Yeezus

 God bless America

 14 juin 2013 ; YouTube et Twitter partagent le leak de Yeezus, le dernier album de Kanye West, dont la sortie officielle est prévue quatre jours plus tard. Le leak fait vite le tour du monde, circulant d’une page Facebook à l’autre en rien de temps. La fuite illégale se transforme finalement en une campagne de pub planétaire, au succès fulgurant – tellement remarquable qu’on en vient à se demander si Kanye West ne serait pas, volontairement, derrière tout ça… Car cette fuite « illégale et illégitime » de Yeezus aura, tout compte fait, bien aidé Kanye à promouvoir son sixième album. En effet, quoi de mieux, dans le monde du 21ème siècle, qu’un buzz internet mondial pour vendre un produit ? Il semble donc que ce leak ne fut rien d’autre qu’un outil publicitaire, destiné avant tout à parler de l’album, quelques jours avant sa sortie officielle… L’équipe de Kanye West avait pourtant, comme d’habitude, usé de grands moyens pour la propagande de ce Yeezus ; projection du clip de New Slaves dans les plus grandes villes du monde (de New York à Paris, en passant par Johannesburg ou Melbourne), prestations remarquées dans des émissions américaines renommées, sessions d’écoutes privées, en avant première, pour les journalistes européens et nord-américains… Les critiques ont d’ailleurs, en majorité, très bien accueilli cet album, considéré par beaucoup comme une pièce essentielle de l’œuvre du rappeur américain.

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 Kanye West, après avoir revisité la pop dans Graduation, ou les bases du hip-hop dans Watch The Throne, se lance, avec Yeezus, dans une sorte d’électro underground, mélange de musique tribale et de techno. Et pour cette virée dans le monde de la nuit, Kanye West fait appel aux maîtres incontestés de la musique house : Skrillex, roi de la dubstep, et les Daft Punk, chefs de file de l’électro depuis une vingtaine d’années… Mais n’oublions tout de même pas que Kanye est avant tout un rappeur. Il est donc la plupart du temps accompagné par les pionniers du genre – de Travi$ Scott, à la production, à Kid Cudi, en featuring sur Guilt Trip

 Yeezus nous plonge dans un monde noir, violent et terrifiant. On entend sans cesse des cris, des hurlements, mais aussi des voix poussives, à bout de souffle. A plusieurs reprises, la musique se coupe – puis revient, plus forte, plus brute pour surprendre et effrayer un public, déjà déstabilisé par une ambiance lourde et pesante. Si My Beautiful Dark Twisted Fantasy était un rêve, Yeezus est assurément un cauchemar. Avec cet album, Kanye West impose un flow monstrueux et impressionnant, comme l’illustre à merveille Black Skinhead, deuxième titre de l’œuvre. Agressif dans un premier temps, Yeezus se calme par la suite, laissant place à la belle voix de Frank Ocean ou de Nina Simone, dont on entend quelques bribes sur Blood on the leaves. Si le son, l’atmosphère nous emporte sur une autre planète, on ne peut pas malheureusement pas en dire de même des paroles. Les thèmes de l’album sont, en effet, assez basiques. Quelques clashs, notamment sur les « accusations » vis-à-vis d’une prétendue homosexualité de Kanye (pour le clash, se conférer à I’m in it – le titre étant déjà assez explicite me semble-t-il). Quelques réflexions sur la société américaine (la consommation, les blancs), le star-system (l’ultra-médiatisation, le show-business)… Mais surtout beaucoup d’égo, comme le montre la troisième piste de l’album, I’m a God. En permanence dans un trip égocentrique, Kanye West, qui se considère comme un génie, au même titre que les plus grands artistes des siècles précédents, se définit désormais comme Yeezus, contraction de Yeezy, un nom de scène, et de Jésus, un type plus ou moins lié à la religion… Cependant, ne prenez pas ceci pour un blâme ! ce narcissisme artistique est ce qui définit Kanye West, ce qui le différencie et fait qu’il est l’un des meneurs du hip-hop US depuis une dizaine d’années.

 Comme Kanye l’a affirmé, aucun extrait de cet album ne devrait passer sur les ondes – tellement cette musique est inclassable, mélange incompréhensible de beauté, de puissance et de violence. Sorte d’OMNI (Objet Musical Non Identifié), Yeezus marque une nouvelle étape dans l’œuvre de Kanye West, une étape sombre, agressive, littéralement cauchemardesque. L’album possède déjà quelques titres références, comme New Slaves, en featuring avec Frank Ocean, prince du R’n’B américain, ou encore Black Skinhead, bande-son de la BO du prochain Scorcese… Rien que ça.

Kanye-Yeezus

PS : Si Kanye West est Jésus, qui est Kim Kardashian ? Pourquoi le fils de Kanye s’appelle-t-il Nord Ouest ? Vous trouverez les réponses à toutes vos questions inutiles aux liens suivants… :

http://www.kanyewest.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yeezus
https://twitter.com/pressCritik

Yeezus
de Kanye West,
2013,
avec Daft Punk, Travi$ Scott, Frank Ocean…

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