Barry Lyndon

de Stanley Kubrick,
1976,
avec Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee…

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★★★★☆

Un film historique, un drame ou une œuvre visuelle ? Ou peut-être les trois à la fois. A travers Barry Lyndon, Kubrick raconte la vie de Redmond Barry (Ryan O’Neal), un jeune irlandais né misérable et pourtant parvenu jusqu’au titre de Lord, la plus haute classe de la bourgeoisie anglaise, avant de retomber dans la déchéance la plus totale. Le réalisateur décrit donc l’ascension sociale d’un pauvre gamin irlandais, orphelin de son père, qui va tenter de s’imposer dans la société anglaise du XVIIIème siècle. Tantôt vagabond, soldat, déserteur, officier, espion, arnaqueur et enfin Lord, Redmond subira de nombreuses péripéties avant d’accéder enfin à l’aristocratie, en épousant lady Lyndon, riche et jeune veuve du comté du même nom. Le film est divisé en deux parties : la première, nommée « Comment Redmond Barry a acquis la manière et le titre de Barry Lyndon » contant les multiples périples de Redmond pour arriver au sommet, et la seconde, appelée « Relation des malheurs et désastres qui menèrent Barry Lyndon à sa chute », où l’on assiste, impuissant, a l’effondrement du Lord.

Kubrick donne l’impression que ce long-métrage, Barry Lyndon, est plus un documentaire sur la société anglo-saxonne du XVIIIème siècle que la simple histoire d’un destin brisé.  Ultra-réaliste, le cinéaste filme de splendides décors, tous réels, y compris les châteaux et leurs intérieurs, magnifiés de mobilier d’époque et de tableaux somptueux. Il n’y a pas que les décors qui collent à la réalité : l’éclairage, à la bougie lors de nombreuses scènes, semble tout droit sorti du XVIIIème siècle, tout comme les maquillages et les costumes. Les personnages, qu’ils soient majeurs ou non, sont tous parés de tenues d’époques, aux couleurs vives généralement, et maquillés comme le fut la classe bourgeoise à ce moment : du blanc le plus pâle possible. La façon dont Kubrick filme, l’éclairage ou le type de plan par exemple,  les lieux et les comédiens – déjà pourvus d’un réalisme époustouflant – rapproche Barry Lyndon du documentaire et l’éloigne de la fiction qu’il semblait être à première vue. Encore une fois, le cinéaste, comme dans la plupart de ses longs-métrages, réalise une œuvre qui se veut visuelle avant toute chose. Contrairement à 2001 : L’odyssée de l’espace, ou le côté artistique était plus subtil, peut-être plus difficile à trouver, Barry Lyndon affiche lui clairement, mais de façon plus classique, cet aspect esthétique. Tout d’abord, comme il a été développé un peu plus haut, Kubrick a énormément misé sur les costumes et les décors, d’un réalisme et d’une beauté stupéfiante. Mais il ne faut pas négliger la place importante de l’art d’époque, musique et peinture notamment, glorifié par le cinéaste. La bande originale, classique évidemment, est entièrement du XVIIIème siècle, comme le montre le thème principal du film, la Sarabande de Haendel, un compositeur anglo-allemand décédé en 1759. On peut également parler des tableaux, très présents dans le second chapitre, où une salle du château de Lord Lyndon, d’une splendeur exceptionnelle, est entièrement remplie de tableaux d’époques. Certaines scènes filmées par Kubrick donnent d’ailleurs l’impression d’être plongés dans l’un de ces tableaux, tant elles sont bien faites. Cependant l’histoire de Barry Lyndon ressemble plus à une pièce, un drame qu’à un tableau. En effet, Kubrick, adaptant un roman picaresque (sorte d’autobiographie d’un personnage qui vécut dans le malheur, la misère si l’on veut résumer le genre) de William Makepeace Thackeray, réalise un véritable drame historique. Son personnage principal, né dans la misère, arrive, après de multiples périples (déception amoureuse, guerre, désertion…) à la consécration sociale (il devient Lord, un membre éminent de la haute-société anglaise du XVIIIème) qu’il va quitter presque aussitôt après avoir sombré moralement (adultère, alcoolisme…) et physiquement (mutilation)… Redmond Barry est un véritable héros dramatique dont Kubrick conte magnifiquement l’histoire et les déboires.

Encore une fois donc, Stanley Kubrick réalise un film impeccable tant visuellement que cinématographiquement et cela est extrêmement plaisant à regarder, évidemment. Peut-être un peu trop classique – le film est beaucoup moins original, novateur, que 2001 par exemple – le long-métrage n’en reste pas moins une grande œuvre artistique et dramatique. Mais certains détails restent néanmoins gênants quand on sait que Barry Lyndon tient de Stanley Kubrick. Le manque d’audace ou le jeu des acteurs, loin d’être exceptionnel… Mais peut-être que ces à-côtés n’étaient pas la priorité du cinéaste, privilégiant le côté documentaire, réaliste de l’œuvre ? Néanmoins, quoi qu’il en soit, Barry Lyndon reste un très grand film à regarder absolument.

Barry Lyndon

 

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