Real Humans

Et vous, seriez-vous prêt à acheter un hubot ?

 Arte diffusait hier soir le dernier épisode de la série événement de ce début d’année. Plébiscité unanimement par la critique, Real Humans a également séduit de nombreux spectateurs français et est un véritable succès, inattendu, pour la chaîne franco-allemande (plus d’un million de hubots derrière leurs petits écrans pour les premiers épiosdes). Lars Lundström ne s’attendait probablement pas à un tel triomphe pour sa série de science-fiction, un genre assez restreint et qui freine les ardeurs de plus d’un spectateur. Pourtant, grâce à sa réussite en Suède, l’excellente réception des médias français et quelques campagnes publicitaires alléchantes, Real Humans a su se faire attendre et s’impose désormais comme un classique de l’art télévisuel.

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 Comment une simple histoire de robots a-t-elle pu récolter un tel succès ? Car Real Humans, à la lecture des synopsis et autres résumés, ne semble guère différer d’I-Robot ou Terminator. Ainsi, Lars Lundström nous emmène dans une Suède alternative, l’action a l’air de se dérouler dans un futur proche, voir à notre époque… Dans ce monde, les humains ont appris à cohabiter avec les hubots, des androïdes, censés nous aider dans les tâches de la vie quotidienne, comme le ménage, la cuisine ou les courses. Certains hubots, reprogrammés illégalement, sont même capable de devenir votre nouveau partenaire sexuel. Voila pour le contexte. Non, ne vous inquiétez pas, Real Humans n’est la variante robotique du tranquille et paisible Desperate Housewifes. Il y a une intrigue policière, comme les écrivent si bien les artistes nordiques (pardonnez le cliché). Par conséquent, un savant-fou joue à Dieu et crée une nouvelle race de hubots, doués de sentiments. Ce petit groupe de robots affranchis est, par la suite, lâché dans la nature, et à partir de là, ça commence à déraper.

 Le succès de Real Humans est, en premier lieu, du à la qualité de la série en elle-même. Lars Lundström réunit tout les ingrédients nécessaires à la création d’une bonne série. Un contexte réaliste, proche du notre. On a en effet plusieurs fois l’impression de voir notre ville, nos voisins dans la série. Un scénario à rebondissement, qui relie tout les personnages entre eux. L’intrigue tourne principalement autour de Leo, il va rassembler tout le monde autour d’une seule affaire. Les retournements de situation sont multiples, malgré un départ assez lent et un finish un poil décevant. Enfin, Lars Lundström réussit le compromis entre comédie et drame. Real Humans alterne passages humoristiques et scènes angoissantes, mais aussi histoires d’amour et meurtres. On passera de l’irrésistible Lennart, un papy attachant par sa simplicité et sa joie de vivre, à la terrible Niska, une hubot sanguinaire et terrifiante.

 Real Humans doit aussi son succès à ses hubots, ces androïdes géniaux, à la fois drôles, serviables et horriblement perturbants. Notre avis concernant ces robots humanoïdes évolue au fil des épisodes. D’abord présenté comme de simples domestiques, ou au pire des performeurs sexuels, les hubots dérangent assez rapidement le spectateur, par leur ambigüité. Ne sont-ils que de simples « cerveau windows » ? – un joli surnom provenant de leurs détracteurs. Leur aspect niais, prenez le hubot Odi ou le compagnon de Leo, n’est qu’un premier abord. Quand on leur demande s’ils pensent, ou s’ils ont une histoire, soit deux traits propres et unique à l’humanité, ils répondent que non. Mais ils interrogent aussi les humains, en leur demandant si tous leurs comportements ne seraient finalement pas eux aussi guidés, préétablis mécaniquement. Finalement, le hubot est-il un humain ? Ou l’humain est-il une machine ?

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 Ce n’est qu’une des nombreuses réflexions que pose Lars Lundström dans Real Humans. L’absurdité de notre société, basée sur la consommation, se révèle dans une scène où un hubot affranchi se prend de passion pour un magazine Ikea. Le problème de la tolérance se pose lorsqu’un hubot ne comprend pas une relation homosexuelle, car elle lui semble déraisonnable, illogique. Certaines répliques donnent un constat glaçant de l’humanité : « Finalement, la majorité des êtres humains sont stupides », affirme l’un des personnages – son interlocuteur confirmant ces propos en rétorquant par un rire imbécile, signe d’une débilité profonde. Mais Lars Lundström ne livre pas qu’une critique de notre monde. Il cherche aussi l’espoir, par exemple à travers ce hubot qui s’émerveille devant la religion, lisant sans cesse la Bible et allant même à la messe un dimanche matin. Real Humans expose aussi les faiblesses de l’homme, comme la solitude ou la déraison. L’homme faible se personnifie en Roger qui, seul suite au départ de sa femme et de son fils, tombe dans le fanatisme : le terrorisme anti-hubot. Vous ne voyez là qu’une mince partie des réflexions que pose Lars Lundström dans Real Humans car, sinon, la liste serait beaucoup trop longue (et ça spoilerait, en plus).

 Savant mélange de science-fiction, de policier et de comédie dramatique, Real Humans ne pourra que vous plaire. Les hubots de Lars Lundström n’ont pas fini de nous inquiéter, la saison deux étant actuellement en tournage et la saison trois en cours d’écriture… Real Humans s’impose d’ores et déjà comme un classique de la série TV, une œuvre incontournable à ne rater sous aucun prétexte.

 PS : achetez votre hubot sur https://twitter.com/pressCritik

de Lars Lundström,
2012,
avec Andreas Wilson, Lisette Pagler, Pia Halvorsen…

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