Barry Lyndon

de Stanley Kubrick,
1976,
avec Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee…

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★★★★☆

Un film historique, un drame ou une œuvre visuelle ? Ou peut-être les trois à la fois. A travers Barry Lyndon, Kubrick raconte la vie de Redmond Barry (Ryan O’Neal), un jeune irlandais né misérable et pourtant parvenu jusqu’au titre de Lord, la plus haute classe de la bourgeoisie anglaise, avant de retomber dans la déchéance la plus totale. Le réalisateur décrit donc l’ascension sociale d’un pauvre gamin irlandais, orphelin de son père, qui va tenter de s’imposer dans la société anglaise du XVIIIème siècle. Tantôt vagabond, soldat, déserteur, officier, espion, arnaqueur et enfin Lord, Redmond subira de nombreuses péripéties avant d’accéder enfin à l’aristocratie, en épousant lady Lyndon, riche et jeune veuve du comté du même nom. Le film est divisé en deux parties : la première, nommée « Comment Redmond Barry a acquis la manière et le titre de Barry Lyndon » contant les multiples périples de Redmond pour arriver au sommet, et la seconde, appelée « Relation des malheurs et désastres qui menèrent Barry Lyndon à sa chute », où l’on assiste, impuissant, a l’effondrement du Lord.

Kubrick donne l’impression que ce long-métrage, Barry Lyndon, est plus un documentaire sur la société anglo-saxonne du XVIIIème siècle que la simple histoire d’un destin brisé.  Ultra-réaliste, le cinéaste filme de splendides décors, tous réels, y compris les châteaux et leurs intérieurs, magnifiés de mobilier d’époque et de tableaux somptueux. Il n’y a pas que les décors qui collent à la réalité : l’éclairage, à la bougie lors de nombreuses scènes, semble tout droit sorti du XVIIIème siècle, tout comme les maquillages et les costumes. Les personnages, qu’ils soient majeurs ou non, sont tous parés de tenues d’époques, aux couleurs vives généralement, et maquillés comme le fut la classe bourgeoise à ce moment : du blanc le plus pâle possible. La façon dont Kubrick filme, l’éclairage ou le type de plan par exemple,  les lieux et les comédiens – déjà pourvus d’un réalisme époustouflant – rapproche Barry Lyndon du documentaire et l’éloigne de la fiction qu’il semblait être à première vue. Encore une fois, le cinéaste, comme dans la plupart de ses longs-métrages, réalise une œuvre qui se veut visuelle avant toute chose. Contrairement à 2001 : L’odyssée de l’espace, ou le côté artistique était plus subtil, peut-être plus difficile à trouver, Barry Lyndon affiche lui clairement, mais de façon plus classique, cet aspect esthétique. Tout d’abord, comme il a été développé un peu plus haut, Kubrick a énormément misé sur les costumes et les décors, d’un réalisme et d’une beauté stupéfiante. Mais il ne faut pas négliger la place importante de l’art d’époque, musique et peinture notamment, glorifié par le cinéaste. La bande originale, classique évidemment, est entièrement du XVIIIème siècle, comme le montre le thème principal du film, la Sarabande de Haendel, un compositeur anglo-allemand décédé en 1759. On peut également parler des tableaux, très présents dans le second chapitre, où une salle du château de Lord Lyndon, d’une splendeur exceptionnelle, est entièrement remplie de tableaux d’époques. Certaines scènes filmées par Kubrick donnent d’ailleurs l’impression d’être plongés dans l’un de ces tableaux, tant elles sont bien faites. Cependant l’histoire de Barry Lyndon ressemble plus à une pièce, un drame qu’à un tableau. En effet, Kubrick, adaptant un roman picaresque (sorte d’autobiographie d’un personnage qui vécut dans le malheur, la misère si l’on veut résumer le genre) de William Makepeace Thackeray, réalise un véritable drame historique. Son personnage principal, né dans la misère, arrive, après de multiples périples (déception amoureuse, guerre, désertion…) à la consécration sociale (il devient Lord, un membre éminent de la haute-société anglaise du XVIIIème) qu’il va quitter presque aussitôt après avoir sombré moralement (adultère, alcoolisme…) et physiquement (mutilation)… Redmond Barry est un véritable héros dramatique dont Kubrick conte magnifiquement l’histoire et les déboires.

Encore une fois donc, Stanley Kubrick réalise un film impeccable tant visuellement que cinématographiquement et cela est extrêmement plaisant à regarder, évidemment. Peut-être un peu trop classique – le film est beaucoup moins original, novateur, que 2001 par exemple – le long-métrage n’en reste pas moins une grande œuvre artistique et dramatique. Mais certains détails restent néanmoins gênants quand on sait que Barry Lyndon tient de Stanley Kubrick. Le manque d’audace ou le jeu des acteurs, loin d’être exceptionnel… Mais peut-être que ces à-côtés n’étaient pas la priorité du cinéaste, privilégiant le côté documentaire, réaliste de l’œuvre ? Néanmoins, quoi qu’il en soit, Barry Lyndon reste un très grand film à regarder absolument.

Barry Lyndon

 

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Gangster Squad

De Ruben Fleischer,
2013,
avec Josh Brolin, Sean Penn, Ryan Gosling…

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★☆☆☆☆

Le réalisateur de Bienvenue à Zombieland se frotte au film noir tout en s’entourant de Sean Penn, Emma Stone ou encore Ryan Gosling… Un mélange improbable aboutissant à un long-métrage décevant. Pourtant bien parti sur le papier avec un bon scénario et de grands acteurs, Gangster Squad revient vite à son statut de film hollywoodien des années 2000 : scènes d’actions à gogo, personnages surjoués, dialogues plats, aucune créativité… Quel gâchis ! L’histoire, inspirée de faits réels, se déroule dans le Los Angeles d’après guerre, où Micky Cohen (Sean Penn), un mafieux surpuissant dirige la ville. C’est alors qu’arrive John O’Mara (Josh Brolin) qui va constituer une troupe de supers-flics prête à tout pour en découdre avec le méchant mafioso… Mais que serait un gros film d’action hollywoodien sans une histoire d’amour complètement improbable ?! Et c’est la qu’interviennent les deux tourtereaux, j’ai nommé Ryan Gosling et Emma Stone.

Néanmoins, contrairement à ce qu’on peut penser à la lecture des dernières lignes ci-dessus, ce ne sont pas les deux amants qui sont les pires acteurs, en effet Ryan Gosling est le seul à apporter un peu de talent à son personnage. Car il semble que le reste des comédiens se soit perdu dans un jeu soit excessif, soit tout simplement mauvais. Parlons dans un premier temps du héros, incarné par Josh Brolin. Ce dernier joue donc un policier qui débarque dans la cité des anges, juste après la 2nde guerre mondiale – ce qui pourrait expliquer son comportement légèrement brutal. Flic honorable, futur père, mari exemplaire, comme lui déclame sa femme dans une scène au dialogue inoubliable (le discours romantique se concluant magnifiquement par un «et t’es bon au lit », bref de la grande littérature)… L’homme a tout pour plaire, excepté un bon jeu d’acteur. Le personnage, accro à la violence improvisée, parodie du justicier, interprété sans aucune inventivité, est tout simplement mal-joué par Josh Brolin, probablement plus soucieux du cachet encaissé que de l’image qu’il donne au travers de ce  film. Vient ensuite le cas Sean Penn. Lui qui nous a laissé tant de superbes prestations (Harvey Milk, Mystic River, The Tree of life…), pourquoi a-t-il accepté ce rôle ? L’argent ? Un film intéressant sur le papier ? De toute façon, il ne sert à rien d’en parler puisqu’il est trop tard et qu’on ne peut dorénavant que se lamenter vis-à-vis d’un tel mauvais jeu… Surjoué, Micky Cohen tire toujours, de façon presque affligeante, la grimace, et se donne un semblant de mégalomanie paranoïaque complètement raté. Mais il n’y a pas que les deux héros du film qui déçoivent, on peut également parler de Mireille Enos, la brave femme enceinte qui, malgré une rafale de balles sur sa maison parvient à accoucher seule dans sa baignoire, ou du cowboy qui tire toujours droit mais dont le niveau grammatical laisse à désirer… Cependant ne nous en prenons pas simplement aux acteurs mais également à Ruben Fleischer, le réalisateur ! Incapable de filmer certaines scènes correctement, peut-être que le malheureux est atteint d’un tremblement aux mains, réalisant des scènes d’une violence inouïe et ridicules à la fois (l’écartèlement au tout-début du long métrage), créant des décors sans originalité, ajoutant des dialogues inutiles, n’apportant strictement rien à l’histoire… Ruben Fleischer ferait mieux d’arrêter le film noir pour se remettre aux comédies !

Heureusement, il y a quand même quelques «bonnes choses » à tirer de ce film : la prestation de Ryan Gosling, seul acteur osant un minimum et apportant un brin de talent, le sujet abordé, la présence mafieuse dans la cité des anges juste après la guerre, ou encore… la beauté de Emma Stone ? Car non il n’y a pas beaucoup de leçons à enseigner grâce à film… Irréaliste à souhait, sans aucune originalité, créativité, un mauvais jeu d’acteur combiné à une lamentable mise en scène… le film, assez long (~2heures), exclusivement boosté à l’adrénaline des fusillades, aux grimaces de Sean Penn et aux muscles de Josh Brolin, déçoit car les têtes d’affiche et le scénario semblaient intéressants. Gangster Squad est un véritable gâchis étant donné le potentiel du long-métrage.

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Ainsi parlait Zarathoustra – Richard Strauss
L’empire du côté obscur  – IAM
Survival Tactics – Joey Badass
No Church in the Wild – Jay Z, Kanye West
Party – Clint Mansell
Wrong – Depeche Mode
Survival – Muse
Ulysses – Franz Ferdinand
Where is my mind – Pixies 
Roadgame – Kavinsky
Born to die – Lana Del Rey
Pink Floyd – High Hopes
Extreme ways – Moby
Ghetto Gospel – 2Pac
Métèque – Joey Starr 

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2001 : l’odyssée de l’espace

de Stanley Kubrick,
1968,
avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester….

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★★★★★

             Malgré ses quarante ans bien entamé, 2001 : l’odysée de l’espace reste encore aujourd’hui un classique, un chef d’œuvre du septième art. Le long-métrage de Stanley Kubrick est souvent présenté comme le meilleur film de science-fiction de tout les temps et ce à juste titre. Le début du film se passe il y a environ quatre millions d’années, en Afrique. Kubrick nous raconte dans cette première partie l’histoire d’une tribu primate, en conflit avec un autre groupe à propos d’un point d’eau. Ce groupe réussit à chasser notre tribu, contrainte de se réfugier dans un trou isolé pour survivre. Mais un matin, les singes se réveillent et aperçoivent, au milieu de leur creux, un étrange objet, une sorte de rectangle noir. Dans un premier temps effrayé, les primates s’approchent de cette chose puis le touchent. Juste après ce contact avec ce qui s’avère être un monolithe, le chef de tribu a l’idée de se servir d’un os afin d’être plus fort. Il utilise alors cet outil, le premier de l’histoire, dans un premier temps pour chasser, se nourrir puis se rend compte qu’il pourrait l’appliquer contre le clan du point d’eau. Les singes retournent donc voir la tribu adverse et se servent de leurs os pour tuer le chef ennemi et chasser les occupants. Le reste du film se déroule ensuite à notre époque (1999, 2001), non plus sur Terre mais dans l’espace. Le docteur Floyd enquête secrètement sur la découverte d’un étrange monolithe noir, trouvé sur la Lune. L’équipe scientifique qui entoure le docteur s’aperçoit que le bloc émet des signaux en direction de Jupiter. On décide alors, dix-huit mois plus tard, d’envoyer le vaisseau spatial Discovery vers la planète en question, avec à son bord David Bowman, Frank Poole, trois savants en « hibernation » ainsi que HAL 9000, un ordinateur surpuissant agissant comme un être humain amélioré. Cependant la cohabitation entre les deux astronautes et la machine ne se passe pas comme prévu : les hommes souhaitent, suite à une erreur de l’ordinateur, pourtant réputé infaillible, le déconnecter et ainsi le faire disparaître. La machine, après avoir surpris leur conversation, décide de se séparer des deux humains en les envoyant mourir, prétendument pour une réparation extérieure, dans l’espace. Mais l’un des astronautes réussit à revenir dans le vaisseau puis arrive à détruire HAL 9000 qui, entre temps, a stoppé « l’hibernation » des trois savants et ainsi provoqué leur mort. David Bowman se dirige alors seul vers Jupiter. Alors qu’il ne va pas tarder à atterrir sur la planète, la fusée rencontre sur son chemin un autre monolithe noir. Le spationaute se rapproche donc de l’objet et ce contact l’emmène dans un monde coloré, délirant l’amenant finalement dans une chambre digne du Château de Versailles. Dans cette pièce, il se voit lui-même vivre, vieillir en quelques secondes. A la fin de cette « double-vie », il rencontre une énième fois un monolithe noir qui au toucher le transforme en fœtus lumineux, recommençant ainsi une nouvelle vie. Dans la dernière scène, le fœtus s’est déplacé, téléporté, au dessus de la terre qu’il contemple depuis l’espace.

            Kubrick a voulu, en réalisant ce film, réaliser ce qui serait plus tard considéré comme un classique du cinéma. Les images, les plans sont toujours cadrés adroitement, que ce soit lorsqu’il filme le continent africain ou bien cette serveuse, bravant les lois de l’apesanteur afin d’apporter des plats aux commandants de bord du vaisseau. Aucun dialogue, aucun mouvement n’est approximatif : tout est soigné à la perfection qu’il s’agisse de ce singe qui brise des os ou encore des discussions entre ces passagers russes et Dr. Floyd. Ce souci d’excellence se remarque aussi à travers la bande originale du film, classique évidemment. Richard Strauss, György Ligeti, Johan Strauss… Kubrick réunit de grands compositeurs classiques pour donner à son long-métrage cet aspect majestueux qu’on ne peut que lui reconnaître. Ce classicisme se voit aussi dans l’avant-dernière scène du film, dans la chambre étrange, mystérieuse de David Bowman. Cette pièce est stylisée façon « Louis XVI », une mode européenne classique du XVIIIème siècle, on y voit des couleurs épurées, des nuances de blanc ou de gris, du mobilier français classique, comme les vases ou les tables, et surtout des tableaux. Cette présence de l’art est elle aussi indéniable dans le film de Stanley Kubrick. Ces tableaux classiques, représentatifs de l’art du XVIIIème siècle en France, ne sont pas les seules marques d’art dans le film. Le trip, le voyage délirant de David Bowman, rappelle le pop-art avec ses couleurs flashs, passant rapidement d’une teinte à une autre. La place de la musique est grande elle aussi comme je l’ai développé un peu plus haut, et la musique, classique d’autant plus, est un art à part entière. Il y aussi cet aspect de fable que renvoie l’histoire, cette odyssée de l’espace. L’odyssée pourrait éventuellement être une interprétation moderne de celle d’Ulysse, l’un des premiers grands livres de l’humanité. Kubrick donne l’impression que la seule trace de l’homme, à part ses os (image très présente au début du film), qui restera dans l’univers est l’art. L’humanité se résumerait à l’art, la culture. Car oui le réalisateur montre à quel point l’homme n’est rien dans l’Univers, presque divinisé par le cinéaste. Le film de Kubrick accorde une grande place au divin, personnifié par le monolithe, symbole d’une puissance créatrice, mystérieuse et absolue. Censé avoir été créé par une civilisation, le réalisateur à aucun moment pourtant ne montre ses prétendus créateurs. Peut-être ces blocs, abstraits, représentent-ils des dieux, créateurs, protecteurs (ou pas), étranges, planté sur chaque planète : la Terre et sa Lune, Jupiter… L’importance du divin dans le film est indéniablement visible dans la dernière scène, ou l’on peut voir un fœtus humain survolant, contemplant la Terre tel un ange, protecteur, ou non, de cette planète. A travers ce film, Kubrick semble critiquer l’omniprésence de la technologie à notre époque. En effet, HAL 9000, le super ordinateur, est l’équivalent de l’os destructeur du singe, si l’on voit le premier chapitre  (L’aube de l’humanité) comme un résumé des trois chapitres suivants. Nos ordinateurs seraient des objets à l’origine serviables mais à terme destructeurs, comme les outils d’antan, os ou bâtons par exemple. D’ailleurs HAL, censé aider les astronautes finit par tuer quatre d’entre eux ! Kubrick prône donc, peut-être, un retour dans un monde moins matérialiste.

            Ce que j’admire, à travers ce film, c’est le talent de Stanley Kubrick : les plans, la bande-originale, la justesse de chaque geste ou parole… Tout semble avoir été réglé à la perfection dans ce long métrage. J’ai vraiment aimé le fait que ce long-métrage soit une œuvre où, contrairement à la plupart des films, ce n’est pas l’histoire ou les personnages qui priment. Kubrick laisse le spectateur interpréter son œuvre comme il l’entend et ainsi chaque spectateur choisit, librement, sa propre vision de cette odyssée intemporelle et universelle. 2001 : l’odysée de l’espace est donc une magnifique œuvre audio-visuelle où c’est le spectateur qui interprète l’histoire.

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C2C

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C2C est un groupe de « turntablism » (musique crée à partir de l’utilisation de vinyles) composé de quatre DJs : 20Syl, Atom, Pfel et Greem. Connus du grand public depuis seulement quelques mois et la sortie de leur premier album, Tetra, ils sont néanmoins loin d’être inconnus dans le monde de l’électro. Fondé en 1998, grâce à l’union des deux groupes Hocus Pocus et Beat Torrent, ils remportent, dès 2003, le titre de Champion DMC par équipe. Cette compétition, réunissant les meilleurs artistes électro mondiaux, fait office de référence chez les DJs et C2C va rester en tête quatre ans de suite, promulguant ainsi, à l’époque, un record de longévité. En 2012, le groupe décide de quitter cet « anonymat » vis à vis du grand public et sort sur les ondes son premier single « Down The Road », qui connaît quasi-immédiatement un énorme succès. Après ce tube, ils enchaînent une série de concerts, notamment lors des festivals d’été comme les Vieilles Charrues, qui accroît leur renommée et leur popularité. Ainsi, quand leur premier album Tetra arrive, en septembre, il reste en tête des ventes toute la première semaine et recueille donc un succès populaire, mais aussi critique. Le single « Down The Road » continue lui de passer sur les ondes, se décline en générique de nombreuses émissions TV ou même de publicités. Il y a à peine douze jours, la cérémonie des Victoires de la Musique 2013 voyait le triomphe du groupe, déjà auréolé d’un disque de platine. C2C rafle quatre prix pour autant de nominations et voit sa médiatisation augmenter de jour en jour, et même s’internationaliser (Japon, Etats-Unis…) !

C2C nous transporte dans le monde du scratch, cette technique employée sur les vinyles pour créer un son. L’album Tetra nous plonge lui dans un univers merveilleux, réunissant des horizons divers, des ambiances variées… Et ce tout crée une oeuvre originale et pourtant maîtrisée de bout en bout. Le groupe nous remixe, non pas des chansons mais des genres à part entière ! R&B, Pop, Rap, Jazz… tout les styles musicaux y passent. Et cette sorte de collection de sons multiples et uniques crée un album détonnant. Des titres comme « Happy », le dernier single,  ou « The Beat » nous mettent en forme, nous donnent envie de danser ! D’autres comme « Arcades », pourvu d’un rythme plus calme, s’écoutent avec autant de plaisir que les chansons qui bougent. L’album renferme des singles, des musiques composées uniquement pour être jouée sur les ondes comme « Down The Road » ou « Happy » mais également des titres un peu plus osés, audacieux comme « Le Banquet ». Bref, cet album, Tetra, est une véritable réussite. Il propose au grand public de découvrir la scratch-musique tout en satisfaisant les connaisseurs de turntablism. C2C – le succès de Tetra le prouve bien – incarne la relève de la scène musicale française.

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Démineurs

de Kathryn Bigelow,
2009,
avec Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty…

★★★★☆

         Alors que Zero Dark Thirty, le film sur la traque d’Oussama Ben Laden, est toujours sur nos écrans, nous avons trouvé juste de faire une critique du long-métrage qui révéla la réalisatrice Kathryn Bigelow, Démineurs. Le film, multi-oscarisé en 2010 avec pas moins de six récompenses dont celles de meilleur film, aborde, comme Zero Dark Thirty, les conflits américains au Moyen-Orient. Cependant, contrairement à ce dernier, Démineurs ne se veut pas politique : il ne traite pas de personnes connues ou d’opérations secrètes mais parle du quotidien d’une équipe de déminage américaine basée à Bagdad, en Irak. La réalisatrice, surnommée « la femme la plus virile de Hollywood », raconte le quotidien de trois soldats, un démineur et deux accompagnateurs, chargés de protéger la vie du démineur contre toute menace autre que les mines. Le sergent de ce trio, James (Jeremy Renner), semble prendre de nombreux risques, ce qui effraie ses deux confères, Sanborn et Eldridge, et crée un climat tendu dans le groupe. Néanmoins, ces tensions baissent au fur et à mesure que les deux soldats se rendent comptent que James est un véritable spécialiste du déminage et un ami sur lequel ils peuvent compter au front.

            Ce film peut donc se revendiquer en tant que fiction réaliste. Certainement inspirée de faits réels, Bigelow met bout à bout plusieurs opérations classiques, courantes, pour une équipe de déminage comme des interventions sur des voitures piégées ou dans des lieux publics. L’histoire ne se déroule pas que dans le Bagdad miné, elle se passe également dans le camp Victory, une base ressemblant à la plupart de celles actuellement placées au Moyen-Orient, avec des contrôles stricts, des suivis psychologiques… Bigelow reste neutre et se contente de décrire la réalité dans bien des cas, notamment dans la vision qu’elle donne du peuple irakien. En effet, elle ne diabolise pas la population (attention ce sont tous des terroristes !) mais ne l’angélise pas non plus (de toute façon il n’y a que quelques terroristes isolés au Moyen-Orient). Ce peuple est ambigu, on ne sait plus trop de quel côté il penche : pro-américain ou pro-terrorisme… contrainte des terroristes ou peur des américains… Ces gens sont à l’image du vendeur de DVD, un personnage discret mais néanmoins très intéressant justement par son ambigüité. Ainsi, cet Irakien, qui passe ses journées à vendre des films aux soldats américains, adopte un comportement étrange qui peut sous-entendre qu’il aide les terroristes. Bigelow, malgré une neutralité générale, fait toutefois l’éloge des « boys », les défenseurs des Etats-Unis, à travers cette unité de déminage. Ces trois hommes sont filmés tel des héros des temps modernes, allant sauver des vies, au péril des leurs, malgré une population méfiante et dangereuse. La réalisatrice montre donc surtout leur courage, celui d’affronter la mort mais aussi celui de choisir une isolation complète. On le voit bien dans ce film, les soldats américains sont seuls, loin de leurs petites amies, de leurs enfants, de toute relation. Cette solitude se traduit par des soirées alcoolisées, virant souvent en bagarre. Cet alcoolisme est une référence supplémentaire à une autre vision que donne Bigelow de ces trois soldats américains, celle de cowboys modernes. James, Sanborn et Eldridge sont trois cowboys lâchés dans le désert irakien, dans un monde violent, impitoyable où la mort peut surgir à chaque instant, comme le montre l’embuscade terroriste dans le désert. Cette zone est encore sauvage, de nombreux animaux sont filmés par Bigelow (chèvres, chat…). Enfin, c’est un monde où les étrangers ne sont pas les bienvenus, exactement comme dans le Far West. La dernière scène du film, représentant un démineur dans sa tenue de combat marchant vers un soleil couchant, rappelle les scènes finales des westerns.

            Le talent immense de la réalisatrice, Kathryn Bigelow, est vraiment appréciable : la façon de filmer, l’originalité de certaines scènes, le choix des acteurs… Ce dernier point mérite d’être abordé, notamment pour la prestation du personnage principal, James, interprété par Jeremy Renner. Ce sergent, nouvel arrivant dans la compagnie Bravo, amène une sorte de folie que l’on n’attendait pas dans ce genre de film. Renner joue le rôle d’un père américain drogué à l’adrénaline. Sa seule raison de vivre n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, son fils mais le déminage et la peur, l’excitation qui en découle. Le personnage de James, et ce caractère extravaguant, apporte donc ce petit plus qui différencie les bons films des grands films. Ce qui fait la qualité de ce film, c’est aussi son suspense, à couper le souffle pendant plus de deux heures. Dans une ambiance – c’est le moins que l’on puisse dire – explosive, il suffit que le démineur se trompe de fil, qu’un mauvais coup de vent passe et c’est l’explosion, la mort. Mais le pire est que cette explosion ne dépend pas que du démineur, elle peut venir de partout ! De cet homme, dans le fond, qui utilise incessamment son téléphone, ou de celui-ci qui filme avec son caméscope le déminage ou de ces trois hommes qui guettent la scène depuis le haut d’un minaret… Cette ambiance pesante et ce suspens continu plongent le spectateur dans la peur perpétuelle du déclic, de la détonation. Ce film nous impressionne par des scènes, notamment la toute première, haletantes, au scénario surprenant et à l’issue toujours remarquable.

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Banksy

Banksy est un artiste urbain anglais, né dans les années 70, probablement à Bristol. L’essentiel de son oeuvre sont des « pochoirs » (plaques découpées de façon à faire apparaître une forme ou un visage), pour la plupart réalisés dans les rues de Bristol et de Londres. Il est également sculpteur (la plus connue étant sans doute sa cabine téléphonique londonienne fendue par une pioche), réalisateur (son documentaire Exit Through the Gift Shop fut, entre autres, nommé pour l’Oscar du meilleur documentaire en 2011) mais il est aussi un contestataire engagé ! Il entreprit plusieurs actions contre de nombreux thèmes : les droits des animaux, la société capitaliste et ses dérives etc…

L’oeuvre de Banksy est immense, c’est pour cela que l’on ne va développer que quelques un de ses travaux. Nous avons sélectionné trois peintures, toutes représentatives de l’engagement, de l’originalité et du talent de cet artiste.

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Banksy est pacifiste, un grand nombre de ses créations milite pour la paix dans le monde. Celle-ci, réalisée à Jérusalem, ville au coeur du conflit israëlo-palestinien, dénonce d’une manière singulière la guerre qui fait rage dans ce pays. En effet on y voit une jeune fille effectuant une fouille au corps, acte fréquent dans les guerres modernes, à un soldat, pourtant armé, comme le montre le fusil d’assaut en bas à droite.  L’ironie de cette peinture  est que ce devrait être le militaire qui devrait examiner l’enfant et non l’inverse ! Cette oeuvre clame ouvertement le pacifisme de Banksy : le soldat, symbole de la guerre, est dans l’incapacité de se battre, il pose ses mains contre le mur, ce qui montre son impuissance. De plus il est désarmé, son fusil est hors de portée et, par ailleurs, il semble être démonté. La petite fille représente l’innocence des enfants, et de manière plus générale des civils dans les conflits. Pourquoi les citoyens, n’ayant souvent rien à voir avec la politique étrangère des gouvernements, devraient ils être mêlés à la guerre, aux soldats ? Cette jeune fille peut également symboliser la méfiance, le doute envers l’armée, qui ment couramment en temps de guerre, ce qui expliquerait la fouille, la vérification du soldat. Enfin, cette réalisation est, comme la plupart des oeuvres de Banksy, universelle. Elle peut se référer à tout les conflits mondiaux : le soldat vêtu d’un uniforme vert ne représentant aucun pays en particulier et la jeune fille, habillée d’une robe rose, incarnant la féminité, l’enfance, l’innocence partout dans le monde.

banksy-700x250Banksy est également un grand contestataire de notre société de consommation, calquée sur le modèle capitaliste américain, et cette oeuvre le montre particulièrement bien. Celle-ci représente Mickey, la souris de Disney, et Ronald McDonald, l’emblème du célèbre fast-food, tenant par la main la jeune Vietnamienne brûlée au napalm lors de la guerre du Vietnam. A travers cette peinture, Banksy dénonce tout les travers des Etats-Unis. Cette création expose trois symboles américains, ainsi que l’influence exercée par ce pays sur le monde. En effet, on dirait que ces trois personnages défilent, main dans la main, pour montrer au monde la toute puissance des Etats-Unis. Mickey Mouse, le symbole de la marque Disney, met en évidence la culture américaine, ultra-influente sur toute la planète. Ronald Mc Donald, emblème de la firme multinationale du même nom, personnifie l’implantation, la présence américaine dans tout les pays ainsi que son système de consommation capitaliste. Enfin, la jeune vietnamienne représente la puissance militaire du pays, capable de terrasser n’importe quelle nation. Cependant cette oeuvre n’est pas qu’une simple représentation de la souveraineté des Etats-Unis, c’est également une dénonciation de ce pouvoir, et de ses travers. En effet, l’image que renvoie la culture américaine, Hollywood, du pays est à l’image du Mickey Mouse de Banksy : souriante. Le pays semble toujours magnifique, tout y est parfait, les gens y sont accueillants, gentils… De même pour Ronald Mc Donald, censé symboliser le mode de vie américain, caractérisé par le plaisir immédiat. Mais Banksy rappelle qu’il ne faut pas oublier que les fast-food sont loin d’être parfaits (obésité, mal-nutrition etc.)… tout comme le système américain. Cette peinture montre que le pays a des travers qu’il ne peut cacher par cette « bonne image » que renvoie sa culture. Ces mauvais-cotés sont les guerres, les morts que cette patrie a causé, partout dans le monde. Cette jeune fille, brûlée au napalm  durant la guerre du Vietnam, personnifie à elle seule le mal américain. Bansky nous avertit à travers cette peinture : quand vous consommez américain, n’oubliez pas ce qu’est l’Amérique. Il nous montre une face sombre, souvent négligée de cette superpuissance, celle d’un pays usant d’une habile propagande (Mc Donald, Disney) pour vanter les mérites de son système (la société capitaliste de consommation) et nous faire oublier ses torts. On peut également interpréter cette oeuvre comme un message, un avertissement de la part des Etats-Unis dont Banksy serait le transmetteur. Ainsi Ronald Mc Donald et Mickey Mouse vous inviterait à sourire, à adhérer au modèle américain, sous peine de finir comme cette jeune vietnamienne, brûlée vive.

L’oeuvre de Banksy exprime un certain pessimisme, clairement affichée sur cette création. Ses réalisations abordent souvent des thèmes graves comme la guerre, la discrimination, la révolte, le crime, la pauvreté… Autant de thèmes exposant les malheurs de l’humanité. Celle-ci résume à elle seule cette crainte concernant l’avenir du monde. On y voit une jeune fille, semblant vivre dans la misère la plus totale et arborant un visage triste. Elle tient dans sa main un ballon, qui se trouve être en fait le « O » de l’inscription « NO FUTURE ». Cette oeuvre, réalisée dans la rue comme presque tout les ouvrages de Banksy, accentue cet effet de misère, déjà fortement visible par l’aspect de la petite fille. L’enfant semble représenter la misère du monde, en Asie, en Afrique ou en Amérique du sud par exemple. Tandis que sa solitude, sa tristesse, sa détresse, son malheur sont exprimés par son visage et surtout par l’inscription auquel son ballon se rattache : « NO FUTURE ». Pouvons-nous néanmoins affirmer que Banksy est pessimiste au point de déclarer qu’il n’y a aucun futur possible pour cette fille ? pour l’humanité en général ? On peut en douter. Car cette fillette tient dans sa main un ballon pouvant représenter l’amusement, l’épanouissement d’un enfant, l’espoir. Banksy espère que ce ballon, celui de cette misérable enfant, ne restera pas accroché à cette phrase, ce « NO FUTURE », mais qu’il s’envolera vers un avenir meilleur pour elle, et pour l’homme.