La Poussière du temps

de Théo Angelopoulos,
2013 (France),
avec Willem Dafoe, Irene Jacob, Michel Piccoli…

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 ★★☆☆☆

 Réalisé il y a cinq ans, le dernier film de Théo Angelopoulos (décédé en 2012), La Poussière du temps, ne sort sur les écrans français que cette année. Pourtant nommé (catégorie hors-compétition) au Festival de Berlin en 2009, le long-métrage ne rencontre pas un grand succès en France. Le public ne se presse pas dans les salles et la critique est bien loin de l’en encourager. Angelopoulos raconte ici une histoire d’amour déchirée par la Guerre Froide et dont les cicatrices ne se refermeront jamais.

 Cette association entre amour et histoire – souvent garante de succès (Shakespeare in love, Titanic) – ne parvient pas à séduire le spectateur, malgré quelques aspects intéressants. On assiste donc à un véritable voyage dans le temps, effectué grâce à de multiples flashbacks et autres prolepses, nous menant du Goulag au Berlin contemporain ou encore aux Etats-Unis. Angelopoulos alterne ainsi scènes historiques grandioses (la mort de Staline ou encore l’orgue au milieu des bustes du Camarade…) et passages inutiles, bâclés (la retrouvaille aux Etats-Unis, le baiser des parents de Eleni à Berlin…), au grand dam de son œuvre. La romance est quant à elle des plus basiques : une femme tiraillée entre deux hommes et dont le choix sera ambigu jusqu’à la fin. N’étant déjà pas admirateur des films d’amours, la simplicité de celle-ci m’a vite blasé, et ennuyé. La Poussière du temps a néanmoins le mérite de poser quelques problèmes menant à réflexion comme, par exemple, le contraste entre la misère d’hier et celle actuelle. Ainsi, il oppose la misère matérielle, «manifeste» d’antan (l’horreur des camps russes, la surveillance totale des services secrets…) à celle d’aujourd’hui, morale, peut-être moins évidente mais tout aussi destructrice (la fugue, la tentative de suicide de la jeune fille à Berlin…). Le cinéaste semble traduire de la même manière la détresse d’aujourd’hui que celle d’hier ; alors qu’à notre époque, du moins dans les sociétés occidentales, nous avons tout pour être heureux, contrairement au passé, où l’on pouvait être enfermé pour un simple acte amoureux (fait tiré du film). « Le désespoir qui sort de ce journal me laisse sans voix » dit Willem Dafoe, à propos du journal de sa fille, disparue depuis plusieurs jours. Cette réplique, en plus d’illustrer les peines contemporaines, permet de développer un autre aspect du long-métrage : son côté théâtral. Effectivement, le film se catégorise en tant que drame historique, ce qui n’est pas sans rappeler le mouvement romantique (et particulièrement dramatique) du XIXème siècle. La Poussière du temps doit donc, peut-être, cet air théâtral au fait qu’il soit répertorié comme drame historique – au même titre que les pièces de Musset. Malheureusement, cette tournure dramatique ne fonctionne, ne convainc pas le spectateur. Les monologues, les tirades et autres procédés théâtraux sont de trop, ce qui ridiculise un film déjà imparfait.

 Simple, long et lent ; trois mots pouvant aisément résumer le film de Théo Angelopoulos, La Poussière du temps. L’histoire d’amour, une femme indécise partagée entre les deux hommes de sa vie, consiste en du vu et revu. La tournure historique du long-métrage, alternant trop souvent passages grandioses et scènes bâclées, finit, elle-aussi, par décevoir. De même pour la mise en scène, traditionnelle et répétitive (composée uniquement de flashbacks/zoom ou de prolepse/dézoom). Venons-en enfin au rythme qu’on ne peut que qualifier de lent… très lent… vraiment lent. Les plans semblent durer des heures, les séquences une éternité… Le résultat dure plus de deux heures quand une heure et demie aurait largement suffi à tenir le spectateur éveillé. 

La-poussiere-du-temps_reference

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