis
de Joël et Ethan Coen,
2013,
avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan…

 

 

 

★★★★☆

  19 mai 2013 ; se pavanent sur le tapis rouge cannois la pop-star américaine Justin Timberlake, la belle Carey Mulligan, le talentueux John Goodman… que du beau monde en perspective. Mais, soudain, notre œil est attiré par deux étranges personnages, qui se ressemblent de manière troublante et témoignent tous deux d’un même regard perdu – c’est bien eux ! Joel et Ethan, les deux frères Coen, sont de retour sur la croisette ! Trois ans après le succès international de leur western, True Grit, il était grand temps qu’ils reviennent squatter le monde du septième art. Le public ne demandait que ça : les frères Coen nous avaient manqués.

 L’Odyssée des frères Coen

   L’œuvre des frères Coen, si immense et si diverse soit-elle, semble unie par un même concept : la « loose ». Dans Fargo par exemple, Steeve Buscemi incarnait un gangster raté. Dans True Grit, Jeff Bridges interprétait un cowboy raté. Dans The Big Lebowski, le Duc, une nouvelle fois joué par Jeff Bridges, était la personnification même du looser. Avec ce Inside Llewyn Davis, Joel et Ethan Coen tournent en dérision le personnage d’Oscar Isaac, un chanteur de folk des années 60’s. Le duo de cinéaste s’intéresse-t-il à la démythisation des héros américains (le cowboy, le gangster, l’artiste anti-système ?) Ou voit-il le monde, et donc les êtres humains, comme un ensemble de ratés ? Depuis près de vingt ans, la caméra des deux frères filme des hommes et des femmes, à priori ordinaires, mais qui se révèlent tous être des loosers. Serait-ce notre véritable nature ? En tout cas, Inside Llewyn Davis va dans ce sens.

   Comme nous le montre le prénom du chat (ndlr : Ulysse) des Gorfein, Joel et Ethan nous emmènent dans la Grèce contemporaine, l’Amérique. Llewyn est un nouvel Ulysse, qui voudra d’ailleurs s’engager dans la marine à un moment donné. Sauf qu’ici, aucune Pénélope n’attend notre héros ; Llewyn recherchant simplement à réussir sa vie, ou du moins à ne pas la rater. Il va donc, à défaut de naviguer dans la mer Egée, errer sur les autoroutes américaines, à la recherche d’une vie réussie. Mais, comme son prédécesseur grec, à chaque fois qu’il se rapproche de son but, un évènement freine sa progression, finissant ainsi, comme le montre le schéma circulaire du scénario (le début et la fin du film sont deux mêmes plans, l’histoire tournant en rond indéfiniment), par se prolonger éternellement. Cependant ici, point de Dieux mythologiques pour expliquer ces épisodes : tous sont du au système ultralibéral américain. Ah l’Amérique, terre tant chérie par la paire Coen… Le duo de cinéaste décrit une nouvelle fois sa patrie avec humour et réalisme, livrant un constat amer mais terriblement vrai : l’Amérique est le pays des loosers.

   Les personnages, pièces clés de l’œuvre Coen, sont une nouvelle fois prodigieusement développés : chacun a sa propre manière de penser, de s’exprimer, chacun a une histoire, un passé différent… Contrairement à la plupart des films, qui se contentent de travailler uniquement sur la psychologie du héros – et encore seulement sur ses valeurs positives (courage, détermination, bonté…) – Joel et Ethan Coen dévoilent eux intégralement leurs personnages, du simple figurant aux personnages importants. Ainsi, un simple plan « à la Coen » vous permettra d’identifier tel ou tel protagoniste ; je pense par exemple aux convives des Gorfein, que l’on ne voit que le temps d’une ou deux scènes. La seule apparence physique de ces derniers vous en dévoile plus sur leur psychologie que les longs discours généralement nécessaires à la présentation d’un personnage. Par la suite, les loosers s’enchaînent, et les catégories sociales américaines en prennent à chaque fois pour leur grade. Les traditionalistes puritains (représentée par la sœur de Llewyn), la middle class (personnifiée à travers les Gorfein), les artistes new-yorkais (que l’on figure par Jim et Jean), les hommes d’affaires conservateurs (incarnée par l’horrible Roland Turner)… tous sont des ratés ! L’Amérique est, selon les frères Coen, la nation de la loose, de la décadence. Et preuve en est que le héros qui les représente, Llewyn – de la même manière qu’Ulysse représentait jadis la Grèce – s’avère être, lui aussi, un looser.

   En effet, difficile de narrer la vie d’un tel perdant. Le premier plan révèle d’ailleurs d’emblée le côté looser de ce héros, ce dernier chantant, en cœur avec son public, « pendez-moi, oh oui pendez-moi »… Et la suite des évènements n’arrangera pas les choses, les scènes suivantes insistant sur l’impuissance de ce personnage. En filmant tour à tour Llewyn battu en pleine rue, le nez en sang et la larme à l’œil, puis en l’exposant en slip au milieu d’un appartement qui n’est pas le sien, les Frères Coen annoncent qu’ils filmeront un antihéros, un looser, une fois de plus. Et plus les minutes défilent, plus on en apprend sur le personnage, et sur son passé. Ainsi, l’homme enchaîne les coups durs : son meilleur ami s’est suicidé, et depuis sa carrière artistique est au point mort, son plan cul est tombée enceinte et compte avorter, on apprend même qu’il a un fils qu’il n’a jamais vu… bref, une vie de m*r*e ! Et encore, ce sont que quelques aspects de cette vie que j’évoque dans ces lignes, je vous laisse regarder le film pour comprendre à quel point ce Llewyn est un perdant, un raté qui semble ne rien faire de sa vie.

   Pour résumer, le spectateur se retrouve en plein dans l’univers des frères Coen, un monde où l’on conte l’histoire des loosers, souvent mise de côté, oubliée. Le casting, comme toujours chez les Coen, est brillant. Oscar Isaac, dont c’est le premier grand rôle, s’en sort comme un chef, livrant une prestation convaincante et convaincue. Justin Timberlake, John Goodman et Garett Hedlund signent quant à eux des performances remarquables et remarquées, incarnant génialement leurs personnages, leur donnant ce petit grain de folie si commun à l’œuvre des frères Coen. Le tout s’unit à merveille grâce à la patte des deux cinéastes. Techniquement et artistiquement, ce Inside Llewyn Davis s’impose une fois de plus comme une référence pour tout cinéaste, tant il semble y avoir de possibilités à explorer. Inside Llewyn Davis n’est certes pas le meilleur Coen, mais il reste coenien (le duo avait bien le droit à son néologisme, non ?), et donc excellent. Une nouvelle fois bravo à Joel et Ethan, deux grands messieurs du septième art.

Malavita

malavita
Fred Blake, alias Giovanni Manzoni, repenti de la mafia new-yorkaise sous protection du FBI, s’installe avec sa famille dans un petit village de Normandie. Malgré d’incontestables efforts d’intégration, les bonnes vieilles habitudes vont vite reprendre le dessus quand il s’agira de régler les petits soucis du quotidien… (AlloCiné)

Malavita (The Family)
de Luc Besson,
2013,
avec Robert de Niro, Michelle Pfeiffer…

★☆☆☆☆

 Robert De Niro (Les affranchis, Il était une fois en Amérique…), Michelle Pfeiffer (Scarface), Tommy Lee Jones (No Country for old men) réunis par Luc Besson (Léon, Nikita…) autour d’une fiction mafieuse… le tout supervisé par Martin Scorsese himself. Plus que séduisant, Malavita s’annonce, sur le papier en tout cas, comme l’un des films de l’année, voire comme la superproduction de l’année. Sauf qu’un simple coup d’œil à au scénar’ puis à la bande-annonce suffiront à vous convaincre que derrière ces belles promesses se cache une véritable escroquerie cinématographique.

 Voyage au bout de l’ennui

 Malavita ne sera pas la bouée de sauvetage qu’attend notre Luc Besson national, en proie à la noyade artistique depuis quelques années déjà. Réalisateur surestimé depuis qu’il a séduit l’Oncle Sam, le cinéaste aux multiples casquettes (publicitaire, producteur de nanars en tout genre, secrétaire du Futuroscope de Poitiers…) enchaîne les navets depuis un certain temps, sans que cela ne semble déranger le septième art français. Ambassadeur du mauvais goût cinématographique, notre cher Mr. Besson semble avoir touché le fond cette fois avec ce Malavita.

 Minable sur tous les plans, ce long-métrage sera un supplice pour toute personne dotée d’un esprit critique, et une torture psychologique pour tout cinéphile. Scénaristiquement, Malavita, adapté du roman éponyme signé Tonino Benacquista (un homme à la carrière tout à fait respectable soit-dit-en-passant), atteint le niveau de la fable de comptoir, celle que le poivrot local raconte, tard le soir, ivre-mort en pleine rue, à la sortie du bistrot du coin. Non, plus sérieusement, le décor devant lequel nous plante Luc Besson frise le ridicule : pourquoi accumuler tant de clichés cinématographiques ? Le premier quart d’heure, qui permet de présenter les personnages et le cadre de l’histoire, semble hérité des pires nanars américains – un ressenti qui se confirmera au fil des minutes… Sang, sexe, action, humour-de-beauf font partie, lorsqu’ils sont mal mélangés, des ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un navet hollywoodien, un cocktail, il faut bien l’avouer, de fort mauvais goût. Le shaker en question, Luc Besson, abuse, à outrance, de ces composants, oubliant de les diluer avec des phases de dialogues, un brin d’absurdité, un zeste de réflexion…

 Cinématographiquement, l’œuvre de Luc Besson affiche un amateurisme inquiétant, quand on sait que plus de vingt printemps ont passé depuis la sortie de Le Grand Bleu, son premier grand succès. Le montage, par exemple, déconcertera la plupart des étudiants de la Cité du Cinéma (l’école crée par Luc Besson) tant il se révèle mal exécuté. Les scènes s’enchaînent dans l’incompréhension la plus totale : jamais on ne comprend pourquoi tel passage suit celui-ci, les situations improbables se succèdent, sans liens quelconques avec la précédente… Le montage n’est malheureusement qu’un aspect de l’amateurisme de Malavita. La caméra apparaît comme une contrainte pour Luc Besson – peut-être avait-il oublié que pour réaliser un film, la première chose à faire est de manier la caméra ? A aucun moment Besson n’exploite les couleurs, les lumières, les différents types de plans… il ne se contente que du strict minimum : filmer là où on entend du bruit. En bref donc, de l’amateurisme, pur et simple.

 Œuvre pauvre, tant sur la forme que sur le fond, Malavita a, de plus, le don d’agacer le spectateur, lui infligeant une suite de caricatures et de clichés sociaux – épouvantable, car Luc Besson semble y croire. L’anti-américanisme, la beauf-attitude provinciale, les crises de l’adolescence et de la quarantaine… Tous, absolument tous les clichés possibles en prennent pour leur compte dans Malavita. Ce qui, en soi, n’est pas si mal – de nombreuses fictions en usent, afin d’en rire ou, au contraire, de mieux les bannir de la pensée générale. Cependant, ce qui dérange dans Malavita, c’est que Luc Besson semble croire dur comme fer en ces clichés, nous livrant au final une œuvre caricaturale, nourries d’idées fausses et de « réflexions » médiocres.

 Décevant et désespérant, Malavita frustrera plus d’un spectateur. Plutôt que d’hésiter entre l’action et la comédie, Luc Besson aurait du trancher : soit créer un véritable film d’action (cascades, courses-poursuites, gunfigths et gros budget) ou alors réaliser une véritable comédie (une parodie, une satire du système mafieux)… Au lieu de ça, on se retrouve devant l’œuvre inachevée d’un cinéaste lâche, incapable de choisir entre Les Affranchis et Qui a tué Pamela Rose ?. Le casting, pourtant talentueux, n’arrange rien à l’œuvre. De Niro et Tommy Lee Jones livrent une prestation à la Di Caprio le Magnifique (traduisez par « on a la classe, pas besoin de jouer ») tandis que Michelle Pfeiffer et Diana Agron laissent derrière elles deux prestations insipides, livides – deux qualificatifs qui collent parfaitement à ce Malavita.

Gravity

gravity Le docteur Ryan Stone, experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers…  trouveront-ils le moyen de rentrer sur Terre ? (AlloCiné)

Gravity
d’Alfonso Cuaron,
2013,
avec Sandra Bullock, George Clooney…

★★★☆☆


La Terre est belle… vu de là-haut

   Gravity. Des jours et des semaines que toute la populace a ce nom à la bouche : Gravity. Meilleur film sur l’espace, long-métrage à la mise en scène époustouflante, moyens techniques ahurissants, redéfinition de la 3D, œuvre au suspens claustrophobe insoutenable… les expressions élogieuses concernant la dernière réalisation d’Alfonso Cuaron, cinéaste atypique à la carrière étonnante, ne manquent pas. Gravity.  Que se cache-t-il réellement derrière le dorénavant surnommé film de l’année ?

   Comment en est-on arrivé là ? Comment un blockbuster hollywoodien parmi d’autres a-t-il pu tant défrayer la chronique ? Et bien, tout commença le 28 août 2013, lors de la cérémonie d’ouverture de la Mostra de Venise. Projeté en préambule de l’un des plus grands festivals de cinéma au monde, Gravity acquit d’emblée une certaine renommée, aussi bien auprès des médias que des élites cinéphiles présentes dans la ville aux canaux. Quelques jours plus tard, la réalisation d’Alfonso Cuaron passait, une nouvelle fois avec brio, sur les écrans de Toronto, à l’occasion du Festival International du Film, un autre rendez-vous incontournable dans le monde du septième art. Quelques commentaires complaisants énoncés par des hommes respectés, tels James Cameron ou encore Quentin Tarantino, suffirent à parachever la légende de Gravity.

   Certes Gravity s’impose comme un modèle, une référence sur le plan technique. Le néant spatial, la beauté de notre planète et l’insignifiance de l’humanité entre ces deux pôles, sont magnifiquement retransmis à l’écran par Alfonso Cuaron. Les moyens mis-en-place (la light-box, l’infographie, maquettes taille réelle…) par le cinéaste apparaissent comme révolutionnaires – où plutôt, remettons les choses à leurs places, comme novateurs. Cependant, on se rend compte, assez rapidement, des limites sur les plans techniques et esthétiques de Gravity.

   Filmer un espace de synthèse, d’un réalisme à couper le souffle, c’est fort sympathique mais ça ne fait pas un film. La beauté réside dans la diversité, l’originalité. La splendeur de 2001 : l’odyssée de l’espace, un long-métrage qui nous transportait plus de deux heures dans le vide spatial, charmait le spectateur car Stanley Kubrick maniait la caméra comme personne. Ici, Alfonso Cuaron lasse le spectateur au bout d’une quinzaine de minutes – la beauté de ses décors étant pourtant éminemment supérieure à celle de Kubrick ! Pourquoi ? Tout simplement car le cinéaste mexicain ennuie le spectateur. Et c’est compréhensible, seul les plus grands – Kubrick ou encore Scott – semblent capables de filmer un tel cadre. Et Cuaron n’est pas de ceux-là. Quant à la technique, un domaine pourtant accessible à tous, plus encore aujourd’hui, elle affiche également vite ses limites. La 3D en décevra, une nouvelle fois, plus d’un. La technique, en apparence extrêmement prometteuse, expose certes quelques scènes spectaculaires (cf. la destruction de l’ISS) mais, de manière générale, se révèle encore insatisfaisante, et même frustrante. En effet, mis à part une vis ou une larme de temps-en-temps, la 3D d’Alfonso Cuaron ne sert pas à grand-chose ; la plupart des débris flottant en apesanteur n’impressionnant rien ni personne.

   Sur le plan scénaristique, Gravity déçoit également. L’histoire, et donc le film, est plate : on assiste à peu de rebondissements et on a l’impression de revivre plusieurs fois la même suite de scènes. Réputé anxiogène, l’ambiance de Gravity s’avère finalement ne pas l’être, l’espace devenant plus un objet de contemplation que d’angoisse. Simple au possible, pour ne pas dire simpliste, le scénario de Gravity aurait mérité plus d’attention de la part d’Alfonso Cuaron. Ses personnages, Ryan Stone et Matt Kowalski, caricaturent à eux seuls les héros hollywoodiens. L’héroïne est une stressée permanente, maladroite et catastrophiste – à priori donc vouée à la mort dans l’espace – mais parviendra toujours à s’en sortir, étant donné son statut de caricature hollywoodienne. L’autre héros est un blagueur permanent, toujours hilare même quand la mort lui tend les bras. Dépourvus de toute originalité, les protagonistes de Sandra Bullock et de George Clooney apportent au spectateur une nouvelle raison de bouder Gravity.

   Même si, jusqu’ici, cette critique peut paraître assassine envers l’œuvre d’Alfonso Cuaron, sachez que ce n’est en aucun cas son but – je souhaite juste remettre Gravity à sa place, et non sur le piédestal sur lequel le monde du septième art l’a installé. Gravity n’est pas un chef d’œuvre. Alfonso Cuaron n’est ni le nouveau James Cameron ni l’héritier de Stanley Kubrick – sa réalisation n’égalant en aucun cas Avatar ou 2001 : l’odyssée de l’espace. Gravity n’est qu’un bon blockbuster parmi la pléiade de nanars que nous offre Hollywood. En quoi peut-on considérer Gravity comme un blockbuster quant la presse internationale voit en lui un chef d’œuvre cinématographique ? Il vous suffit de regarder d’un peu plus près le long-métrage d’Alfonso Cuaron : on y trouve plusieurs traits caractéristiques du blockbuster hollywoodien. Premièrement, la course au profit. Doté d’un budget de cent millions de dollars, Gravity avait pour mission première de rentabiliser son investissement, sous peine de fin de carrière pour Cuaron. Deuxièmement, la recette du bon vieux blockbuster made in USA. Deux stars américaines dont une de rang supra-galactique (j’ai nommé George Clooney), des moyens financiers, techniques et promotionnels exceptionnels, et enfin, un brin de patriotisme (satanés russes !). Troisièmement, un film pop-corn. Pas besoin de réfléchir devant Gravity, il suffit de contempler, la bouche béat à l’intérieure de laquelle se mélangent allègrement maïs soufflé et bave de consommateur assujetti. Bien qu’Alfonso Cuaron ait tenté de mettre en parallèle la dérive spatiale du Docteur Stone et l’idée de maternité, la sauce ne prend pas : aucune réflexion concrète ne semble ressortir de l’histoire contée à l’écran par Alfonso Cuaron.

   Il était nécessaire de remettre Gravity à sa place. L’œuvre d’Alfonso Cuaron ne méritait pas le Metascore (moyenne des notes attribuées par les critiques américains) de 96/100. Gravity, à défaut d’être une révolution cinématographique, n’est qu’une ligne supplémentaire à la longue liste des bons blockbusters hollywoodiens – et ce n’est déjà pas si mal.

La vie d’Adèle

la vie d'adèle   À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve… (AlloCiné)

La vie d’Adèle – Chapitres 1 & 2
d’Abdellatif Kechiche,
2013,
avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux…

★★★★★

Le chef d’œuvre d’Abdel 

   La vie d’Adèle méritait-il une telle promotion ? Alors qu’un destin grandiose semblait se dessiner pour cette œuvre au soir du 26 mai – date à laquelle La vie d’Adèle fut récompensé par trois Palmes d’Or, une première dans l’histoire du Festival de Cannes – la foudre médiatique s’abattit sur elle, déchaînant pseudos clashs et polémiques futiles par dizaines. La vie d’Adèle se transforma en Abdelgate, le réalisateur, Abdellatif Kechiche, ayant été accusé des pires maux à travers toutes les presses, qu’elles soient spécialisées dans le septième art ou non. On décrivit l’homme comme un tyran, un tortionnaire-en-chef, prêt à tout pour martyriser son casting et son équipe technique – STOP. N’entrons surtout pas dans ce jeu médiatique insignifiant, fondé sur la mythomanie déformatrice, un mal qui frappe un grand nombre de journalistes en manque de scoops et de reconnaissance. Certes Abdellatif Kechiche a pu être un metteur en scène exigeant, mais à quel prix ? La vie d’Adèle a reçu une triple Palme d’or, une récompense extra-ordinaire, jamais décernée jusque là ! Les grands maîtres du cinéma – Stanley Kubrick, Alfred Hitchcock pour ne citer qu’eux – étaient pointilleux, durs, sévères, mais à quel prix ? La vie d’Adèle, et son créateur, Abdellatif Kechiche, ont d’ores-et-déjà marqué l’Histoire du septième art, et ce ne sont les pseudos scandales relatés par la presse contemporaine que l’on retiendra dans quelques années mais bel et bien la triple Palme d’or remise par le jury de Steven Spielberg.

   Selon ce même Steven Spielberg, réalisateur américain multi oscarisé et reconnu unanimement à travers le monde, La vie d’Adèle serait l’une des plus belles histoires d’amour jamais portée sur grand écran. De nombreux critiques, de France et d’ailleurs, ont employé ces mêmes termes pour décrire la romance d’Abdellatif Kechiche – la philosophie kantienne dirait donc vrai ; le beau serait universel.

   En quoi La vie d’Adèle diffère-t-il ? Par sa profondeur, son pragmatisme, sa poésie, bref : sa beauté. La vie d’Adèle est un beau film, plus encore, une belle histoire d’amour. Rarement, une romance sur grand écran s’est autant rapproché à la fois du réel et du poétique. Le personnage d’Adèle exprime en même temps la mélancolie amoureuse de la jeunesse – chaque lycéen cherche à se forger une « identité » sentimentale et parvient plus ou moins à en trouver une – et la poésie des relations amoureuses adolescentes, un mélange d’innocence, d’espérance et de crédulité. Adèle est tout cela : elle cherche dans un premier temps à se forger une identité amoureuse, touchant un peu à tout avant de finalement en trouver un semblant, puis elle vit une romance, qui débute adolescente puis grandira, subissant ainsi le difficile passage du temps. Abdellatif Kechiche développe un personnage, doublée d’une histoire d’amour, universelle. Chaque être peut, plus ou moins, se reconnaître en Adèle, s’identifier à son parcours sentimental. Le saut dans l’inconnu, l’espoir puis les déceptions, la crédulité suivie d’une dure réalité… mais avant tout l’amour. La vie d’Adèle exprime, magnifie, cette idée, à la fois universelle et personnelle, de l’amour.

   Reconnaissable entre mille, le style d’Abdellatif Kechiche se caractérise notamment par la proximité qu’il installe avec les protagonistes du film. On est toujours au plus près du personnage, de ce qu’il fait et surtout de ce qu’il ressent. Kechiche use de tous les types de plans pour lier le spectateur et l’acteur : plan rapproché, plan taille, gros plan… L’esthétique cinématographique de Kechiche se distingue également par la manière qu’a Abdel de tenir la caméra : une prise en main dite « réaliste » qui consiste à filmer naturellement (l’objectif bouge, comme si le réalisateur tremblait au moment de filmer), contrairement au cinéma classique où tout passage doit être filmé « impeccablement ». Ce contraste, cette confrontation, entre le classique et le moderne donne à La vie d’Adèle embellit l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Les jeux de couleurs et de lumière apparaissent également comme un aspect essentiel du style de Kechiche. Ce dernier livre un film éclatant, incandescent et emploie, à de nombreuses reprises, les couleurs environnantes ou encore la lumière solaire (cf. la scène du baiser entre Adèle et Emma, que Kechiche filme de façon à laisser apparaître un soleil entre les lèvres des deux amantes). Fondé principalement sur la mise en scène, le style d’Abdellatif Kechiche est impeccable et s’accorde parfaitement avec l’œuvre. En effet, les plans, la manière de filmer ou même les couleurs – qui ne sont que quelques traits caractéristiques du style du cinéaste, parmi d’autres – permettent à la caméra de Kechiche d’exprimer au mieux ce que ressentent Adèle, Emma et les autres.

   Maître Kechiche fait donc preuve d’une maîtrise cinématographique totale, c’est-à-dire sur tous les plans : esthétique, scénaristique et technique. Preuve en est que les deux sujets tabous abordés par La vie d’Adèle – l’homosexualité et l’hyper sexualité – ne dérangent en aucun point. L’œuvre de Kechiche mêle ces deux tabous et contrairement, par exemple, à L’inconnu du lac, ne tombe pas dans le « trop ». Alain Guiraudie (le réalisateur de L’inconnu du lac) jouait de manière hasardeuse avec ces tabous et l’œuvre qu’il nous a livré s’en est sentie affectée : l’opinion publique voyant L’inconnu du lac comme une sorte d’œuvre pornographique gay alors que le long-métrage était, à l’origine, un magnifique thriller ! Ce n’est pas le cas de l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Comme disait Steven Spielberg et comme l’on écrit les critiques français ou anglo-saxons, La vie d’Adèle est avant tout une histoire d’amour. La dimension homosexuelle de l’œuvre se relègue en arrière plan pour laisser place à l’idée universelle d’amour. Les scènes sexuelles, bien que nombreuses, ce qui scandalisent souvent l’opinion publique, paraissent si naturelles, si nécessaires à la relation amoureuse que nous conte Kechiche, qu’on en oublie leur côté tabou.

   Néanmoins, La vie d’Adèle n’aurait pas été La vie d’Adèle sans ses deux actrices, la jeune Adèle Exarchopoulos et la grande Léa Seydoux. Adèle, dont c’est le premier grand rôle, livre une performance magistrale, appelant certainement à un grand avenir dans le monde du septième art. Du haut de ses dix-neuf printemps, Adèle Exarchopoulos s’impose comme la révélation féminine de l’année en France. Quant à Léa Seydoux, elle suit son petit bonhomme de chemin, confirmant à chaque nouveau film son immense talent. La relation Exarchopoulos/Seydoux, guidée et dirigée par Kechiche, apparaît à l’écran comme fusionnelle, évidente. Entre pragmatisme et poésie, le couple Adèle/Emma a indéniablement marqué le cinéma français, entrant pour toujours dans la légende du cinéma au moment où La vie d’Adèle remporta une triple Palme d’Or, une pour Abdellatif… et deux pour Léa et Adèle.

Blue Jasmine

blue jasmine   Alors qu’elle voit sa vie voler en éclat et son mariage avec Hal, un homme d’affaire fortuné, battre sérieusement de l’aile, Jasmine quitte son New York raffiné et mondain pour San Francisco et s’installe dans le modeste appartement de sa sœur, Ginger, afin de remettre de l’ordre dans sa vie. (AlloCiné)

Blue Jasmine
de Woody Allen,
2013,
avec Cate Blanchett, Alec Baldwin…

★★★★☆


Les matins se suivent et se ressemblent

   Après un long exil européen – une tournée de quatre ans qui l’aura vu visité Barcelone, Londres, Paris et Rome – Woody Allen est enfin de retour au pays. Retour au pays rime-t-il avec retour à la tragédie ? Après plusieurs romances joyeuses et rêveuses, le cinéaste américain a décidé de retourner à la comédie dramatique, un des nombreux genres dans lequel il excelle.

   Dès les premières minutes de Blue Jasmine, on remarque le style Woody Allen. L’humour fin du cinéaste new-yorkais est reconnaissable entre milles : comique de situation, comique de mots, comique de gestes… La scène d’ouverture, un dialogue aéroportuaire entre Jasmine et une vieille passagère, réunit d’emblée les trois formes humoristiques. Sans jamais en abuser, Woody Allen use de toutes les formes de comiques afin de faire rire, toujours en finesse, le spectateur. En témoigne l’invraisemblable passage où le personnage de Cate Blanchett assiste, dans un mélange d’aberration et de désespoir, à la ridicule séduction de l’ami de Chili. Entre comique de situation et caricature sociale, l’humour de Woody Allen fascine, par sa finesse et son intelligence.

   On reconnaît également d’emblée le style Allen par la mise en scène, typique de l’artiste new-yorkais. Satire tragique de la société américaine, Blue Jasmine est, par son scénario, ses personnages, sa mise en forme, digne des meilleurs Woody Allen. Ainsi, comme ce fut le cas avec toutes les autres œuvres du cinéaste, Blue Jasmine dresse le portrait de notre société. Woody Allen expose la culture occidentale, ici personnalisée par San Francisco et New York, et en dessine une satire, une caricature. En effet, toute la société américaine est représentée à travers Blue Jasmine : les classes aisées (les personnages interprétés par Peter Sarsgaard et Alec Baldwin par exemple), la middle-class (le couple Augie/Ginger), les White Trash (le couple Chili/Ginger)… Certains personnages, Augie et Chili ou Hal et Jasmine, sont de véritables caricatures sociales, ils parodient la réalité sociétale. Et à travers le délicat et subtil art de la caricature s’exprime toujours, non seulement de l’humour, mais aussi une profonde critique.

   Les personnages et l’histoire relèvent donc typiquement du cinéma de Woody Allen. Qu’en est-il de la mise en forme ? La façon de filmer – cadrage, plans, couleur, luminosité etc. – tient bien de Woody Allen : on reconnaît la gaieté du cinéaste new-yorkais, qu’il exprime à travers des plans simples, animés par des couleurs et des lumières vives, souvent accompagnée par une bande originale rétro qui confère à Blue Jasmine une grâce que n’avaient pas Minuit à Paris et To Rome with Love. La caméra de Woody Allen séduit, elle donne un certain charme à son œuvre. Le réalisateur américain transforme une stupide déprime, une descente aux enfers en une magnifique tragédie shakespearienne, contemporaine, moderne et colorée. Woody Allen a ce don artistique, si rare, qui permet de métamorphoser la banalité en beauté.

   Tandis que les précédents films du cinéaste pêchaient, entre autres, à cause de leurs castings, Blue Jasmine brille lui, par sa direction d’acteur. Alors que la direction de To Rome with Love semblait miser sur le glamour (Penelope Cruz, Ellen Page) et la renommée (Roberto Benigni, Jesse Eisenberg), sans trop se préoccuper du résultat sur le grand écran, celle de Blue Jasmine a elle prit la direction inverse, misant sur un casting relativement peu connu mais extrêmement talentueux. Ainsi, les rôles titres ont étaient confiés a l’excellent Alec Baldwin, un grand artiste au talent souvent sous-estimé, et à la formidable Cate Blanchett, bluffante par la vision qu’elle donne de la dépression, de l’hystérie et de la solitude. Alternant à merveille entre le comique et le tragique, Cate Blanchett nous charme et livre une prestation impressionnante de maturité. Les rôles secondaires sont eux aussi parfaitement distribués, le personnage de Ginger, agaçant tant il est bien interprété, et ceux de ses amants successifs, caricaturent subtilement la middle-class américaine.

   Au final, rien de bien nouveau à retenir de ce Blue Jasmine, ce n’est rien d’autre qu’un remarquable  long-métrage à rajouter à la filmographie du grand Woody Allen. Après un petit passage à vide, le cinéaste new-yorkais renoue avec ses plus belles heures – celles ou il filmait la tragédie contemporaine que sont les Etats-Unis d’Amérique.

Gare du Nord

 gare du nord  Paris, Gare du Nord, tout peut y arriver, même des trains. On aimerait y rester, mais il faut se dépêcher… Comme des milliers de vies qui s’y croisent, Ismaël, Mathilde, Sacha et Joan vont s’y rencontrer. La gare est comme une bulle que tous traversent, Français, immigrés, émigrés, voyageurs, fantômes… C’est un carrefour où chaque vie passe vite et disparait. (AlloCiné)

Gare du Nord
de Claire Simon,
2013,
avec Nicole Garcia, Reda Kateb…

★★★★☆

Le cinéma français ne perd pas le nord

    Comment qualifier l’œuvre de Claire Simon ? Bizarre, étrange, surprenante… voici quelques termes que l’on pourrait éventuellement accoler à cet étonnant long-métrage qu’est Gare du Nord.  Cependant, les œuvres extra-ordinaires (sortant de l’ordinaire) sont loin de recueillir des avis unanimes – l’étrangeté fascine, comme elle effraie. Qu’en sera-t-il pour la réalisation de Claire Simon ?

   Dans un premier temps réaliste, Gare du Nord semble n’être qu’une ligne de plus dans la filmographie de Claire Simon, une cinéaste longtemps spécialisée dans le genre du documentaire. En effet, le début de Gare du Nord s’apparente à un documentaire bête et méchant sur la fameuse gare parisienne. On voit ainsi défiler trains, voyageurs, habitués… Le personnage d’Ismael apparaissant alors comme le « reporter » de ce documentaire, chargé de récolter témoignages et informations sur le quotidien de la gare du Nord. Cependant, on se rend vite compte que ce n’est pas la réalité – trait indispensable au genre documentaire – que Claire Simon transmet sur l’écran mais bel et bien une fiction.

   Ismael et Mathilde sont en fait deux acteurs, magnifiquement interprétés par Reda Kateb et Nicole Garcia, qui jouent une romance. Gare du Nord passe donc du statut d’œuvre réaliste, de documentaire, au statut de fiction, d’histoire d’amour. Le passage d’un genre à l’autre s’exécute, à notre plus grand bonheur, subtilement par Claire Simon, il n’y a pas de rupture narrative brutale. Le mélange des genres, assez rare aujourd’hui, même dans le cinéma d’auteur, surprend agréablement le spectateur qui voit ainsi une même œuvre sous plusieurs angles.

   Après le bonheur, le malheur – Claire Simon décide de passer de la comédie romantique à la tragédie, tout en finesse une nouvelle fois. Le déroulement des événements, forcément lié à ce mélange des genres, passe naturellement à l’écran, on n’a pas le temps de s’interroger sur le pourquoi de tels changements de cap. En effet, la dimension tragique de la fin de Gare du Nord semble être la continuité des choses, la suite logique de cette histoire. Le dénouement, qui (spoil) voit l’isolement, l’abandon, la solitude de chacun des personnages, laisse le spectateur béat, surpris par cette conclusion, à la fois cohérente et imprévisible.

   Enfin, comment pourrait-on parler de Gare du Nord sans évoquer son aspect surréaliste ? Soucieuse du fond de son œuvre (enchaînement rigoureux de plusieurs genres différents), Claire Simon semble également avoir pris le temps de travailler la forme de sa réalisation. Elle donne ainsi, dans la deuxième partie de son film, un côté – voire-même, adopte un point de vue surréaliste, faisant apparaître fantômes et messagers absurdes. Cependant, sont-ce des rêves ou est-ce de la folie ? Au spectateur de trancher, la barrière entre rêve et folie étant habilement dressée, de manière à ce que chacun l’interprète à son gré.

   Claire Simon a pour finir, bien évidemment, soigner la mise en scène de son long-métrage, livrant une œuvre impeccable techniquement et artistiquement. La cinéaste jongle à merveille entre la « caméra documentaire », qu’elle a longtemps employée durant sa carrière, et la « caméra artistique ». Le casting est quant-à-lui génial ; le duo Nicole Garcia/Reda Kateb trouvant l’alchimie parfaite, François Damien étant, comme toujours, prodigieux, aussi bien humoristiquement que dramatiquement, tandis que la jeune Monia Chokri en surprendra plus d’un…

   Partant d’un simple lieu, la Gare du Nord, Claire Simon parvient à livrer une réflexion extrêmement intéressante sur – sans mauvais jeu de mot – le sens de la vie. Plus qu’une réflexion, Gare du Nord est avant tout un superbe film, dans la droite lignée de ce que nous offre le cinéma d’auteur français depuis quelques années.