Oblivion

2013 : l’odyssée d’Hollywood

 Joseph Kosinski is back ! Le réalisateur de Tron, le Disney remixé par Daft Punk, revient en 2013, après trois années d’absence, finalement assez peu commentées. Il faut dire que Tron a divisé le public, entre les cinéphiles déçus par une modernisation prétendue ratée (rappelons que Tron, l’original, date de 1982), les groupies de Daft Punk qui idolâtraient le film (ou plutôt la BO), les gosses disneyphiles apeurés par trop de science-fiction et les préados extasiés par un film animé et robotisé… en bref, les avis sur Tron, et son réalisateur, différaient énormément. Cette fois, Joseph Kosinski réapparaît sur le devant de la scène, avec la sortie d’Oblivion, un bon vieux blockbuster hollywoodien – histoire de rassembler un public divisé depuis trois longues ou courtes années, c’est selon.

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 Oblivion peut se résumer en quelques mots : Tom Cruise, science-fiction, Hollywood, par exemple. A la lecture de cette analyse, un peu minimaliste il est vrai, certains s’émerveilleront, repensant à la mythique Guerre des mondes de Spielberg, tandis que d’autres blâmeront une énième superproduction, interprétée qui puisait par un acteur sectaire. Mince alors, Kosinski diviserait encore les spectateurs du monde entier ?! Non qu’il reste calme, ceci n’est que l’habituel débat suivant les sorties de n’importe quel blockbuster hollywoodien. Mais revenons à Oblivion, plus précisément, attardons-nous sur la trame de ce film.

 Nous sommes en 2077, soixante ans après une guerre extraterrestre ayant dévasté notre planète, forçant ainsi l’espèce humaine à quitter la Terre. Jack Harper (Tom Cruise), est en mission sur Terre, dans le but de récupérer des ressources essentielles à la vie spatiale. Son boulot consiste à réparer des drones, assurant eux-mêmes la sécurité des extracteurs de ressource face aux méchants aliens. Alors qu’il ne lui reste plus que deux semaines de service avant de rejoindre la station spatiale, il assiste, en plein jour au crash d’un OVNI et décide, malgré les consignes de ses supérieurs, d’aller regarder ça de plus près. Jack s’attend à voir un vaisseau infesté d’aliens, et donc potentiellement dangereux pour les drones, mais, à sa grande surprise, la navette transporte des êtres humains. Il parvient à sauver l’un d’entre eux, loin d’imaginer les conséquences que son acte va engendrer…

 Le scénario est clairement l’un des points forts d’Oblivion. Recherchée, voir farfelue par moments, l’intrigue réunit tout les composants d’un grand film de science-fiction : pessimisme, recherche de la vérité, foi en l’homme malgré sa bêtise, déification de la technologie… Kosinski rassemble, au bonheur des fans de SF, tous les éléments fondateurs de ce genre – une liste établie par Stanley Kubrick en 1968, année de la sortie de 2001 : L’odysée de l’espace. Malheureusement, notre jeune cinéaste néglige le « vilain », le méchant de l’histoire, se référant justement un peu trop à Stanley Kubrick… L’autre réussite d’Oblivion, ce sont les décors, tout simplement à couper le souffle. Le film de Kosinski, un peu comme Tron en 2010, est une véritable claque visuelle. Oblivion reprend à la fois l’univers du Jour d’après de Rolland Emmerich et du Mad Max de Georges Miller – le tout customisé par le Hollywood des années 2010’s (la référence ultime, au niveau des effets spéciaux, étant le Avatar de James Cameron). Kosinski se contente ensuite, simplement, de filmer ces grattes ciels abandonnés au milieu de nul-part, cette urbanisation délaissée par l’homme et dévastée par la nature. Malheureusement (si l’on excepte donc ces deux points forts que sont le scénario et les décors), à part quelques réflexions sur les relations hommes-femmes ou sur la question de l’identité, Kosinski ne se foule pas beaucoup, nous gâchant ainsi notre plaisir.

 En effet, car pour ce qui est des dialogues, de la profondeur des rôles, ou encore de la fin, ce n’est plus Kosinski qui dirige mais bel et bien les dollars hollywoodiens. Les obligations, imposées par le budget d’une si grosse production, réduisent le champ d’action du réalisateur, remplaçant l’audace, qu’aurait pu avoir un cinéaste indépendant, par la rentabilité, le profit. Les dialogues semblent avoir été rédigés par des ados surexcités, insultant pour un rien et contre tout : en effet, même le grand Morgan Freeman se lance dans ce grotesque et pitoyable jeu de l’injure, osant même crier un « fils de p. » lors d’une gunfigth. Les répliques ne varient pas, se répètent même, en boucle – petit florilège de ces alexandrins digne d’un immigré extraterrestre apprenant mécaniquement le français : « Faisons-nous une bonne équipe ? Oui, nous faisons une bonne équipe/Non, ne faisons plus une bonne équipe » « Tu n’es pas forcé de mourir Jack. Elle n’est pas forcée de mourir, Jack. »… Cette pauvreté lexicale est aberrante et atteste du manque de créativité du Hollywood (ou des traducteurs, peut être la VO est-elle écrite dans une prose correcte ?) depuis les années 2000’s… Ajoutez à cela, une fin américaine, où tout le monde connaît un bonheur parfait et juste, même si l’apocalypse martienne a décimé les trois-quarts de l’espèce humaine… Enfin réduisez tout les rôles, autres que celui du héros, à de bon vieux clichés cinématographiques : le gentil rebelle, incarné par Morgan Freeman, la femme qui sert juste à baiser et se faire tuer, interprétée par Andrea Riseborough, le gentil qui-sert-à-rien mais qu’on-sait-pas-trop-si-il-est-gentil-ou-méchant, joué par Nikolaj Coster-Waldau… enfin vous voyez le tableau.

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 Finalement, le résumé minimaliste d’Oblivion ne sonnait pas si faux. « Tom Cruise, science-fiction, Hollywood » semble avoir été le dicton de Joseph Kosinski. Le cinéaste se contente de peu et bâcle un film qui aurait pu, vu la qualité du scénario et la beauté des effets spéciaux, marquer 2013 et s’imposer comme le film de science-fiction de l’année. Un gâchis pur et dur, made in Hollywood.

PS : si vous aussi vous voulez porter la tenue de Morgan Freeman dans Oblivion, rendez-vous sur…
http://www.oblivionmovie.com/splashpage/index.php
https://twitter.com/pressCritik …

Oblivion
de Joseph Kosinski

2013
avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman…

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