Gangs of Wasseypur – Part 1

de Anurag Kashyap,
2012,
avec Manoj Bajpai, Tigmanshu Dhulia, Piyush Mishra…

wasseypur

★★★☆☆

 Dans le cadre du festival « Imagin’airs Indien » (festival se déroulant aux Studios, Brest, et à l’Image, Plougastel-Daoulas, du mercredi 3 au mardi 9 avril) était projeté cette semaine Gangs of Wasseypur, un film sorti l’année dernière sur nos écrans. Le long-métrage, divisé en deux parties car l’œuvre complète dure un peu plus de cinq heures, est signé Anurag Kashyap, un cinéaste indien, méconnu du grand public. En 2012, lors de sa sortie en France, le film fut plébiscité par la critique – un véritable exploit pour une œuvre indienne.

 Gangs of Wasseypur est une « saga noire » : une suite de films réunissant action et fusillades mais également drame et histoires d’amour – la référence suprême du genre étant bien évidement la trilogie du Parrain de Coppola. Ici l’action se déroule en Inde, cadre beaucoup plus exotique que les Etats-Unis, le berceau du film noir. Les trafics ordinaires, armes et drogues, auquel le genre nous avait habitué, sont eux remplacé par la vente de charbon et de poisson, un commerce un peu plus oriental (pardonnez le cliché). En bref, Kashyap reprend les ingrédients américains du film noir (mafia, trafic, romance, fusillades) mais les cuisines à la sauce bollywoodienne.

 Gangs of Wasseypur raconte les rivalités mafieuses dans la petite ville de Wasseypur, opposant, sur plusieurs générations (les premiers faits remontent à 1941 et semblent se terminer en 2004), deux familles : les Singh, au pouvoir depuis l’Indépendance, et les Khan, un clan dont le chef, Sardar, vit uniquement dans le but de venger son père, assassiné par les Singh.

 Le long-métrage de Kashyap reprend donc bel et bien tout les éléments du film noir, à commencer par les «héros», véritables réincarnations, indiennes, des mafias américaines. En effet, les Singh – équivalent des Corleone du Parrain – et les Khan semblent s’affronter depuis toujours. Encore une fois, le pouvoir, l’argent, mais également l’honneur et la vengeance, sont au centre de tous les conflits. Les règlements de comptes, d’une rare violence, permettent de remettre les compteurs à zéro entre les deux familles. Petite différence, de taille pour les puristes du genre, les classiques fusillades, symboles des rivalités mafieuses américaines, n’arrivent que tardivement dans le film, tout simplement car la prolifération des armes à feu en Inde et aux Etats-Unis ne s’est pas effectuer au même rythme. Ces caractéristiques du film noir sont bien évidemment filmées à l’indienne : de façon colorée, sous un lourd soleil (soleil qui semble, par moments, être l’unique source de lumière pour tourner) ou encore avec une bande originale hindoue.

 Gangs of Wasseypur alterne le bon et le moins bon. Certaines scènes sont mémorables, de par la façon de filmer, la luminosité, d’une étonnante qualité tout au long du long-métrage, ou encore par la musique. La dernière scène de cette première partie de l’œuvre, remarquable par sa mise en scène « tarantiniene » (bande son, cadre, lumière, interprétation…) représente l’immense potentiel du cinéaste, capable du meilleur… comme du pire. Effectivement, on peut adresser quelques reproches à l’œuvre de Kashyap, malgré ses nombreuses qualités. Le choix des acteurs, par exemple : aucun des comédiens n’est transcendant, certains agacent même par leurs interprétations surjouées (les rôles féminins notamment)… On ne comprend pas toujours l’intérêt de certaines scènes, qui semblent de trop dans une œuvre assez longue comme ça (presque trois heures pour cette partie) – néanmoins ce reproche reste à minimiser car, n’ayant pas vu à cette heure la seconde partie de Gangs of Wasseypur, je ne peux pas encore juger de l’importance, ou non, de ces scènes. Le montage paraît, assez souvent malencontreusement, bâclé : en effet on passe d’un passage à l’autre sans aucune transition un peu trop fréquemment.

 Cependant ces quelques défauts, loin d’être excessifs, n’enlèvent rien au charme du film d’Anurag Kashyap. Gangs of Wasseypur reste un bon film noir, largement inspiré du Parrain de Coppola mais remixé à la sauce indienne, agréable quand elle est dosée avec modération. On retrouve même l’influence de Quentin Tarantino, notamment dans l’idée de vengeance, omniprésente chez les Kahn. Même s’il se révèle un peu long par moments, Gangs of Wasseypur demeure un film vraiment plaisant et l’on sent un immense potentiel chez son réalisateur, Anurag Kashyap.

gangs of wasseypur

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