2001 : l’odyssée de l’espace

de Stanley Kubrick,
1968,
avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester….

Sans titre 1

★★★★★

             Malgré ses quarante ans bien entamé, 2001 : l’odysée de l’espace reste encore aujourd’hui un classique, un chef d’œuvre du septième art. Le long-métrage de Stanley Kubrick est souvent présenté comme le meilleur film de science-fiction de tout les temps et ce à juste titre. Le début du film se passe il y a environ quatre millions d’années, en Afrique. Kubrick nous raconte dans cette première partie l’histoire d’une tribu primate, en conflit avec un autre groupe à propos d’un point d’eau. Ce groupe réussit à chasser notre tribu, contrainte de se réfugier dans un trou isolé pour survivre. Mais un matin, les singes se réveillent et aperçoivent, au milieu de leur creux, un étrange objet, une sorte de rectangle noir. Dans un premier temps effrayé, les primates s’approchent de cette chose puis le touchent. Juste après ce contact avec ce qui s’avère être un monolithe, le chef de tribu a l’idée de se servir d’un os afin d’être plus fort. Il utilise alors cet outil, le premier de l’histoire, dans un premier temps pour chasser, se nourrir puis se rend compte qu’il pourrait l’appliquer contre le clan du point d’eau. Les singes retournent donc voir la tribu adverse et se servent de leurs os pour tuer le chef ennemi et chasser les occupants. Le reste du film se déroule ensuite à notre époque (1999, 2001), non plus sur Terre mais dans l’espace. Le docteur Floyd enquête secrètement sur la découverte d’un étrange monolithe noir, trouvé sur la Lune. L’équipe scientifique qui entoure le docteur s’aperçoit que le bloc émet des signaux en direction de Jupiter. On décide alors, dix-huit mois plus tard, d’envoyer le vaisseau spatial Discovery vers la planète en question, avec à son bord David Bowman, Frank Poole, trois savants en « hibernation » ainsi que HAL 9000, un ordinateur surpuissant agissant comme un être humain amélioré. Cependant la cohabitation entre les deux astronautes et la machine ne se passe pas comme prévu : les hommes souhaitent, suite à une erreur de l’ordinateur, pourtant réputé infaillible, le déconnecter et ainsi le faire disparaître. La machine, après avoir surpris leur conversation, décide de se séparer des deux humains en les envoyant mourir, prétendument pour une réparation extérieure, dans l’espace. Mais l’un des astronautes réussit à revenir dans le vaisseau puis arrive à détruire HAL 9000 qui, entre temps, a stoppé « l’hibernation » des trois savants et ainsi provoqué leur mort. David Bowman se dirige alors seul vers Jupiter. Alors qu’il ne va pas tarder à atterrir sur la planète, la fusée rencontre sur son chemin un autre monolithe noir. Le spationaute se rapproche donc de l’objet et ce contact l’emmène dans un monde coloré, délirant l’amenant finalement dans une chambre digne du Château de Versailles. Dans cette pièce, il se voit lui-même vivre, vieillir en quelques secondes. A la fin de cette « double-vie », il rencontre une énième fois un monolithe noir qui au toucher le transforme en fœtus lumineux, recommençant ainsi une nouvelle vie. Dans la dernière scène, le fœtus s’est déplacé, téléporté, au dessus de la terre qu’il contemple depuis l’espace.

            Kubrick a voulu, en réalisant ce film, réaliser ce qui serait plus tard considéré comme un classique du cinéma. Les images, les plans sont toujours cadrés adroitement, que ce soit lorsqu’il filme le continent africain ou bien cette serveuse, bravant les lois de l’apesanteur afin d’apporter des plats aux commandants de bord du vaisseau. Aucun dialogue, aucun mouvement n’est approximatif : tout est soigné à la perfection qu’il s’agisse de ce singe qui brise des os ou encore des discussions entre ces passagers russes et Dr. Floyd. Ce souci d’excellence se remarque aussi à travers la bande originale du film, classique évidemment. Richard Strauss, György Ligeti, Johan Strauss… Kubrick réunit de grands compositeurs classiques pour donner à son long-métrage cet aspect majestueux qu’on ne peut que lui reconnaître. Ce classicisme se voit aussi dans l’avant-dernière scène du film, dans la chambre étrange, mystérieuse de David Bowman. Cette pièce est stylisée façon « Louis XVI », une mode européenne classique du XVIIIème siècle, on y voit des couleurs épurées, des nuances de blanc ou de gris, du mobilier français classique, comme les vases ou les tables, et surtout des tableaux. Cette présence de l’art est elle aussi indéniable dans le film de Stanley Kubrick. Ces tableaux classiques, représentatifs de l’art du XVIIIème siècle en France, ne sont pas les seules marques d’art dans le film. Le trip, le voyage délirant de David Bowman, rappelle le pop-art avec ses couleurs flashs, passant rapidement d’une teinte à une autre. La place de la musique est grande elle aussi comme je l’ai développé un peu plus haut, et la musique, classique d’autant plus, est un art à part entière. Il y aussi cet aspect de fable que renvoie l’histoire, cette odyssée de l’espace. L’odyssée pourrait éventuellement être une interprétation moderne de celle d’Ulysse, l’un des premiers grands livres de l’humanité. Kubrick donne l’impression que la seule trace de l’homme, à part ses os (image très présente au début du film), qui restera dans l’univers est l’art. L’humanité se résumerait à l’art, la culture. Car oui le réalisateur montre à quel point l’homme n’est rien dans l’Univers, presque divinisé par le cinéaste. Le film de Kubrick accorde une grande place au divin, personnifié par le monolithe, symbole d’une puissance créatrice, mystérieuse et absolue. Censé avoir été créé par une civilisation, le réalisateur à aucun moment pourtant ne montre ses prétendus créateurs. Peut-être ces blocs, abstraits, représentent-ils des dieux, créateurs, protecteurs (ou pas), étranges, planté sur chaque planète : la Terre et sa Lune, Jupiter… L’importance du divin dans le film est indéniablement visible dans la dernière scène, ou l’on peut voir un fœtus humain survolant, contemplant la Terre tel un ange, protecteur, ou non, de cette planète. A travers ce film, Kubrick semble critiquer l’omniprésence de la technologie à notre époque. En effet, HAL 9000, le super ordinateur, est l’équivalent de l’os destructeur du singe, si l’on voit le premier chapitre  (L’aube de l’humanité) comme un résumé des trois chapitres suivants. Nos ordinateurs seraient des objets à l’origine serviables mais à terme destructeurs, comme les outils d’antan, os ou bâtons par exemple. D’ailleurs HAL, censé aider les astronautes finit par tuer quatre d’entre eux ! Kubrick prône donc, peut-être, un retour dans un monde moins matérialiste.

            Ce que j’admire, à travers ce film, c’est le talent de Stanley Kubrick : les plans, la bande-originale, la justesse de chaque geste ou parole… Tout semble avoir été réglé à la perfection dans ce long métrage. J’ai vraiment aimé le fait que ce long-métrage soit une œuvre où, contrairement à la plupart des films, ce n’est pas l’histoire ou les personnages qui priment. Kubrick laisse le spectateur interpréter son œuvre comme il l’entend et ainsi chaque spectateur choisit, librement, sa propre vision de cette odyssée intemporelle et universelle. 2001 : l’odysée de l’espace est donc une magnifique œuvre audio-visuelle où c’est le spectateur qui interprète l’histoire.

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