L’Attentat

Hatufim 2.0

 Adaptation d’un bestseller éponyme, sorti en 2005 et écrit par Yasmina Khadra, L’Attentat est le troisième film de Ziad Doueiri, un cinéaste libanais. Je suppose que vous n’avez jamais entendu parler de Mr. Doueiri. Pourtant, son nom est associé à de véritables chefs d’œuvres cinématographiques : Jackie Brown, Reservoir Dogs ou encore Pulp Fiction. Vous l’aurez compris, Ziad Doueiri accompagna le Quentin Tarantino des 90’s. En assistant le cinéaste américain à la caméra, Ziad apprit beaucoup et décida de se lancer dans une carrière solo en 1998, réalisant cette année là West Beyrouth, récompensé notamment lors de la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le second long-métrage de Doueiri, Lila a dit ça, malgré sa nomination à Sundance et Toronto (deux des plus grands festivals nord-américains), ne remporta pas le même succès que le précédent – ce qui pourrait éventuellement expliquer pourquoi le cinéaste a mis près de dix ans pour revenir sur le devant de la scène…

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 En reprenant à la lettre le roman de Yasmina Khadra, Ziad Doueiri ne prenait pas beaucoup de risque, l’histoire ayant séduit, à sa sortie en librairie, de nombreux jurys littéraires. Le film se déroule donc en Israël, un pays ravagé par les conflits religieux et identitaires. Le docteur Amine Jaafari, chirurgien reconnu dans tout le pays, mange sur la terrasse de son hôpital quand soudain une détonation lourde retentit ; une bombe vient d’exploser dans un restaurant de Tel-Aviv. Les victimes sont amenées d’urgence à l’hôpital d’Amine et le chirurgien fait tout pour sauver un maximum de personnes. Malgré les efforts de l’équipe chirurgicale, le bilan est lourd : dix-sept tués, dont onze enfants. Amine, malheureusement habitué à cette horreur quotidienne que sont les attentats terroristes, rentre chez lui le soir et parvient à s’endormir. Au milieu de la nuit, Ravid, un ami policier, l’appelle, lui demandant de le rejoindre à l’hôpital au plus vite. Persuadé qu’il s’agit d’une opération d’urgence, Amine se lève et arrive rapidement au lieu-dit. Ravid, accompagné d’un autre policier, lui annonce alors qu’on a retrouvé le corps du kamikaze et que ce dernier n’est autre que sa femme…

 L’Attentat raconte donc avant tout une histoire d’amour, celle d’Amine et de sa femme, une histoire détruite par la mort – et surtout le mensonge. Modèle d’intégration dans une société divisée, le couple formé par Amine et Silham était un couple exemplaire, appelant à la réconciliation entre les peuples juifs et arabes. C’est d’ailleurs pour cela qu’Amine ne comprend pas le geste de sa femme, qu’il refuse d’accepter dans un premier temps. En réfutant toute accusation concernant l’attentat, et ce malgré les preuves qui s’accumulent et la pression policière, Amine compromet l’avancée de l’enquête et se convainc ainsi que sa femme n’est pas la kamikaze. Cependant, un jour, il reçoit une lettre post-mortem de Silham lui indiquant clairement qu’elle fut la terroriste. Abasourdi par cette révélation, Amine perd pied, comment sa femme a-t-elle pu lui mentir pendant près de quinze ans ? Comment mais également pourquoi ? Amine n’était-il qu’un simple alibi, utilisé comme couverture, par un groupe terroriste ? La première partie du film traite ces questions, relatives à la fin d’une histoire d’amour. Amine se demande avant tout si sa femme lui jouait la comédie, si son couple vivait dans un mensonge permanent. Il s’interroge aussi par rapport à l’attitude qu’il doit adopter vis-à-vis d’elle désormais, Amine doit-il lui en vouloir ? Car, s’il est vrai qu’elle lui a menti pendant quinze ans, cela ne change en rien au fait qu’elle l’ait rendu heureux, et amoureux. Ces questions, déjà intéressantes en elle-même, sont de plus ancrées dans la réalité contemporaine, ce qui renforce la portée et la beauté du scénario.

 Cette réalité, c’est celle d’un monde instable, où tout peut basculer du jour au lendemain. C’est celle d’un monde mondialisé mais pourtant divisé par des communautarismes de plus en plus forts. C’est celle d’un monde dangereux, où la mort, lâche et illégitime, frappe l’innocent, et même l’enfant. Prenant place dans la société israélienne, probablement l’un des pays reflétant le mieux tout ces problèmes, L’Attentat avance toujours avec le souci de rester dans le réel, tout en gardant un esprit romanesque. Les scènes suivant l’attentat, la réaction suite à l’explosion, l’arrivée des victimes à l’hôpital, l’interrogatoire d’Amine, visent principalement à placer le spectateur dans un cadre réaliste, authentique. Le côté romanesque du scénario servant, du coup, à mettre le spectateur dans un état de choc. L’histoire, poignante et captivante, se divise donc en deux grandes parties : la première portant sur le mensonge, la seconde sur la recherche de la vérité. Dans cette partie, Amine essaye de découvrir, pourquoi, pour qui, et comment sa femme a agi. Ces questions l’emmènent dans la misère des quartiers palestiniens, des endroits où sa femme est adulée et saluée en tant que martyre d’une cause juste. Ces questions l’amènent aussi à changer sa vision des choses, troublant son jugement sur l’acte terroriste. Au final, Amine remet tout en cause : ce qu’il doit penser de sa femme et son histoire d’amour, de l’acte terroriste de ses moyens et de ses fins… Mais le problème est que la société également remet en cause Amine. Le personnage principal se retrouve isolé, rejeté par le peuple juif, qui l’accuse d’être le mari d’une terroriste, et par le peuple palestinien, qui le considère comme un espion d’Israël, et pire, comme un paria, loin de la réalité et de la misère arabe.

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 Pas forcément bien filmé, pas formidablement interprété, pas accompagné d’une mise en scène hollywoodienne… L’Attentat, vous l’aurez compris, n’est pas, à proprement parler, un grand film. L’Attentat tient plus du récit ; c’est une fable moderne et contemporaine, qui, au travers d’une histoire d’amour romanesque, aborde les problèmes actuels de notre monde. Loin de se préoccuper exclusivement d’un seul sujet, la romance ou l’acte terroriste par exemple, le film aborde de nombreuses questions : l’homme face au mensonge, l’homme à la recherche de la vérité, mais aussi l’homme face à la société, et à ses divisions… Rares sont les œuvres évoquant tant de sujets.

PS : Nick Brody serait-il le véritable kamikaze de L’Attentat ? Silham serait-elle derrière les attentats du 11 septembre ? Toutes les réponses aux complots terroristo-israelito-arabo-islamistes sont ici… :

http://www.imdb.com/title/tt0787442/
https://twitter.com/pressCritik

 L’Attentat (The Attack)
de Ziad Doueiri,
2013,
avec Ali Suliman, Reymonde Amsellem…

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