Le Bon, la Brute et le Truand

de Sergio Leone,
1966,
avec Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef…

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★★★★☆

 Alors que Django Unchained cartonne en ce moment au cinéma (notamment en France où il devrait dépasser les quatre millions d’entrées), un retour dans le passé, afin de revisiter les classiques du western spaghetti, s’impose. Retournons donc en 1966, l’année de sortie de Le Bon, la Brute et le Truand, réalisé par Sergio Leone. Le film se déroule, bien évidemment, aux Etats-Unis, durant la guerre de Sécession. Le cinéaste italien conte l’histoire de trois portraits croisés, reliés par un trésor contenant des centaines de milliers de dollars. Le premier que l’on nous présente est Tuco (Eli Wallach), alias le Truand, un bandit dont la tête est mise à prix dans de nombreux états. Le second est Blondin (Clint Eastwood), surnommé le Bon, une sorte d’escroc de l’Ouest, livrant les bandits recherchés à la police, empochant ainsi l’argent, puis les délivrant afin de recommencer l’affaire dans une autre ville. Le dernier est Sentenza (Lee Van Cleef), nommé la Brute, un mercenaire, à la recherche d’argents, et ce par tous les moyens. Ces trois hommes ont plusieurs points communs : ce sont des fines gâchettes, solitaires et avares. Tous trois se mettent donc à la recherche d’un lieu ou serait caché près de 200 000 dollars, chacun avec des informations précises : l’un connaissant le prénom de l’homme qui a dissimuler cette immense somme d’argent, l’autre étant informé du cimetière ou se trouve l’or et enfin le dernier sachant à quel nom se trouve la tombe ou et caché le magot.

 Le Bon, la Brute et le Truand est souvent présenté comme le western spaghetti de référence. Et ce titre est mérité, toute les caractéristiques du genre sont présentes ! Dans un monde individualiste, où l’on ne peut compter sur personne – aucun lien de confiance ne s’établira entre les personnages, tous trahis à un moment ou à un autre – où la mort guette à chaque coin de rue… bref un monde où le chaos règne. Immoral à souhait – aucun personnage, contrairement à ce que peut laisser présumer le titre, n’est bon dans ce film –  mais également emprunté d’un humour propre au western spaghetti, Le Bon, la Brute et le Truand rassemble bel et bien tous les ingrédients de ce registre cinématographique italien. Cependant, un (gros) détail peut déranger les puristes du genre, le fait que le film fasse de nombreuses références historiques, entre autres à la guerre de Sécession. En effet, le western spaghetti, par définition, se doit de ne pas magnifier l’histoire américaine. Pourtant, la place de la Civil War est, indéniablement, essentielle dans ce film : le trésor recherché vient des confédérés, les héros se déguisent en sudistes puis se font capturer par les confédérés, se retrouvent plusieurs fois aux milieux des conflits, la Brute devient même un sergent de l’Union… On peut certes dire que la présence de cette guerre est omniprésente mais que, néanmoins, elle ne glorifie pas l’histoire des Etats-Unis. Mais quelques « anomalies » tendent à prouver le contraire. Ainsi deux membres hauts-gradés de l’Union – le camp vainqueur de la guerre et donc dirigeant du pays depuis – le chef du camp de prisonniers confédérés et le capitaine alcoolique semblent représenter, de façon nuancée, des héros américains. Effectivement, le chef du camp, pourtant en guerre, prône la non-violence, une certaine pacification du conflit, en interdisant la torture, le vol et le meurtre au sein de la base (pratiques pourtant récurrentes à l’époque et temps de guerre en général). Tandis que le capitaine, certes alcoolique, rêve de détruire un pont, stratégique et important dans la bataille, afin de préserver des citoyens d’un massacre inévitable. Ces deux personnages représentent donc des valeurs pacifiques, héroïques, caractéristiques de l’Union.

 Le Bon, la Brute et le Truand est donc un classique du western spaghetti, cependant emprunté d’une touche d’originalité – la présence indéniable de l’histoire dans le film – tout comme Django Unchained, le dernier film de Quentin Tarantino. On ne peut que s’émerveiller devant le talent de Sergio Leone, réalisant ici une mise en scène digne des plus grands cinéastes. Filmés en Espagne, les décors sont splendides et magnifient l’Ouest américain. Le cinéaste italien, irréprochable au niveau de l’image, a également choisi la bande originale idéale, produite en grande partie par Ennio Morricone. Parfaite dans le film, la musique fut également un succès populaire, devenant le quatrième album le plus vendu en 1968 aux Etats-Unis. Mais il n’y a pas que la prestation de Sergio Leone que l’on peut se permettre de saluer, il ne faut pas oublier Eli Wallach, l’acteur interprétant brillamment Tuco, alias le Truand. A la fois criminel et bouffon, le comédien, digne représentant du jeu italien, impressionne par son talent d’humoriste, que Sergio Leone comparait à Charlie Chaplin. Les deux autres acteurs, Clint Eastwood et Lee Van Cleef, jouant deux personnages froids, solitaires et doués de sang-froid rendent deux partitions classiques, ni extraordinaires ni décevantes. Peut-être un peu lent par moments – c’est l’un des rares défauts que l’on peut donner au film – le scénario reste néanmoins très bon, avec quelques retournements de situations vraiment inattendus. Le Bon, la Brute et le Truand est donc, comme sa réputation le décrit, un excellent film et un digne représentant du western spaghetti.

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