Spring Breakers

de Harmony Korine,
2013,
avec Vanessa Hudgens, Selena Gomez, James Franco…

spring breaker 2

★★★★★

 Le dernier long-métrage d’Harmony Korine prend pour cadre les spring breaks, ces courts séjours étudiants au soleil – boostés au sexe, à l’alcool et autres drogues. Le réalisateur, ambassadeur du cinéma indépendant américain, raconte ici l’odyssée infernale de quatre jeunes filles qui voient leur rêve devenir un véritable cauchemar.

 Les quatre adolescentes, prisonnières d’un quotidien morose et monotone, symbolisé par la religion et l’éducation, souhaitent s’évader vers la Floride, et ses spring breaks, synonyme de liberté et de bonheur. N’ayant pas pu réunir la somme nécessaire à leur départ, les étudiantes décident de braquer un fast-food et de fuir, dès le lendemain, vers le sud du pays. Là les attendent ce qu’elles appellent la vraie vie : beuveries, orgies, défonces… Ce bien-être, illusoire, s’arrête net quand la police déboule dans leur appartement, bourré de cocaïne, et arrête le groupe de copines. Ne pouvant payer l’amende, les jeunes filles sont emprisonnées. C’est alors qu’intervient Alien (James Franco), un malfrat aussi riche qu’inquiétant, qui paie la caution des étudiantes et ainsi les libère. Le spring break reprend alors de plus belle…

 Harmony Korine livre, avec Spring Breakers, une vision dramatique de l’Amérique, filmant ses travers et révélant les vices qu’elle ne sait assumer. Le cinéaste emprunte de nombreuses scènes au film noir ; comme le braquage, où les règlements de compte entre gangs ; un genre cinématographique qui glorifiait l’immoralité des Etats-Unis. Spring Breakers dresse également le portrait d’une Amérique dépravée où seul le sexe et drogue apporte un semblant de bien-être. Cette image de l’Amérique contemporaine, en apparence puritaine et égalitaire, disparaît dans le long-métrage de Korine, où la religion n’a aucune influence et où la misère (le passé d’Alien par exemple) et les divisions sociales règnent (entre noirs et blancs notamment).

 Néanmoins, cette vision tragique des Etats-Unis, d’ordinaire filmée sobrement et sombrement, est ici vu sous un angle pop, coloré et éclatant. Rose, vert, bleu, jaune, ou tout à la fois : Harmony Korine nous bombarde de couleurs flash, fluorescentes, contrastant ainsi avec l’aspect austère des drames américains. Le cinéaste joue sur la luminosité, les jeux de couleurs, les prises de vues et réalise, d’une main de maître, un film éblouissant. La bande originale, essentiellement électro – Skrillex principalement – décoiffe, rappelant, par moments, l’ambiance de Projet X. Mais là encore, Korine parvient à nous surprendre ! En effet, le cinéaste magnifie l’icône pop du début des années 2000, j’ai nommé Britney Spears. Chantée a capella par Selena Gomez et ses amies puis jouée au piano par James Franco, Britney semble être l’unique référence culturelle d’une génération perdue, sans le moindre repère. La dernière scène du film, une fusillade, fait elle penser au maître du cinéma pop, Quentin Tarantino. Scène à la fois héroïque, invraisemblable et ridicule, Harmony Korine semble s’inspirer de la scène finale du fabuleux Django Unchained – ultime référence donc à la culture pop.

 Spring Breakers est sans conteste, comme l’a déclaré un critique américain, « le film le plus cool de l’année ». Imprégné, indéniablement, par la culture pop, le long-métrage dresse un portrait, dramatique mais terriblement réussi, de l’Amérique contemporaine. Brillamment interprété par la génération Disney (Vanessa Hugdens de High School Musical, Selena Gomez de Waverly Place, James Franco qui a récemment joué dans Oz…) – notamment James Franco qui incarne une sorte d’ange mégalo infernal, à la fois bon et inquiétant – le film semble à la fois réaliste et insensé. On ne peut donc qu’applaudir le génial Harmony Korine qui réalise, avec Spring Breakers, une œuvre pop représentative de la jeunesse actuelle, libre mais perdue.

spring breaker

 

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