Moi, moche et méchant 2

Moi, minion et marrant

 Trois ans après un premier opus prometteur, mais malheureusement pas encore abouti, les minions de Moi, moche et méchant reviennent cet été, avec pour modeste ambition de devenir LE blockbuster animé de l’été. Mais attention, la compétition s’annonce disputée, car un concurrent de poids, réalisé par les géniaux studios Pixar, sortira le 10 juillet… Je parle évidemment de la suite, ou plutôt du préquelle, du mythique Monstres et Cie, dont la copie originale date de 2001. Dans la course au titre de dessin animé de l’été, le Monstres Academy de Pixar part avec une, voir plusieurs, longueurs d’avances. En effet, le légendaire studio, spécialisé dans le film d’animation et dont le talent et la créativité ne sont plus à contester (Wall-E, Toy Story, Là-Haut…), a bien plus de moyens que son adversaire estival – ce qui veux donc dire plus de budget, de promotion etc… Néanmoins, ne criez pas victoire trop tôt, car Moi, moche et méchant 2 n’est pas en reste, loin de là. Le film, produit par des studios français (la branche hexagonale d’Universal Pictures, la société cinématographique hollywoodienne) a tout de même réussi à enrôler quelques stars américaines (Steve Carell ou Russell Brand) et françaises (Gad Elmaleh ou Eric Cantona) pour doubler les voix de ses personnages. La lutte entre Monstres Academy et Moi, moche et méchant devrait donc être plus serrée que prévue…

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 Dans ce deuxième épisode, Gru, qui a abandonné la super-criminalité, se consacre entièrement à l’éducation de ses trois filles, Margo, Edith et Agnès. Mais un jour, alors que Gru semble s’être définitivement rangé, les services secrets viennent sonner à la porte. Ils proposent au jeune père de famille de travailler pour le gouvernement. La mission consiste à identifier, puis retrouver, un super-criminel ayant dérobé un sérum monstrueux et extrêmement dangereux. Gru, désabusé par la monotonie de sa nouvelle vie, accepte. Pour mener à bien à sa mission, il devra être accompagné par une autre espionne, Lucy. Le couple d’agents secrets s’installe alors dans un centre commercial, car c’est ici qu’ont été retrouvées les dernières traces du sérum. Mais qui est le coupable ? Gru, Lucy, et les minions, sont contraints de mener l’enquête…

 Drôle et attachant, ce Moi, moche et méchant réunit deux des conditions essentielles à la réalisation d’un bon dessin animé. Principalement basé sur le comique de geste et de situation, le film fera rire enfants et parents. Gru, gaffeur et maladroit avec les femmes, ou encore le professeur Néfario, sorte de bouffon savant, ne sont rien, humoristiquement parlant, comparés à la force comique des minions, ces petits automates jaunes aux yeux démesurés et au langage incompréhensible. Mélange d’absurde et d’humour puéril, les minions vont probablement se faire une place dans le monde vaste des personnages cultes de l’animé. Comme tout bon film d’animation, Moi, moche et méchant invente un monde entre fantaisie quotidienne et réalité contemporaine. Les enfants, pouvant d’identifier aux personnages de Margo, Edith ou Agnès, s’émerveilleront, par exemple, dans le quartier de Gru, terriblement réaliste, mais où on  pourra néanmoins voir une voiture amphibie volante ou encore une bataille de rouge à lèvre laser. Cet objet, comme tant d’autre utilisés tout au long du film, n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’univers des Tottaly Spies, l’un des dessins animés les plus regardés par les mômes du 21ème siècle…

 Les références cinématographiques, pas seulement enfantines, sont d’ailleurs extrêmement présentes dans Moi, moche et méchant. Les spectateurs attentifs pourront observer une référence à King Kong, lors de l’affrontement final entre Gru et le super-criminel. Pendant ce même passage, les minions, armés jusqu’aux dents, prennent la même pose que les Expendables de Sylvester Stallone. Mais la référence cinématographique la plus évidente reste celle faite à la saga James Bond. Les scénaristes ont en effet repris les thèmes de la série britannique : travailler pour les services secrets, sauver le monde et, of course, séduire des femmes fatales… Dans Moi, moche et méchant, James Bond devient Gru, Lucy interprète le rôle de la James Bond’girl, et M se transforme en Silas de Lamolefès. Ces trois personnages, incontournables dans la saga anglaise, sont ici accompagnés par les minions, que l’on pourrait presque comparer au peuple britannique, dont James Bond est, en tout cas à l’origine de la série, le protecteur.

 Mais la plus grosse source d’influence de Moi, moche et méchant se révèle sociétale, et non cinématographique. Ainsi, et ce malgré son statut de production française, le dessin animé des studios Universal Pictures semble vouloir dresser le portrait des Etats-Unis de 2013. L’Amérique contemporaine est indéniablement marquée par l’immigration mexicaine, et Moi, moche et méchant insiste beaucoup sur ce point : deux des personnages principaux sont hispaniques et tiennent un restaurant mexicain, et on assiste même au Cinco de Mayo, la fête nationale mexicaine ! L’Amérique contemporaine se caractérise également par la consommation, la tendance socio-économique adoptée aux Etats-Unis depuis les 50’s. Moi, moche et méchant transmet cette idée en faisant d’un centre commercial anodin un lieu essentiel à l’intrigue, de la même manière que Quentin Tarantino dans Jackie Brown. Le film se réfère aussi à la culture américaine. La culture cinématographique d’abord, comme dit plus haut, Moi, moche et méchant reprend des scènes hollywoodiennes cultes. La culture musicale également, comme le montre la chorégraphie des minions sur le YMCA des Village People. Les minions se rapportent même à l’art photographique américain, recopiant à l’identique Lunch atop a skycraper, la photo historique représentant des ouvriers new-yorkais mangeant leur sandwichs pendant la construction d’un gratte ciel.

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 Plus qu’un simple dessin animé, ce Moi, moche et méchant 2 s’impose comme un modèle du genre. Drôle, attachant, « moral » (l’œuvre dit clairement que les méchants perdent toujours, malgré son titre), ultra-référencé cinématographiquement… Moi, moche et méchant réunit tout les traits propres au film d’animation. Le film parvient surtout à transmettre une ambiance fantaisiste, à proposer un monde réel où on peut trouver de l’extra-ordinaire à chaque coin de rue, une chose essentielle dans toute histoire pour enfant. A noter également, la présence de deux véritables stars dans ce Moi, moche et méchant ; Al Pacino, qui, pour la première fois de sa carrière, double la voix d’un personnage animé, et Pharell, en charge de la bande-son du film. Ajoutons à cela le phénomène minion, qui risque bien d’envahir le monde du film d’animation – un long-métrage, exclusivement basé sur les minions, serait même envisagé par les studios Universal Pictures…

PS : ci-dessous, quelques liens pour écouter le nouveau single de Pharell, en featuring avec les minions… :

http://despicableme.com/
http://www.imdb.com/title/tt1690953/
https://twitter.com/pressCritik

Moi, moche et méchant 2 (Despicable Me 2)
de Chris Renaud & Pierre Coffin,
2013,
avec Steve Carell, Kristen Wiig, Al Pacino…

Yeezus

 God bless America

 14 juin 2013 ; YouTube et Twitter partagent le leak de Yeezus, le dernier album de Kanye West, dont la sortie officielle est prévue quatre jours plus tard. Le leak fait vite le tour du monde, circulant d’une page Facebook à l’autre en rien de temps. La fuite illégale se transforme finalement en une campagne de pub planétaire, au succès fulgurant – tellement remarquable qu’on en vient à se demander si Kanye West ne serait pas, volontairement, derrière tout ça… Car cette fuite « illégale et illégitime » de Yeezus aura, tout compte fait, bien aidé Kanye à promouvoir son sixième album. En effet, quoi de mieux, dans le monde du 21ème siècle, qu’un buzz internet mondial pour vendre un produit ? Il semble donc que ce leak ne fut rien d’autre qu’un outil publicitaire, destiné avant tout à parler de l’album, quelques jours avant sa sortie officielle… L’équipe de Kanye West avait pourtant, comme d’habitude, usé de grands moyens pour la propagande de ce Yeezus ; projection du clip de New Slaves dans les plus grandes villes du monde (de New York à Paris, en passant par Johannesburg ou Melbourne), prestations remarquées dans des émissions américaines renommées, sessions d’écoutes privées, en avant première, pour les journalistes européens et nord-américains… Les critiques ont d’ailleurs, en majorité, très bien accueilli cet album, considéré par beaucoup comme une pièce essentielle de l’œuvre du rappeur américain.

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 Kanye West, après avoir revisité la pop dans Graduation, ou les bases du hip-hop dans Watch The Throne, se lance, avec Yeezus, dans une sorte d’électro underground, mélange de musique tribale et de techno. Et pour cette virée dans le monde de la nuit, Kanye West fait appel aux maîtres incontestés de la musique house : Skrillex, roi de la dubstep, et les Daft Punk, chefs de file de l’électro depuis une vingtaine d’années… Mais n’oublions tout de même pas que Kanye est avant tout un rappeur. Il est donc la plupart du temps accompagné par les pionniers du genre – de Travi$ Scott, à la production, à Kid Cudi, en featuring sur Guilt Trip

 Yeezus nous plonge dans un monde noir, violent et terrifiant. On entend sans cesse des cris, des hurlements, mais aussi des voix poussives, à bout de souffle. A plusieurs reprises, la musique se coupe – puis revient, plus forte, plus brute pour surprendre et effrayer un public, déjà déstabilisé par une ambiance lourde et pesante. Si My Beautiful Dark Twisted Fantasy était un rêve, Yeezus est assurément un cauchemar. Avec cet album, Kanye West impose un flow monstrueux et impressionnant, comme l’illustre à merveille Black Skinhead, deuxième titre de l’œuvre. Agressif dans un premier temps, Yeezus se calme par la suite, laissant place à la belle voix de Frank Ocean ou de Nina Simone, dont on entend quelques bribes sur Blood on the leaves. Si le son, l’atmosphère nous emporte sur une autre planète, on ne peut pas malheureusement pas en dire de même des paroles. Les thèmes de l’album sont, en effet, assez basiques. Quelques clashs, notamment sur les « accusations » vis-à-vis d’une prétendue homosexualité de Kanye (pour le clash, se conférer à I’m in it – le titre étant déjà assez explicite me semble-t-il). Quelques réflexions sur la société américaine (la consommation, les blancs), le star-system (l’ultra-médiatisation, le show-business)… Mais surtout beaucoup d’égo, comme le montre la troisième piste de l’album, I’m a God. En permanence dans un trip égocentrique, Kanye West, qui se considère comme un génie, au même titre que les plus grands artistes des siècles précédents, se définit désormais comme Yeezus, contraction de Yeezy, un nom de scène, et de Jésus, un type plus ou moins lié à la religion… Cependant, ne prenez pas ceci pour un blâme ! ce narcissisme artistique est ce qui définit Kanye West, ce qui le différencie et fait qu’il est l’un des meneurs du hip-hop US depuis une dizaine d’années.

 Comme Kanye l’a affirmé, aucun extrait de cet album ne devrait passer sur les ondes – tellement cette musique est inclassable, mélange incompréhensible de beauté, de puissance et de violence. Sorte d’OMNI (Objet Musical Non Identifié), Yeezus marque une nouvelle étape dans l’œuvre de Kanye West, une étape sombre, agressive, littéralement cauchemardesque. L’album possède déjà quelques titres références, comme New Slaves, en featuring avec Frank Ocean, prince du R’n’B américain, ou encore Black Skinhead, bande-son de la BO du prochain Scorcese… Rien que ça.

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PS : Si Kanye West est Jésus, qui est Kim Kardashian ? Pourquoi le fils de Kanye s’appelle-t-il Nord Ouest ? Vous trouverez les réponses à toutes vos questions inutiles aux liens suivants… :

http://www.kanyewest.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yeezus
https://twitter.com/pressCritik

Yeezus
de Kanye West,
2013,
avec Daft Punk, Travi$ Scott, Frank Ocean…

Man of Steel

BatSuperman Begins

 Alors que, chaque année, de nouveaux super-héros apparaissent sur nos écrans (Iron Man, Thor ou encore Green Lantern), ou sont l’objet d’une mise à jour (Spiderman, X-Men) ; on se demandait comment le mythique Superman faisait pour ne pas succomber à ce phénomène. Annoncée depuis 2010, cette saga Superman – Man of Steel s’inspirera de la trilogie Batman – The Dark Knight, réalisée par Christopher Nolan. Véritable référence en terme d’adaptation de comics sur grand écran, la série, sortie entre 2005 et 2012, sert désormais de modèle artistique, tant son succès fut critique et commercial (un peu plus de deux milliards de dollars de recettes cumulées…). Christopher Nolan est d’ailleurs impliqué dans Man of Steel : il a participé à l’écriture du scénario et fait partie de l’équipe de production. Sur le papier, cette énième adaptation de Superman promettait beaucoup : Christopher Nolan à la production et au scénar’, Zack Snyder (Watchmen – Les Gardiens) à la réalisation… Présenté comme LE blockbuster de l’été, ce Superman annonce-t-il une saga épique ou bien n’est-il qu’une pâle adaptation hollywoodienne ?

MAN OF STEEL

 Comme expliqué plus haut, cette trilogie Man of Steel calque le modèle de la série The Dark Knight ; ce qui veut donc dire que ce premier épisode sert à présenter le super-héros, ses origines, d’où viennent ses pouvoirs, pourquoi agit-il etc… comme le fit Batman Begins avec le personnage de l’homme chauve-souris. Le film retrace donc les débuts de Superman : sa naissance sur Krypton, son arrivée sur Terre, son enfance puis son adolescence… bref, la vie de Clark Kent (le nom de Superman sur notre planète). De plus en plus curieux au fil des années, le jeune Clark se demande pourquoi il est différent et finit par trouver une réponse dans la carcasse d’un vaisseau spatial, garé sous la neige du Pôle Nord. En entrant dans ce navire de l’espace, Clark déclenche une balise intersidérale qui va bouleverser la planète Terre. En effet, alerté par le signal interstellaire, un vaisseau rempli de méchants kryptonniens déboule sur la planète bleue et exige la reddition de Kal-El, le nom kryptonnien de Superman. Et c’est ainsi que Clark Kent devint Superman.

 Est-ce que cette fin de résumé vous a vous aussi fait penser à un film de science-fiction ? Car c’est là le défaut de ce Superman : on a plus l’impression d’assister à la Guerre des Mondes ou à un Startrek qu’à un film de super-héros. Le début du long-métrage, qui se déroule sur Krypton et raconte la destruction de cette planète, semble véritablement appartenir au genre de la science-fiction (Snyder réalise d’ailleurs une référence très explicite à Avatar) – même si il développe quelques aspects intéressants. Cependant, si le duo Snyder/Nolan s’était contenté d’un simple début type science-fiction, cela n’aurait surement posé aucun problème. Malheureusement, la majeure partie de l’œuvre relève de ce genre. En effet, dès que Zod, et son armée de méchants kryptonniens, débarque sur Terre (ce qui est déjà une invasion extraterrestre), le film délaisse le côté psychologique, l’aspect humain de Superman pour se concentrer sur de grosses scènes d’actions avec des robots extraterrestres, des soucoupes volantes, des allers-retours dans l’espace etc… En gros, ce qu’Hollywood fait « le mieux » (ou plutôt le plus) depuis une quinzaine d’années. Ceci nous ramène d’ailleurs a un autre défaut, moins important tout de même, que l’on ne peut que constater dans Man of Steel ; la simplicité scénaristique hollywoodienne. Contrairement à la trilogie The Dark Knight, ou chaque personnage nous troublait, nous perturbait, ce Superman classe d’emblée les personnages, désignant d’office les gentils et les méchants. Il y aura donc, d’un côté, Superman et ses parents, accompagné par l’équipe journalistique du Daily Planet, et de l’autre, les méchants aliens de Zod. L’armée américaine, plus longue à se décider, choisit finalement assez vite son camp – celui des gentils, évidemment. Minimaliste et caricatural, ce schéma narratif est tout simplement obsolète et lassant, à force.

 Même si le duo Snyder/Nolan n’est pas parvenu à imiter les personnages sombres de The Dark Knight, nous ne pouvons néanmoins pas lui reprocher d’avoir essayé d’instaurer la même ambiance, la même atmosphère que Batman Begins. Comme dans le premier volet de la saga de Nolan, Man of Steel parle des origines du super-héros. Les courts passages revenant sur l’enfance et l’adolescence de Superman tentent d’expliquer comment et pourquoi Clark Kent est devenu Superman. Mais ces moments, trop peu nombreux et pas assez longs, disparaissent vite au profit de l’action spectaculaire. Il aurait été intéressant, et audacieux, de traiter davantage cet aspect psychologique, voir psychanalytique, du super-héros, comme le fit Christopher Nolan avec Batman. Cependant, Man of Steel évoque d’autres thématiques, plus politiques comme l’écologie (qui pose problème dans le monde entier), la légitimité d’une révolution (qui pose problème dans le monde arabe, par exemple) ou encore la peur de l’eugénisme (une peur intemporelle et universelle ?). S’inspirant d’Aldous Huxley, Man of Steel reprend l’idée d’une société génétiquement prédéterminée, où chaque être est d’avance prédestiné à quelque chose. Le film reprend aussi la thèse du surhomme de Nietzche, affirmant explicitement, lors d’une scène de combat, que la moralité est la faiblesse de l’être humain et que l’homme fort est amoral.

 Zack Snyder souhaitait, même s’il s’en inspire nettement, s’affranchir du modèle Batman Begins. Ainsi, le cinéaste s’éloigne du style sombre, noir de la trilogie The Dark Knight, et impose son propre style, plus mythique, presque divin. Alors que Batman était en permanence plongé dans la nuit, entre les immeubles de Gotham, Superman vit lui dans la nature, sous le ciel et le soleil. Quand le Batman de Nolan s’entraîne dans sa grotte ou dans des sous-sols d’entreprises, le Superman de Snyder apprend à maîtriser ses pouvoirs sur la banquise, ou dans le désert. Nolan tentait d’assombrir son héros, Snyder veut lui le sublimer, le magnifier. Ces passages, quand Clark travaille sur un bateau ou quand, encore enfant, il joue dehors, sont juste magnifiquement filmés par la caméra de Snyder. De manière générale, la façon de filmer de Snyder est irréprochable, originale et audacieuse même, et ce à plusieurs reprises. Assorti d’effets spéciaux spectaculaires (mais pas forcément agréables), Man of Steel s’impose comme une référence technique pour tout blockbuster hollywoodien.

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 Comme dans la plupart des blockbusters estivaux, aucun comédien ne sort particulièrement du lot, si ce n’est Michael Shannon, qui parvient à se démarquer des autres malgré un rôle ingrat : le méchant pur et dur, bête et méchant. A noter également, la petite folie de Zack Snyder lors de la scène finale de ce Man of Steel : une scène complètement improbable, humoristique, où le spectateur reste juste scotché devant l’écran, un « WTF ?! » lui pendant au bout des lèvres… C’est la seule petite touche fantaisiste de ce film qui hésite entre la crédibilité d’un The Dark Knight, le côté grand spectacle d’un Iron Man et l’étiquette « Blockbuster de qualité, made in Hollywood » qu’on avait, par exemple, pu coller aux Avengers de Joss Whedon… Au final donc, peu de surprise, un peu de déception mais, cependant, un espoir, optimiste, pour le second opus, prévu en 2014.

PS : vous aussi, aidez Clark Kent à retrouver son légendaire slip rouge en cliquant sur les liens ci-dessous… :

http://manofsteel.warnerbros.com/index.html
http://www.imdb.com/title/tt0770828/
https://twitter.com/pressCritik

Man of Steel
de Zack Snyder,
2013,
avec Henry Cavill, Michael Shannon, Amy Adams…

The Bling Ring

Sofia Coppola VS Harmony Korine

 Il y a quelques mois sortait en salles le dernier long-métrage d’Harmony Korine, Spring Breakers. L’icône (parmi d’autres) du cinéma indépendant américain nous contait alors les déboires de quatre adulescentes en totale perdition sur les plages de Floride. Il y a quelques semaines, au Festival de Cannes, était présenté, dans la catégorie « Un certain regard », le dernier long-métrage de Sofia Coppola, The Bling Ring. L’icône (parmi d’autres) du cinéma indépendant américain nous contait alors les déboires de quatre adulescentes, et d’un jeune homme, en totale perdition sous le soleil de Californie. Tout jugement visant à affirmer l’existence de quelques similarités entre ces deux films serait un jugement fort impromptu de votre part.

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 Mais parlons plus sérieusement ; Spring Breakers et The Bling Ring ne se ressemblent pas vraiment. En effet, dans son film, Harmony Korine imagine le spring break, mouvementé, de quatre jeunes filles alors que Sofia Coppola, à travers The Bling Ring, ne fait qu’adapter un fait divers – une série de braquage à Hollywood – datant de 2009. Les deux scénarios n’ont donc rien en commun : le premier raconte la descente aux enfers (gun, alcool, drogue…) de Vanessa Hugdens &cie quand le second narre les exploits d’un « gang », spécialisé dans le braquage des maisons hollywoodiennes. Enfin, les personnages de Korine – quatre copines originaires du Middle West un peu pommées – et de Coppola Jr. – cinq ami(e)s surcocaïnés vivant dans les quartiers bourges de L.A. – diffèrent en tous points.

 Quoi ? Vous voulez encore une comparaison Spring Breakers/The Bling Ring ? Bon très bien, accordé… On peut effectivement remarquer que les deux réalisateurs ont eu une démarche cinématographique similaire. Par exemple, le scénario aborde le thème de la jeunesse, et les problèmes qu’il pose. Afin de « crédibiliser » cet aspect jeune, les cinéastes se sont intéressés à cette culture jeune. La culture cinématographique des jeunes avant tout. Ainsi, Korine et Coppola Jr. sont allés dénicher les starlettes favorites des teenagers : Vanessa Hugdens (alias Gabriella dans High School Musical) et Selena Gomez (alias la girlfriend de Justin Bieber) dans Spring Breakers et Emma Watson (alias Hermione dans Harry Potter) dans The Bling Ring. Les deux réalisateurs se sont également renseignés à propos de la culture musicale des jeunes ; Harmony Korine privilégiant Skrillex et Britney Spears quand Sofia Coppola choisissait Kanye West et Phoenix.

 Mais désormais, comme dirait notre ancien premier ministre, « Je vous demande de vous arrêter ! » car la comparaison Spring Breakers/The Bling Ring doit s’arrêter là. Le film de Sofia Coppola n’égalant en aucun cas le chef d’œuvre d’Harmony Korine. En effet, le style, proche, par l’esthétique ou encore la bande-son, de Spring Breakers, qu’on avait pu apercevoir dans la bande annonce est tout simplement absent du long-métrage. La bande-annonce semblait exposer un film stylisé et stylé, un film audacieux et sexy, un film original et exaltant… Malheureusement, il ne fallait pas oublier qu’il était signé Sofia Coppola, cinéaste reconnue pour son œuvre assez mélancolique, voire dépressive. Le style de la bande annonce laisse donc place à un rythme plat et répétitif. On a la désagréable impression que la cinéaste reproduit sans cesse le même schéma scénaristique : braquage, vêtements, boîte de nuit, cocaïne. Heureusement, entre deux ou trois cambriolages, un « incident », type accident de voiture ou coup de feu involontaire, intervient car, sinon, le spectateur s’endort. Ce sentiment de répétition, lassant et pénible, est d’autant plus agaçant quand on connait le talent de Sofia Coppola. On devine d’ailleurs ce talent dans quelques scènes improbables, comme quand le gang s’improvise vendeurs à la sauvette, ou lors de la scène finale, montée en accéléré, grâce à une figure de style cinématographique simple, mais efficace.

 Qu’est ce que Sofia Coppola voulait transmettre à travers The Bling Ring ? C’est la première question qui nous vient à l’esprit en sortant de la salle. En effet, rien ne semble ressortir de cette œuvre : aucun symbolisme artistique, aucune réflexion sur l’acte, aucun jugement… était-ce voulu de la part de la cinéaste ? Souhaitait-elle réaliser un film amoral, au jugement neutre ? Peut-être que Sofia Coppola désirait laisser le spectateur se forger un avis sur ce gang… Mais ce parti-pris, s’il a été volontaire, est complètement idiot ! Notre réflexion sur cet acte a, pour la plupart d’entre nous, était faite en 2009, lorsque ce fait divers a été surmédiatisé mondialement ! Ce parti-pris donne à The Bling Ring une tournure documentaire alors que le long-métrage est, à la base, une fiction. En effet, le jugement neutre et l’impression de simplement raconter les événements (ici des braquages à Hollywood) confèrent à The Bling Ring un côté documentaire – un côté mauvais documentaire. Tous les aspects intéressants, qu’aurait pu développer Sofia Coppola à propos d’un tel fait divers, sont tout bonnement oubliés, ignorés. La cinéaste aurait pu filmer la dérive infernale de ces cinq adulescents. Elle aurait également pu proposer une véritable réflexion sur l’acte (il n’est en effet pas anodin de braquer Paris Hilton ou Lindsay Lohan) ou sur ce qui l’entourait (la fascination pour les peoples, la surmédiatisation du fait divers…). Mais non.

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Si la démarche artistique et cinématographique de Sofia Coppola est tout simplement mauvaise, on ne peut pas en dire autant des acteurs, tous impeccables dans leur rôle d’adulescent paumé et pourri-gâté. Emma Watson, interprétant ici son premier grand rôle depuis Harry Potter, réussit parfaitement sa métamorphose, passant de la gentille Hermione Granger à la terrible garce, Nicky. Malgré tout, malgré ce fiasco qu’est The Bling Ring, on éprouve quand même de la sympathie pour Sofia Coppola, ou plutôt une certaine attirance. Cette réalisatrice possède un charme cinématographique indéniable, qu’on arrive à apercevoir dans quelques rares scènes de The Bling Ring. D’où vient ce charme ? De son talent artistique ? Ou bien peut-être nous voilons-nous la face et ne voyons en Sofia que la fille de Don Coppola ? Mais ne terminons pas cette critique sur une note positive. The Bling Ring est tout simplement un raté, une déception. Le peuple cinéphile avait placé énormément d’espoir en ce film, projeté à Cannes, offrant une bande-annonce séduisante et présentant le premier grand rôle d’Emma Watson… On avait cru voir en The Bling Ring la variante chic de Spring Breakers… Et bien non, c’est raté.

PS : Pour voir Hermione Granger braquer Paris Hilton, cliquez sur les liens ci-dessous… :

http://theblingring.com/
http://www.imdb.com/title/tt2132285/
https://twitter.com/pressCritik

The Bling Ring
de Sofia Coppola
2013
avec Emma Watson,  Israel Broussard….