Le hobbit

de John Ronald Reuel TOLKIEN,
1937

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Suite au succès (prévisible) du premier volet de la trilogie de Peter Jackson, Le Hobbit : un voyage inattendu, nous nous sommes intéressés à l’oeuvre originale, ayant inspiré le cinéaste néo-zélandais; celle de Tolkien. Publié en 1937, le roman se vend encore aujourd’hui par milliers d’exemplaires, notamment grâce à la sortie au cinéma, et est désormais considéré comme un classique de la littérature du XXème siècle. L’histoire, à l’origine un conte pour les enfants de Tolkien, se déroule dans un monde créé de toute pièce par l’écrivain anglais, la Terre du Milieu, et décrit l’aventure de Bilbo Baggins, un « hobbit » (sorte de petit homme à la vie banale vivant uniquement des petits conforts de la vie, surtout la nourriture). Bilbo va être, malgré lui, embarqué dans une quête, accompagné de nains, elfes et autres créatures imaginaires, à la recherche d’un trésor gardé par un terrible dragon, appelé Smaug.

Le livre est donc à l’origine un conte pour enfants, ce qui explique les nombreuses interventions du narrateur, omniscient et externe, que l’on pourrait presque comparer à un raconteur. L’histoire est en effet truffée de détails apportés par ce conteur, ce qui lui permet d’être aisément lue aux plus jeunes. Les personnages, tout droit sortis d’un imaginaire fantaisiste (le mot fantasy n’était pas encore employé en 1937, simple précision), accentuent cette ambiance enfantine : on trouve des nains, un magicien, des elfes, des gobelins, un dragon, des géants… La description des nains, et du hobbit, permet d’ailleurs aux enfants de s’identifier facilement aux héros, tous paraissent, au premier abord, assez simple d’esprit (Bombur, toujours à la recherche de nourriture, Thorin, le chef héroïque…). Néanmoins derrière toutes ces apparences plutôt légères, Le Hobbit est en fait une oeuvre assez ambigüe, complexe, un peu comme les films de Walt Disney ou la saga fantastique Harry Potter. On peut ainsi parler du dernier exemple abordé, les personnages, afin de montrer la subtilité du roman. L’évolution, pas toujours dans le « bon » sens des héros (un héros enfantin classique se doit de rester d’une honnêteté exemplaire jusqu’au bout), en est une preuve. On peut ainsi parler de Thorin, dont le comportement à la fin laisse à désirer (avidité, méchanceté voir trahison) ou de Bilbo, héros principal dont l’héroïsme laisse justement à désirer… Mais le personnage le plus complexe reste sans aucun doute Gollum, ce petit être magnifié par Peter Jackson dans Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit : un voyage inattendu. Gollum est une créature quasi-immortelle, souffrant d’un trouble de la personnalité, sujet à de nombreux délires et surtout obsédé par l’anneau unique, son « precious »… Cet objet, dont Bilbo va s’emparer, fort heureusement pour lui, rend invisible celui qui le porte, allonge sa durée de vie, bref apporte un pouvoir inestimable. Mais il a surtout le défaut de rendre petit à petit monstrueux son maître. Sympathique au début de sa rencontre avec Bilbo, Gollum se révèle vite un être horrible, menaçant notre hobbit dans un premier temps puis le pourchassant par la suite dans la caverne où il est isolé depuis des années. Gollum n’est donc pas le profil type du personnage de conte pour enfant. Ajoutons à cela qu’il n’est pas LE méchant du roman mais un simple protagoniste, n’intervenant que dans un chapitre. Les personnages de Tolkien surprennent donc par leurs comportements ambigus, d’une rare complexité pour un roman destiné aux plus jeunes. Certains voient d’ailleurs, étant donné la subtilité de l’oeuvre et le talent de l’écrivain, un récit de la Première Guerre Mondiale à travers l’histoire de Bilbo. Tolkien, né en 1892, dut partir au front en 1916 et en garda un souvenir impérissable. Son oeuvre est d’ailleurs marquée par cette période de sa vie. Ainsi, Bilbo pourrait être une personnification de l’écrivain, délogé, à son insu, de sa campagne pour partir dans une aventure lui étant complètement étrangère. Tolkien, comme son héros, aimait les plaisirs simples et ne faisait certainement pas preuve d’un héroïsme légendaire… D’autres disent que Le Hobbit trouverait ses racines dans la mythologie  le poème Beowulf (poème contant l’aventure d’un héros, ayant une place très importante dans la littérature anglo-saxonne) ou encore la bible.

Le Hobbit, aujourd’hui considéré comme l’emblème de la fantasy et comme une oeuvre majeure de la littérature, se distingue donc par son approche à première vue enfantine mais en fait dotée d’une rare complexité. Les personnages, comme Gollum, leur comportement, celui de Bilbo, leur évolution au fil de l’aventure, notamment celle de Thorin, ou même les évènements, alliances, guerres, trahisons, revanches – en résumé, le monde de Le Hobbit – est parfait. C’est d’ailleurs cela qui est remarquable chez Tolkien; il nous emporte dans un univers, presque niais au premier abord mais dans lequel on se plonge immédiatement et dont on ne peut plus ressortir. Le hobbit est un de ces livres qu’on dévore sans s’arrêter un seul instant, tant il est bien écrit. Le roman donne l’impression que d’autres histoires, étrangères à celle-ci, sont toujours à découvrir quelque part et donc à raconter. Ainsi quand Gandalf part seul ou quand les nains chantent les mythes d’antan, le lecteur voit instantanément la possible histoire qui peut en résulter. Tolkien a créé une oeuvre-monde incroyable et inépuisable. 

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