Gatsby le Magnifique

Gatsby la machine à fric ?

 Véritable buzz planétaire, Gatsby le Magnifique ne se serait-il pas pris à son propre jeu ? Quatre ans après l’échec d’Australia, Baz Luhrmann revient sur le devant de la scène avec l’adaptation du célèbre roman de Francis Scott Fitzgerald. Le cinéaste australien prend le risque de la surmédiatisation, faisant de son dernier long-métrage un évènement culturel international. Le problème posé par une telle campagne promotionnelle est que les spectateurs s’attendent au film de l’année et que les critiques sont donc beaucoup plus exigeants que d’ordinaire, s’attaquant au moindre petit défaut. Alors ce Gatsby, chef d’œuvre cinématographique ou simple machine à fric ? Verdict.

THE GREAT GATSBY

 Avant de passer à l’adaptation de Baz Luhrmann, un petit rappel sur l’œuvre originale, le roman de Fitzgerald, s’impose. Publié en 1925, ce livre, d’abord raillé par les critiques et détesté par le public, est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature américaine. Reflet de l’époque des Roaring Twenties (équivalent des années folles au pays de l’Oncle Sam), l’histoire tourne autour de la bourgeoisie new-yorkaise des années 20’s.

 Fitzgerald s’attarde sur la personne de Jay Gatsby, jeune millionnaire à la fortune douteuse, au passé troublant et au charme irrésistible. Sorte de mythe, le richissime Gatsby, inconnu de tous, possède un palais immense où il réunit régulièrement le tout New-York lors de fêtes opulentes et débauchées à souhait. Le narrateur n’est autre que le voisin de Gatsby, Nick, un nouveau riche en quête de reconnaissance, et d’argent, à Wall Street. Nick et Gatsby, en plus d’être voisins, ont pour point commun de connaître tous deux la belle Daisy, cousine du premier et fantasme, romantique, du second.

 L’histoire ne parait pas inadaptable – bien au contraire même, l’aspect spectaculaire, les fêtes, la richesse et la démesure de Gatsby, semblent parfaitement en phase avec les moyens techniques qu’offre le septième art. Baz Luhrmann l’a d’ailleurs très bien compris, transformant les trente premières minutes de son long-métrage en véritable show audio-visuel à l’américaine. Le cinéaste nous propose ainsi une visite du New-York des 20’s au son de… Watch The Throne (2011), la mixtape de Kanye West et Jay-Z, deux références du rap US. Entre deux ou trois courses de bolides d’époques, Luhrmann filme une soirée libertine rythmée par un jazzman noir ou bien une party organisée par Mr. Gatsby, sorte de fête chic et débauchée où tout le monde danse le be-bop. Hyper-stylisé, le début de Gatsby le Magnifique instaure un décor rétro qui séduit et fascine le spectateur. Baz Luhrmann trouve le compromis parfait entre l’ambiance des 20’s et notre époque, alternant jazz et hip-hop – ne tombant jamais dans le too-much, le kitsch.

 Malheureusement, l’univers new-yorkais des années folles perd vite de son charme, par manque d’audace et d’originalité. En effet, l’atmosphère Roaring Twenties boosté par une audio-visuelle impressionnante, ça va au début mais ça lasse vite. On a la désagréable impression que Baz Luhrmann filme toujours les mêmes scènes, de la même façon, et ce pendant près de deux heures et demie. Les effets spéciaux, assez impressionnants dans un premier temps, s’essoufflent vite et peuvent finalement être considérés comme obsolètes. La 3D est tout simplement inutile, n’apportant rien de plus à l’action ou au spectacle, davantage audio que visuel. Le cadre du roman de Fitzgerald aurait du être mieux développé par Baz Luhrmann, qui ne se contente ici que d’une demi-heure de spectacle. Trop prévisible, le reste du film ne surprend plus le spectateur, qui devine, à chaque fois, comment la scène suivante se déroulera.

 Ce manque d’audace se ressent aussi à travers le jeu des acteurs, décevant lui aussi. Tobey Maguire, qui incarne Nick, interprète son personnage de la même façon qu’il jouait celui de Spiderman – il y a pourtant une différence assez nette entre un personnage de Fitzgerald et un super-héros de comics… De même pour Carey Mulligan, décevante-elle aussi dans le rôle de Daisy. Sa prestation est d’autant plus frustrante car, contrairement à Tobey Maguire, le talent de Carey Mulligan est déjà reconnu internationalement depuis son rôle dans Drive, aux côtés de Ryan Gosling. Enfin, le grand Leonardo DiCaprio n’est pas à la hauteur, quand on connait son génie et le potentiel créatif qu’offrait le personnage de Gatsby. Exhibant davantage sa classe que son talent, la performance de l’acteur nous laisse un gout amer, car il affiche dans quelques scènes, par exemple celle des retrouvailles avec Daisy, toute l’étendue de son talent.

 Cette déception est surtout du au tapage médiatique, créé par la promotion de Gatsby le Magnifique. On s’attendait à une magnifique adaptation du légendaire roman de Fitzgerald, on s’attendait à voir le film d’ouverture du festival de Cannes, on s’attendait au retour du duo Luhrmann/DiCaprio, on s’attendait à un show hollywoodien rythmé par Jay-Z et Beyonce… Mais, finalement, Gatsby le Magnifique n’est qu’une énième adaptation ratée d’un classique de la littérature. Beaucoup trop sage, le long-métrage de Baz Luhrmann ne fait aucune référence au sexe ou aux drogues (le roman de Fitzgerald était pourtant décrit comme une orgie littéraire), de manière à ne pas froisser une certaine part du public américain – et ainsi gagner toujours un peu plus de dollars. Gatsby le Magnifique a nettement privilégié la forme au fond, oubliant à quel point l’œuvre originale recèle de réflexions sur l’homme ou notre société, et se concentrant uniquement sur tout ce qui entourait la sortie du film : DiCaprio en ambassadeur, promotion à Cannes, teasers extraits des trente premières minutes du long-métrage, surmédiatisation de la BO…

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 Finalement, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Hollywood a réussi son coup, attirant les projecteurs sur son Gatsby plutôt que sur le festival de Cannes, pourtant d’une qualité exceptionnelle cette année. A coup de stars, plus ou moins populaires (Tobey Maguire de Spiderman/Carey Mulligan de Drive… Beyonce l’idole pop/les Xx, chouchou des élites culturelles…) et de références reconnues par tous (DiCaprio, Jay-Z…), le film parviendra à devenir un succès commercial, cartonnant à coup sur dans le monde entier. Mais malheureusement, d’un point de vue artistique, la beauté et l’originalité, brièvement aperçue au début du film, perd vite de son charme. L’adaptation de Gatsby le Magnifique par Baz Luhrmann, ou comment le commercial triompha sur l’art.

PS : quelques informations pour se rendre aux fêtes de Mr. Gatsby aux liens suivants…
https://twitter.com/pressCritik

Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby)
de Baz Luhrmann
2013
avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan…

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