Boardwalk Empire

de Terence Winter,
2010,
avec Steve Buscemi, Michael Pitt, Kelly Macdonald…

q06VwKsDZGcQZUPUqUoF90tV

Scorcese, sur petit écran

 Boardwalk Empire est une série « made in HBO », adulée par la critique américaine, coproduite par Martin Scorcese et ayant pour acteur principal un comédien de renommée internationale, j’ai nommé Steve Buscemi. HBO n’est autre que la chaîne référence en matière de créations télévisuelles (Rome, Sex and the City ou, plus récemment, Game of Thrones). La critique américaine dicte, en général, au reste du monde «LE produit culturel à suivre pour les prochaines semaines ». Martin Scorcese n’est plus à présenter (Taxi Driver, Gangs of New York, Hugo Cabret…). Et enfin, Steve Buscemi, méconnu du grand public mais admiré par nombre de cinéphiles, a, entre autres, jouer pour Tarantino, les Frères Coen ou encore prêté sa voix aux studios Pixar. Bref, Boardwalk Empire avait toutes les clés en main pour devenir une série culte.

 Terence Winter, le réalisateur, a pris pour cadre la joyeuse Atlantic City, le Las Vegas de la côte est, comme le surnomme les américains. L’action se déroule dans les années 20’s, en pleine prohibition. Le maire d’Atlantic City, Enoch Thompson, se lance dans le commerce, illégal, d’alcool – un business essentiel pour une ville de débauche, et pour la fortune du maire. De nombreux personnages, auquel la série s’attache plus ou moins, sont associés au trafic de loin ou de près. Ainsi l’histoire s’attarde sur Elias Thompson, le chef, corrompu, de la police d’Atlantic City, et le frère du maire, ou bien James Darmody, un jeune homme qui, à peine revenu de la Grande Guerre, se lance dans le commerce.

 De manière générale, Boardwalk Empire est une excellente série. Tout les ingrédients nécessaires sont réunis : des personnages tous reliés entre eux d’une manière ou d’une autre, possédant des traits de caractères à la fois ambigus et attachants, une intrigue bien ficelée avec des retournements de situations et des rebondissements à la fin de chaque épisode, une ambiance réaliste… Boardwalk Empire repose énormément sur son personnage principal, heureusement incarné par un acteur génial, Steve Buscemi. C’est lui qui lie, plus ou moins, tous les personnages entre eux, grâce au trafic d’alcool qu’il met en place. Enoch aura d’ailleurs, comme de nombreux personnages, une histoire d’amour, élément incontournable pour n’importe quelle série télévisée. Terence Winter, qui a donc collaboré avec le grand Martin Scorcese, rend finalement une intrigue extrêmement bien montée, superposant les affaires des uns, avec celles des autres, tout en les liants. Enfin, Boardwalk Empire impose un style, ou plutôt une ambiance, inédite et novatrice : celle d’une Amérique vive, colorée, sous la prohibition, une période filmée, habituellement, d’une manière assez sombre

 Mais, en plus d’être une série de qualité, Boardwalk Empire a le mérite de développer certains problèmes occidentaux contemporains, tout en les transposant dans l’Amérique des années 20’s. La corruption, symbolisée par la ville d’Atlantic City, est présente à tous les niveaux : politique, police, monde des affaires… La série insinue, haut et fort, que tous les hommes de pouvoir sont des « pourris ». Quand on voit, actuellement, le rejet du monde politique en Europe, on se dit que Boardwalk Empire traite de problèmes contemporains. La série aborde également un tabou de nos sociétés, les liens étroits entre sexe et pouvoir. La liaison amoureuse du maire en est la parfaite représentation. Boardwalk Empire retrace également les problèmes des années 20’s (bien qu’ils persistent encore aujourd’hui mais nettement moins qu’auparavant)  comme l’intolérance, envers les noirs, et surtout les femmes, ou bien les clivages sociaux, affichant deux aspects de la société : l’un puritain (le commissaire à la prohibition) et l’autre libre, voire débauché (Atlantic City).

 Boardwalk Empire évoque donc, à travers l’Atlantic City des années 20’s, la décadence de notre société, « propre » de loin mais corrompue quand on y regarde de plus près. L’omniprésence de l’argent, tous les problèmes en découlent, du sexe et de la violence, ajoute une couche, péjorative, supplémentaire à la représentation de notre société. Cette violence, assez marquante tout de même, on pense par exemple au lynchage, à la noyade etc., trouve son inspiration dans l’œuvre de Scorcese. On a d’ailleurs l’impression d’assister à douze courts-métrage du réalisateur américain, tant l’ambiance, les thèmes ou même les personnages ressemblent à ceux des films du cinéaste. La série de Terence Winter avait tout pour réussir. Et elle en a profité, Boardwalk Empire est une œuvre télévisuelle tout simplement exceptionnelle.

Boardwalk-Empire

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s