The Place Beyond the Pines

de Derek Cianfrance,
2013,
avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes…

beyond

★★★★☆

Le cauchemar américain

 The Place Beyond the Pines, et son casting hollywoodien (Gosling, Cooper, Mendes, Byrne, DeHaan…) s’inscrit dans la lignée du cinéma américain actuel. En reprenant l’ambiance sombre et misérable du Drive de Nicolas Winding Refn ou encore du Killer Joe de William Friedkin, Derek Cianfrance, à travers son dernier film, dépeint une Amérique contemporaine perdue, pauvre et désespérée.

 The Place Beyond the Pines conte, dans un premier temps, les mésaventures de Luke Glampton (R. Gosling), motard-cascadeur dans une fête foraine ambulante. Luke revient, un an après le dernier passage, dans la ville de Schenectady afin d’exécuter, encore et toujours, son numéro d’acrobate à moto. Mais il y apprend que Romina (E. Mendes), un flirt de l’année précédente, a accouché d’un enfant – son enfant. Le forain décide donc d’abandonner sa vie nomade pour subsister aux besoins de sa nouvelle famille. Mais, sans-le-sou dans une Amérique en crise, il braque une banque afin d’assumer ses nouvelles responsabilités. Puis, attiré par cet argent facile, il dévalise une seconde banque, puis d’autres… Dans la seconde partie, Derek Cianfrance raconte l’histoire d’Avery Cross (B. Cooper), après l’avoir entremêlée avec celle de Luke. Avery est un jeune flic en mal de reconnaissance sociale et qui, profitant de plusieurs affaires judiciaires, parvient à se lancer dans le monde de la politique. Enfin, la dernière partie, qui se déroule quinze ans après, nous montre la rencontre entre le fils de Luke, Jason (D. DeHaan), et AJ (E. Cohen), l’enfant d’Avery.

 The Place Beyond the Pines est avant tout un drame américain. Il reprend la trame du genre, pauvreté, famille, mort… où même les personnages stéréotypés (à première vue seulement) comme le bad-boy idéal qu’incarne Ryan Gosling ou bien le flic modèle, interprété par Bradley Cooper. Néanmoins, le film de Cianfrance se démarque vite, d’abord par sa forme, inédite et novatrice. En effet, le long-métrage est un tryptique, étalé sur une quinzaine d’années, dont les trois parties sont reliées entre elles par un thème : la recherche de la vérité face au mensonge. Les personnages sont attachants et identifiables, certains peuvent se retrouver, par exemple, dans la famille d’Avery. Mais on se rend rapidement compte que tous sont imprégnés d’une certaine ambigüité, fait rare dans le drame américain, un genre où les protagonistes sont vite répartis dans des catégories préétablies (les gentils et les méchants). On peut également remarquer une inversion des rôles plutôt originale, pour un long métrage américain catégorisé comme dramatique. Effectivement, Luke, le méchant (si l’on se permet de caricaturer), est blanc tandis que la seule véritable incarnation de la sagesse et de la gentillesse, Kofi, a la peau noire.

 Mais la principale qualité du film de Cianfrance réside la description qu’il donne de l’American way of life. Misère, drogue, crime, corruption, absence de la religion, mensonge… Tout ce que l’image habituelle des Etats-Unis ne renvoie pas est exposée dans The Place Beyond the Pines. Ces vices, que l’Amérique n’assume pas, se retrouvent aussi bien dans les foyers dit « difficiles » que dans les suburbs, ces quartiers riches où tout semble parfait. En effet, AJ, le fils d’Avery, vivant dans une ces banlieues aisées, est un junkie accro à l’extasie, au rap et à la violence. En plus de cette présence, assez surprenante, de la drogue, règne la corruption, qui dissout une partie de la police à un moment du film, ou encore les magouilles politiques, entre Avery et son père notamment. Pendant ce temps, loin des suburbs, des gens, comme l’ami garagiste de Luke, demeurent dans la misère la plus totale, dormant en caravane dans des forêts reculées. Alors que le cinéma aborde plus « facilement » la pauvreté des cités, des ghettos, il néglige souvent cette détresse, cette solitude de gens bannis par la société et ancrés dans un cercle vicieux que seule la criminalité peut résoudre. Enfin le film affiche, un peu comme le Spring Breakers d’Harmony Korine, l’errance d’une jeunesse perdue et désespérée, incarnée ici par DeHaan et Cohen.

 The Place Beyond the Pines, par son originalité que l’on pourrait presque qualifier de novatrice, se démarque, positivement, du drame américain classique. Ryan Gosling, Bradley Cooper et Dann DeHaan impressionnent par le réalisme de leurs interprétations, particulièrement réussies. Le cinéaste, Cianfrance, grâce à quelques plans d’une rare beauté, révélant ainsi un talent indéniable, livre lui un film, techniquement, impeccable. Cependant, l’histoire semble toute tracée, et c’est là le défaut de The Place Beyond the Pines. En effet, le spectateur, malgré une histoire singulière, parvient souvent à deviner la scène qui suit, ce qui peut l’agacer devant un film durant plus de deux heures. Néanmoins, ce petit bémol n’enlève rien à la qualité du film de Derek Cianfrance, parfaitement maîtrisé et troublant de réalisme.

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