Les Chevaux de Dieu

de Nabil Ayouch,
2013,
avec Abdelhakim Rachid, Abdelilah Rachid, Hamza Soui

les_chevaux_de_dieu_cadre★★★☆☆

 Il y a quelques jours, le président François Hollande rendait hommage aux victimes de Mohamed Merah, décédés il y a tout juste un an. L’islamisme radical, et les attentats terroristes qu’il prône, sont, malheureusement, un thème récurrent de l’actualité contemporaine. Nabil Ayouch réalise, avec Les Chevaux de Dieu, un film – qu’on pourrait presque comparer à un documentaire tant il se veut réaliste – où l’on assiste, impuissant, à la conversion d’un jeune marocain à l’islamisme radical, et terroriste. Le long-métrage débute donc dans un bidonville marocain, au début des années 90. On voit dans un premier temps l’enfance du héros, Yassine (Abdelhakim Rachid), surnommé Yachine en référence au légendaire gardien de but russe (qu’il idolâtre), qui passe une jeunesse « normale » pour un gamin de ce type de quartier : football, bagarres, petits boulots pas toujours très nets… On remarque surtout l’entourage, difficile dira-t-on, du petit. Entre un père aveugle et à moitié fou, un frère absent (au combat parait-il), un autre autiste et un dernier ultra-violent… Seul la mère, quoi qu’ayant une relation assez étrange avec son fils, surtout comparée aux autres frères, et le meilleur ami de Yachine, dont l’homosexualité est sous-entendue tout au long du film, semblent des repères dans cette zone malfamée où règnent le crime et la corruption. Quelques années plus tard, Hamid (Abdelilah Rachid, le frère violent) est emprisonné à cause du trafic de drogue. Yachine est complètement perdu, il est persécuté, n’ayant plus la protection du frère, et enchaîne les petits boulots, et les pétards… Hamid revient, après deux ans de prison, complètement métamorphosé. Serein, propre-sur-lui et surtout pacifique, semble-t-il. Il est désormais converti à l’islam radical et propose à son frère, et ses amis, de le rejoindre afin de devenirs des « chevaux de Dieu ». C’est ainsi que Yachine devient terroriste, martyr d’une cause soi-disant juste.

 Nabil Ayouch dresse là une fresque des bidonvilles marocains (et aussi par là de tout les slums, favelas et autres quartiers pauvres de la planète) où on ne trouve que malheur et misère. Tout ses aspects, les plus horribles soient-ils, y sont évoqués : alcoolisme, prostitution, trafic de drogue, bagarres, persécutions des gangs et caïds locaux, viols, situations familiales exécrables… Aucun personnage n’est épargné, tous ont des problèmes et semblent n’avoir aucune chance de s’en sortir. La violence, personnifiée par Hamid, surtout pendant sa jeunesse, est extrêmement présente et ceux qui ne s’y soumettent pas risquent la mort. Dans ce monde, tout le monde obéit à des règles prédéfinies et la moindre différence, l’homosexualité par exemple, ne saurait être tolérée, ni même évoquée. Seule la mosquée semble être un havre de paix et un lieu saint dans ce bidonville – c’est d’ailleurs grâce à cette idée que les mouvements radicaux enrôlent leurs hommes. Cependant il y a peut-être une lueur d’espoir incarnée par les femmes, Ghislaine en particulier, mais elle est vite réprimée par la présence d’un frère ou plutôt devrait-on dire, de façon plus générale, des hommes. La qualité de ce film réside dans le fait que le réalisateur ne défend aucun point de vue, il s’attache simplement à retranscrire la réalité des faits. Les Chevaux de Dieu est une œuvre neutre, un peu à la manière d’un documentaire. En effet, le film tient de nombreux traits de ce genre cinématographique, comme sa neutralité ou le réalisme… C’est surtout le fait que le long-métrage ne développe quasiment pas d’aspect fictif qui donne ce côté documentaire au film. Les Chevaux de Dieu n’est pas une de ces histoires où l’on verra les sentiments de chaque personnage, ou même les deviner. Mis à part le comportement du héros, Yachine, il n’y a quelques petits à-côtés qui sont abordés, ou simplement évoqués, comme la relation amoureuse entre Yachine et Ghislaine ou bien l’homosexualité de Nabil (le meilleur ami). Cette apparence de reportage, qui peut déplaire à certains, ne fait néanmoins pas de ce film un documentaire.

 Nabil Ayouch parvient, avec talent, à nous faire comprendre comment un homme devient un terroriste. Quand on a vie malheureuse, misérable, où l’on possède seulement un semblant de foyer, à peine de quoi manger, et qu’un jour on vous propose un toit, de la nourriture, un travail, de l’argent, des amis, des frères, là pour vous écouter et vous aider, une foi, une croyance, une raison de vivre… On saisit pourquoi certains entrent dans l’islamisme radical. Même si cela n’excuse en rien la violence et la mort qu’engendre le terrorisme. En plus de traiter d’un thème méconnu, Les Chevaux de Dieu est interprété de façon ultra-réaliste par des acteurs jouant tous avec justesse, qu’il s’agisse des personnages principaux ou des rôles secondaires. Le film est, malgré son aspect « film art et essai », accessible à tous, notamment aux jeunes (le long-métrage a d’ailleurs souvent été nommé dans les différents festivals dans les catégories jeunes), un point extrêmement positif. On peut donc dire que Les Chevaux de Dieu n’est certes pas un grand film de cinéma, mais un excellent ouvrage, évoquant un aspect, souvent mal-compris, de l’islam, ouvrant sur une autre vision des choses, un « certain regard », comme l’a catégorisé le Festival de Cannes.

LES+CHEVAUX+DE+DIEU

 

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