L’écume des jours

de Michel Gondry,
2013,
avec Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy…

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★★★☆☆

Délire poétique ou bad-trip cinématographique ?

 Grand admirateur de Boris Vian, et de son roman L’écume des jours, j’attendais avec impatience cette adaptation cinématographique, signée Michel Gondry. D’autre part, la bande annonce était prometteuse, affichant une pléiade d’acteurs reconnus (Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy, Gad Elmaleh, Alain Chabat…) et rythmée au son de Woodkid. Réputée inadaptable, l’œuvre de Boris Vian, qui décrit une sorte de rêve romantique dans un Paris imaginaire, semblait être un nouveau défi pour Michel Gondry, réalisateur, entre autres, de The We and The I (et, anecdote inutile, des pubs Nespresso avec George Clooney).

 Le cinéaste français avait deux options pour tourner L’écume des jours : soit Michel Gondry tentait de rester fidèle au roman de Vian (chose extrêmement difficile quand on voit la complexité artistique de l’œuvre), soit il partait dans un délire cinématographique, guidé par son imaginaire et celui du livre (solution assez casse-gueule elle aussi, il faut l’avouer). Heureusement, il opta pour la deuxième solution. Le réalisateur garde néanmoins l’intrigue du roman –  faut-il vraiment vous la résumer ? Bon, c’est d’accord. Colin et Chloé tombent amoureux, ils se marient, Chloé tombe malade, Chloé meurt, Colin est triste pour toujours. Entre temps, Chick, un ami de Colin et fanatique de Jean-Sol Partre (je vous laisse le de deviner le jeu de mots), a rencontré Alise, nièce de Nicolas. Nicolas est le cuisinier (« et l’avocat et le maître à penser ») de Colin, il collectionne les conquêtes féminines, tout en aimant Isis. Maintenant, soit vous relisez attentivement ce résumé plus que simpliste, soit vous allez sur Wikipédia, soit vous lisez l’œuvre de Boris Vian. Enfin bref, ou en étions-nous ?

 Ah oui, nous disions que Michel Gondry gardait le fond de l’œuvre (l’histoire, les personnages etc.), mais en personnalisait la forme. Ainsi, le cinéaste nous livre sa vision de la romance entre Colin et Chloé. Il filme un monde poétique où tout prend vie, de l’objet le plus insignifiant, une chaussure par exemple, jusque des choses « déjà vivantes », comme la main de Chick ou la nourriture. Dans un premier temps éclatant, ce cadre imaginaire perd, au fil des minutes, ses couleurs pour virer, à la toute fin du long-métrage, au noir et blanc (de la même manière que la maison de Colin qui, dans le roman de Vian, se rapetissait au fil des pages). L’écume des jours se déroule dans un univers surréaliste et poétique : plus rien ne paraît réel, aucune scène n’est prévisible, certain personnages semblent venir d’ailleurs, prenons le cas de Chick, brillamment interprété par Gad Elmaleh.

 Mais cette poésie cinématographique aurait pu en rester à ce stade simpliste, grossier voire ennuyant pour certains. Avec bonheur, Michel Gondry ne s’en est pas contenté. En effet, loin d’être niais, l’imaginaire de Gondry vire, plus d’une fois, au glauque, au morbide. Le cinéaste filme, avec une banalité déconcertante, un massacre, un scalp d’œil ou encore un bain de sang. Le réalisateur donne également énormément d’importance au corps, qu’il filme souvent et sous tous angles, extérieurs, ou intérieurs. Cet aspect malsain de l’œuvre de Vian, très peu évoqué dans L’écume des jours, se retrouve cependant dans ses autres romans, par exemple dans J’irai cracher sur vos tombes. Michel Gondry a donc choisi d’adapter l’œuvre, dans son ensemble, de Boris Vian plutôt que de s’attarder uniquement sur le seul roman L’écume des jours.

 Malheureusement, l’adaptation de Michel Gondry n’est pas parfaite et s’en tire avec quelques bémols. Le jeu des acteurs laisse à désirer, Charlotte Le Bon, en Isis, ou Aïssa Maïga, interprétant pourtant des rôles assez importants, ressemblent davantage à des figurants qu’à des acteurs de second rôle. Même les têtes d’affiche, Romain Duris et Audrey Tautou, loin de livrer une performance catastrophique, ne surprennent pas, ils se contentent d’être là, de jouer ce que leur demande Gondry, et rien de plus. De plus, l’accumulation d’effets cinématographico-poétiques peut en agacer plus d’un. Certains verront cette accumulation comme une grande superposition de trucs inutiles, tandis que d’autres la verront comme une addition de « produits artistiques tape-à-l’œil ».

 L’écume des jours fait partie de ces films, qu’on pourrait catégoriser comme personnels, dont le jugement variera d’un extrême à l’autre, selon les personnes. Rarement mitigés, les avis exprimeront soit un rejet pur et simple d’un tel délire artistique, soit l’admiration d’une si belle poésie cinématographique. Mais parlons des généralités. On notera les interprétations de Gad Elmaleh et Omar Sy, surprenantes et réussies. On retiendra aussi les quelques trouvailles stylistiques, comme le déclin des teintes, virant du coloré au noir et blanc. Enfin, on se souviendra que Gondry a modernisé l’œuvre de Vian, dont la dernière adaptation datait de 1968 et n’avait pas récoltée d’excellentes critiques. Bref, au final, je vous conseille d’aller voir L’écume des jours, ne serait-ce que pour l’histoire d’amour de Colin et Chloé.

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