Démineurs

de Kathryn Bigelow,
2009,
avec Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty…

★★★★☆

         Alors que Zero Dark Thirty, le film sur la traque d’Oussama Ben Laden, est toujours sur nos écrans, nous avons trouvé juste de faire une critique du long-métrage qui révéla la réalisatrice Kathryn Bigelow, Démineurs. Le film, multi-oscarisé en 2010 avec pas moins de six récompenses dont celles de meilleur film, aborde, comme Zero Dark Thirty, les conflits américains au Moyen-Orient. Cependant, contrairement à ce dernier, Démineurs ne se veut pas politique : il ne traite pas de personnes connues ou d’opérations secrètes mais parle du quotidien d’une équipe de déminage américaine basée à Bagdad, en Irak. La réalisatrice, surnommée « la femme la plus virile de Hollywood », raconte le quotidien de trois soldats, un démineur et deux accompagnateurs, chargés de protéger la vie du démineur contre toute menace autre que les mines. Le sergent de ce trio, James (Jeremy Renner), semble prendre de nombreux risques, ce qui effraie ses deux confères, Sanborn et Eldridge, et crée un climat tendu dans le groupe. Néanmoins, ces tensions baissent au fur et à mesure que les deux soldats se rendent comptent que James est un véritable spécialiste du déminage et un ami sur lequel ils peuvent compter au front.

            Ce film peut donc se revendiquer en tant que fiction réaliste. Certainement inspirée de faits réels, Bigelow met bout à bout plusieurs opérations classiques, courantes, pour une équipe de déminage comme des interventions sur des voitures piégées ou dans des lieux publics. L’histoire ne se déroule pas que dans le Bagdad miné, elle se passe également dans le camp Victory, une base ressemblant à la plupart de celles actuellement placées au Moyen-Orient, avec des contrôles stricts, des suivis psychologiques… Bigelow reste neutre et se contente de décrire la réalité dans bien des cas, notamment dans la vision qu’elle donne du peuple irakien. En effet, elle ne diabolise pas la population (attention ce sont tous des terroristes !) mais ne l’angélise pas non plus (de toute façon il n’y a que quelques terroristes isolés au Moyen-Orient). Ce peuple est ambigu, on ne sait plus trop de quel côté il penche : pro-américain ou pro-terrorisme… contrainte des terroristes ou peur des américains… Ces gens sont à l’image du vendeur de DVD, un personnage discret mais néanmoins très intéressant justement par son ambigüité. Ainsi, cet Irakien, qui passe ses journées à vendre des films aux soldats américains, adopte un comportement étrange qui peut sous-entendre qu’il aide les terroristes. Bigelow, malgré une neutralité générale, fait toutefois l’éloge des « boys », les défenseurs des Etats-Unis, à travers cette unité de déminage. Ces trois hommes sont filmés tel des héros des temps modernes, allant sauver des vies, au péril des leurs, malgré une population méfiante et dangereuse. La réalisatrice montre donc surtout leur courage, celui d’affronter la mort mais aussi celui de choisir une isolation complète. On le voit bien dans ce film, les soldats américains sont seuls, loin de leurs petites amies, de leurs enfants, de toute relation. Cette solitude se traduit par des soirées alcoolisées, virant souvent en bagarre. Cet alcoolisme est une référence supplémentaire à une autre vision que donne Bigelow de ces trois soldats américains, celle de cowboys modernes. James, Sanborn et Eldridge sont trois cowboys lâchés dans le désert irakien, dans un monde violent, impitoyable où la mort peut surgir à chaque instant, comme le montre l’embuscade terroriste dans le désert. Cette zone est encore sauvage, de nombreux animaux sont filmés par Bigelow (chèvres, chat…). Enfin, c’est un monde où les étrangers ne sont pas les bienvenus, exactement comme dans le Far West. La dernière scène du film, représentant un démineur dans sa tenue de combat marchant vers un soleil couchant, rappelle les scènes finales des westerns.

            Le talent immense de la réalisatrice, Kathryn Bigelow, est vraiment appréciable : la façon de filmer, l’originalité de certaines scènes, le choix des acteurs… Ce dernier point mérite d’être abordé, notamment pour la prestation du personnage principal, James, interprété par Jeremy Renner. Ce sergent, nouvel arrivant dans la compagnie Bravo, amène une sorte de folie que l’on n’attendait pas dans ce genre de film. Renner joue le rôle d’un père américain drogué à l’adrénaline. Sa seule raison de vivre n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, son fils mais le déminage et la peur, l’excitation qui en découle. Le personnage de James, et ce caractère extravaguant, apporte donc ce petit plus qui différencie les bons films des grands films. Ce qui fait la qualité de ce film, c’est aussi son suspense, à couper le souffle pendant plus de deux heures. Dans une ambiance – c’est le moins que l’on puisse dire – explosive, il suffit que le démineur se trompe de fil, qu’un mauvais coup de vent passe et c’est l’explosion, la mort. Mais le pire est que cette explosion ne dépend pas que du démineur, elle peut venir de partout ! De cet homme, dans le fond, qui utilise incessamment son téléphone, ou de celui-ci qui filme avec son caméscope le déminage ou de ces trois hommes qui guettent la scène depuis le haut d’un minaret… Cette ambiance pesante et ce suspens continu plongent le spectateur dans la peur perpétuelle du déclic, de la détonation. Ce film nous impressionne par des scènes, notamment la toute première, haletantes, au scénario surprenant et à l’issue toujours remarquable.

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