World War Z

La série Z de Marc Forster

 De nombreuses personnes croient que Brad Pitt est l’acteur hollywoodien par excellence. Pourtant, malgré son patronyme vendeur, sa belle gueule et son attitude de people accompli, quand on regarde la filmographie de Brangelina, on s’aperçoit vite que l’acteur américain n’a jamais réellement été l’enfant chéri d’Hollywood. En effet, mis à part World War Z, Brad Pitt a-t-il déjà joué dans un véritable blockbuster ? (par  blockbuster j’entends une superproduction privilégiant les dollars à l’art). Je doute sincèrement que David Fincher (Seven ou Benjamin Button), Steven Soderbergh (la saga Ocean’s) ou les frères Coen (Burn after reading), soient des réalisateurs à blockbusters. Certes, leurs œuvres sont des superproductions mais ces cinéastes recherchent la qualité avant la rentabilité. On peut éventuellement classer Troie et Mr. & Mrs. Smith dans la catégorie blockbuster. Ce qui voudrait donc dire que Brad Pitt n’a joué que dans deux ou trois blockbusters – contrairement à ce que beaucoup de gens pensent…

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 Brad Pitt constitue donc, à lui tout seul, une raison d’aller voir World War Z. Pourquoi ? Car l’acteur se trompe rarement, les projets auxquels il participe sont, la plupart du temps, des œuvres ambitieuses, et donc intéressantes. Ce World War Z, adaptation d’un best-seller de Max Brooks, semblait séduisant, sur le papier, pour Brad Pitt : le scénario offrait pour garantie le succès en librairie, c’était l’occasion de renouer avec le blockbuster et, de manière plus générale, avec le grand public… Mais l’acteur aurait peut-être du s’attarder sur la filmographie du réalisateur, Marc Forster, réalisateur du tristement célèbre Quantum of Solace, probablement l’un des pires James Bond de l’histoire de la série…

 Enfin bref. Prétendons que Brad Pitt fut obnubilé par l’histoire de World War Z – ce qui serait crédible, étant donné que c’est là le point fort du film. Le livre de Max Brooks décrit une apocalypse zombie à l’échelle mondiale (une fin du monde assez classique) et suit le parcours des Lane, une famille new-yorkaise modèle prise dans la tourmente de la fin du monde (une aventure reprise maintes et maintes fois par le genre de la science-fiction apocalyptique). Mais c’est justement en reprenant les thèmes plus classiques d’un genre que l’on arrive le mieux à s’en démarquer. D’ordinaire, les scénarios s’attachent à retracer la survie de la famille ; World War Z préfère lui, d’emblée, diviser la famille, envoyant le père à l’autre bout du monde pendant que sa femme et ses filles restent tranquillement en mer, à l’abri des zombies. On suit donc l’odyssée de Gerry qui, voguant de pays en pays, tente de trouver des explications, et une solution, au problème zombie. Ce voyage à travers le monde révèle d’ailleurs un autre point fort scénaristique de World War Z : l’internationalisation de l’apocalypse. Habituellement, les auteurs de science-fiction catastrophiste ne se préoccupent que d’un pays, en général les Etats-Unis, et n’abordent pas la situation mondiale. Chez Max Brooks, c’est tout le contraire. On voit l’avancée, les ravages de l’apocalypse, en Israël ou en Corée du Sud. Cette internationalisation permet en fait de critiquer le mauvais fonctionnement des institutions mondiales, comme l’ONU ou l’OMS.

 Mais malheureusement, ce scénario, assez complexe pour un blockbuster, est mis à mal par la caméra de Max Forster. Le cinéaste suisse a préféré l’action à la réflexion, privilégiant l’aspect grand spectacle à une réflexion approfondie sur le personnage de Gerry. Soit. Les scènes d’actions, essentielles à tout blockbuster qui se respecte, peuvent, si elles sont maîtrisées, devenir la marque d’un véritable style artistique. Mais attention ; trop d’action tue l’action – et de nombreuses créations hollywoodiennes l’ont compris trop tard.

 Ainsi, pendant près de deux heures, le spectateur assiste à un enchaînement de « scènes d’actions », toutes plus lourdes, ennuyeuses, invraisemblables que les précédentes. Un paradoxe quand on sait que l’œuvre originale de Max Brooks fut réputée pour son réalisme, sa crédibilité. En essayant de plonger son public dans une atmosphère oppressante (peu de luminosité, la peur du zombie au coin de l’escalier…), Max Forster se perd, laissant le spectateur s’endormir tellement la salle devient sombre. Les zombies auraient pu nous effrayer, et ainsi nous réveiller, mais que nenni ! Plus ridicule qu’autre chose, ces pauvres bêtes font rire quand leur rôle est d’effrayer… La première scène de ce type, dans l’immeuble, annonce déjà la lenteur et le triste spectacle auquel vous allez assister durant près de deux heures. Mais rassurez-vous, World War Z ne se déroule pas exclusivement dans l’ombre d’un hall d’immeuble ; Marc Forster alterne avec des passages en plein jour, filmé à la lumière naturelle (dans Jérusalem, par exemple). On ne trouve pas également que des scènes lentes et assommantes, le réalisateur de Quantum of Solace perdant, à de nombreuses reprises, le contrôle de sa caméra – tournant ainsi son film à la manière d’un Youtubeur en manque de sensations fortes. Ces passages, assez récurrents, constituent une véritable torture optique pour le spectateur ; premièrement car il était habitué à des scènes lentes et sombres et qu’il se retrouve subitement sous des lumières flash, accompagné d’une caméra parkinsonienne, et deuxièmement car c’est tout simplement un massacre visuel ! On ne voit plus rien, les humains se confondent avec les zombies, on en vient à confondre Gerry et sa femme, on ne sait plus qui tire sur qui… la 3D ne contribuant en rien à l’amélioration de cette boucherie visuelle. N’apportant strictement rien, elle handicape plus le spectateur qu’autre chose, lui floutant la vue et l’empêchant de voir correctement courses poursuites et autres guns-fight avec nos amis les zombies.

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 Une mise en scène à la limite du grotesque, des zombies ridicules, une caméra tremblante et un manque d’inspiration criant… Marc Forster peut se targuer d’une longue liste de qualificatifs tous plus désobligeants les uns que les autres. Heureusement pour lui, World War Z tient de Max Brooks. Le scénario, basé sur le roman de l’écrivain américain, reste, malgré cette adaptation ratée, une mine d’or pour Hollywood. Espérons simplement qu’un réalisateur, plus talentueux et plus inspiré que Marc Forster, débarque pour s’occuper de World War Z – Part 2. Brad Pitt, impeccable en Gerry, devrait rempiler pour les prochains épisodes ; il n’y a donc aucune raison de perdre espoir quand à l’avenir de World War Z.

PS : ci-dessous, quelques liens pour nous aider à virer Marc Forster :
http://www.worldwarzmovie.com/#
http://www.imdb.com/title/tt0816711/
https://twitter.com/pressCritik

 World War Z
de Marc Forster,
2013,
avec Brad Pitt, Mireille Enos…

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