Seven

de David Ficnher,
1995,
avec Brad Pitt, Morgan Freeman, Kevin Spacey… 

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Vivre est péché

 Les temps changent. « Le cinéma d’auteur est mort », affirme David Lynch, dans une interview donnée aux Inrocks. Les cinéastes « hors-normes » délaissent progressivement Hollywood, qui ne jure plus que par les blockbusters à suite. Ainsi des réalisateurs, Spielberg ou Scorcese pour ne citer qu’eux, se sont tournés vers le petit écran. C’est également le cas de David Fincher, dont la série House of Cards, sortie cette année, cartonne aux Etats-Unis et devrait connaître le même succès en Europe.

 David Fincher fut d’ailleurs, dans les années 90’s, l’un des emblèmes du grand Hollywood, celui qui n’hésitait pas à promouvoir des films originaux, novateurs alliant audace et profit (les premiers Tim Burton, les méga-productions de Spielberg, les longs-métrages de Scorcese ou Coppola…). Effectuons donc un retour en arrière et arrêtons-nous sur Seven, la seconde réalisation de David Fincher et, avant tout, l’un des meilleurs films de cette décennie.

 L’inspecteur Mills (B. Pitt) est muté dans une grande ville, probablement New York ou Los Angeles, afin de remplacer l’inspecteur Somerset (M. Freeman), proche de la retraite. Ce dernier doit, au cours de la dernière semaine de sa carrière, apprendre les bases du métier au petit nouveau, à travers une énième affaire. Mais cette enquête, qui paraît n’être qu’un simple homicide, se révèle vite comme étant la première étape d’une sorte de machination criminelle. Les deux inspecteurs se rendent rapidement compte que le tueur est un serial-killeur, sadique et mégalo, mais également déterminé et rigoureux. Sur les lieux du premier crime, Somerset découvre une inscription, « Gourmandise ». Les enquêteurs comprennent alors le sens de cette folie meurtrière : l’homme se donne pour mission de punir sept personnes, toutes coupables d’avoir commis un des sept péchés capitaux.

 Thriller psychologique, Seven plonge le spectateur dans une angoisse permanente, un mélange d’horreur, de suspens et de démence. L’atrocité des cadavres en répugnera certainement plus d’un. On trouve de tout dans la criminalité monstrueuse de ce serial-killeur : mutilation, sadisme, torture… et j’en passe. Fincher met le spectateur à l’épreuve dans son long métrage. Deux heures d’angoisse, où la peur nous attend à chaque scène, où la folie meurtrière grimpe en crescendo. Retournements de situations, courses-poursuites, indices de dernière minute… Fincher, en véritable maître du suspens, reprend tout les ingrédients susceptibles de faire douter, et d’effrayer, le spectateur. Chaque passage, chaque réplique, a son importance, le cinéaste ne néglige aucun détail et cela aboutit à une œuvre, cinématographiquement, monstrueusement réussie, par l’horreur, l’angoisse qu’elle crée.

 Mais plus qu’un excellent thriller psychologique, Seven regorge de trouvailles, d’allusions à des sujets multiples et variés. Plus qu’une banale investigation de deux enquêteurs, Seven expose la confrontation entre deux visions du monde, celle de l’inspecteur Mills et celle de l’inspecteur Somerset. L’un est jeune, il croit encore à la justice, à la bonté d’un monde où le courage et l’amour suffisent pour réussir. L’autre est désabusé, ne se fait plus d’illusion sur une société rongée par le conformisme, la lâcheté et l’injustice. Le troisième, je parle du meurtrier, voit la vie comme un enfer, où le péché foisonne, se propage à chaque coin de rue. Il rêve d’une gloire future, il souhaite que son « œuvre », ses horribles meurtres, soient reconnues comme juste plus tard, dans une société qui ne connaîtra plus le vice.

 Fincher, en plus de livrer trois visions de la vie, développe, à travers Seven, son point de vue, ce qu’il pense de la société américaine. Une société individualiste, incapable de voir qu’un homme marche au milieu de la foule, le t-shirt trempé de sang. Une société avide, où l’on se contente de récupérer l’argent sans poser de questions. Une société démente, où seul un psychopathe mégalomane paraît rationnel, réfléchi. Une société de consommation, où l’on consomme jusqu’à en devenir obèse ou matérialiste. « L’amour, ça demande des efforts, du courage », ce que l’homme d’aujourd’hui, paresseux, ne possède pas. « Les gens ne veulent pas des héros, ils veulent manger des cheeseburgers, jouer au loto et regarder la télé ». Ces deux phrases, sorties de la bouche de Somerset, résument assez bien le point de vue de Fincher. Somerset qui, soit-dit-en-passant, peut être assimilé à une sorte de dieu Grec, regardant le temps passer, les actions s’enchaîner, tout en se contentant de commenter, sans jamais intervenir.

 Succès critique et public, lors de sa sortie il y a une vingtaine d’années, Seven impressionne par sa critique, intemporelle, de notre système. Critique que Fincher poursuivra à travers Figth Club notamment. En plus de ce constat amer sur notre société, Seven nous livre une enquête, un thriller parfait. Suspens, angoisse, interrogation, horreur… le film nous offre le meilleur du thriller psychologique. Assez méconnu, David Fincher, comme il le montra avec Seven, mais aussi avec Figth Club, The Social Network ou L’étrange histoire de Benjamin Button, est un cinéaste de talent, alliant audace et accessibilité. Chacun de ses films nous transporte dans un nouvel univers, à chaque fois parfaitement maitrisé et d’une rare qualité cinématographique. 

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