Homeland – Saison 2

Bienvenue chez Edward Snowden

 Jeudi soir, après onze épisodes d’une angoisse et d’une nervosité propre à la série, s’est clôturé la deuxième saison d’Homeland. Diffusée sur Canal+, l’une des chaînes TV françaises références en termes de série, la deuxième saison, souvent fatale aux œuvres télévisuelles, fut un véritable succès, attirant près d’un million de téléspectateurs chaque jeudi soir devant la chaîne cryptée.  Ce n’était pourtant pas évident ; l’intrigue aurait largement pu s’arrêter à la fin de la première saison – et ainsi rentrer dans l’Histoire de la Télévision américaine. Mais, Alex Gansa et Howard Gordon, probablement intéressés par l’idée de créer une suite aux aventures terroristo-paranoïaques d’Homeland, mais surtout séduits par l’argent en jeu derrière le succès de la série, se sont lancés dans ce projet un peu fou : créer une suite à une production déjà achevée.

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 Petit rappel scénaristique pour ceux n’ayant pu suivre l’odyssée de Nick Brody (SPOIL des saisons 1&2). Brody, soldat américain engagé en Irak au début des années 2000, est laissé pour mort, tué au combat. Huit ans plus tard, lors d’un raid, le sergent Nicholas Brody est retrouvé vivant dans un vieux bâtiment d’Afghanistan ; le Marine a en fait, dans le plus grand secret, été retenu prisonnier par Al-Qaeda pendant une dizaine d’années ! Ramené au pays et acclamé en héros national, le sergent retrouve sa famille, et la vie civile. Mais plusieurs problèmes apparaissent vite : sa femme s’était recasée depuis quelques années, ses enfants ne reconnaissent plus leur père et surtout, une agent de la C.I.A., Carrie Mathison, imagine une théorie du complot ; le sergent Brody aurait été retourné par Al-Quaeda, et il préparerait un attentat terroriste contre les Etats-Unis…

 Comme dit plus haut, le dénouement de la première saison semblait avoir mis un terme à Homeland. En effet, on savait que Brody était un terroriste et qu’il préparait un attentat contre l’Amérique, Carrie Mathison a été déclarée comme folle et inapte à travailler pour la C.I.A., et la romance, aussi improbable que géniale, entre nos deux protagonistes se trouve au point mort… Mais là réside la force d’Homeland : alors qu’on croit que tout s’arrange ou s’éclaircit, un coup de théâtre intervient et l’histoire s’en trouve métamorphosée. L’équipe scénaristique d’ Homeland, Alex Gansa et Howard Gordon, à l’origine, entre autres, de X-Files et de 24 heures chrono, a de l’expérience et a déjà prouvé par le passé qu’elle était capable du meilleur… comme du pire. Cette deuxième saison débute donc dans l’inconnu, nos deux personnages paraissant complètement perdus car ils ont tout les deux échoués à accomplir leurs buts respectifs : commettre un attentat contre le vice-président pour l’un et démasquer un terroriste pour l’autre. Ainsi, l’intrigue de cette suite se base sur la carrière politique de Brody (le soldat, héros national, est courtisé par tous les politiques du pays) et le rappel, uniquement intéressé, de Carrie dans la C.I.A. (celle-ci est rappelée, car une femme iranienne, affirmant avoir des infos sur un attentat, promet de parler si elle rencontre Carrie, son unique contact américain).

Homeland

 Homeland 1.0 abordait principalement les problèmes propres à l’Amérique post-9/11 : la paranoïa des services secrets, la glorification prématurée et illégitime de l’armée et de ses soldats, les massacres commis en Irak et en Afghanistan… Mais Homeland 1.0 traitait également de thèmes touchant les sociétés occidentales en général, comme la surmédiatisation, la vision contemporaine de la famille ou encore la politique grand spectacle. Dans cette deuxième saison, Gansa et Gordon ont décidés de davantage s’intéresser au personnage de Nick Brody, et des relations qu’il noue avec sa famille, avec Carrie, ou encore avec Abu Nazir. Moins politique que la saison précédente, Homeland 2.0 a voulu se redéfinir, tout en gardant les bases qui ont assurés son succès : l’inattendu, la tension et la paranoïa généralisée. L’inattendu arrive quasiment à chaque fois, chaque épisode ayant le droit à son coup de théâtre qui relance l’intrigue, et l’intérêt, de la série. Essentiel à tout feuilleton télévisuel, le retournement de situation trouve, à travers Homeland, un véritable modèle, une référence. La tension, peut-être moins présente que dans la saison précédente, s’exprime principalement au début de l’œuvre, jusque la tuerie de Gettysburg. Entre les scènes au Liban (ep. 1,2 et 3), la tentative d’assassinat d’Abu Nazir (ep. 2) ou encore le « On a perdu Brody » des épisodes 8 et 9, le spectateur n’a tout de même pas de quoi se plaindre, la tension demeurant un fond permanent et un trait caractéristique d’Homeland. Enfin la paranoïa, quoi que moins bien réussie que dans la saison une, se personnifie non-plus dans le couple Carrie/Brody, déjà démasqué, mais dans le duo Quinn/Estes, mystérieux et inquiétant jusqu’au dénouement de cette deuxième saison.

 Néanmoins, le peu d’intensité qu’Homeland perd avec cette saison deux, il le gagne en complexité. Les affaires personnelles, comme la vie de famille difficile de Brody ou la romance impossible avec Carrie, s’accumulent et le duo Carrie/Nick n’est plus le centre de l’attention. Ainsi, la fille de Brody, Dana, en pleine crise d’adolescence, devient un des personnages majeurs de cette suite, tout comme les membres de la famille de son petit ami, les Walden, le père (le vice-président, camarade politique de Nick), la femme (partenaire et rivale de Jessica) et le fils (petit-ami de Dana), eux aussi nécessaires à l’histoire. Saul, le coéquipier de Carrie, voit lui aussi son importance narrative augmenter, comme le montre le dernier plan de cette saison, quand la caméra se focalise sur son sourire. Cet ultime passage, où l’on voit Saul prier en hébreu devant plusieurs centaines de cadavres (une scène évoquant forcément le massacre de la Shoah) vient nous rappeler qu’Homeland n’est pas qu’une simple série à gros budget. Evidemment, Homeland ne prétend pas être une série conceptuelle, une série d’auteur, mais elle ne peut non plus être assimilée aux réalisations commerciales que les chaînes américaines produisent à la pelle. C’est d’ailleurs cela qui en fait le charme, c’est ce qui distincte Homeland de 24 (production typiquement américaine) ou de Boardwalk Empire (production d’auteur américain). Alex Gansa & Howard Gordon n’ont jamais eu la prétention de rentrer dans l’Histoire de la Télévision américaine, ils voulaient juste créer une œuvre, évoquant les problèmes contemporains aux Etats-Unis, tout en restant grand public, réalisant ainsi le compromis parfait entre action et réflexion.

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 La troisième saison, actuellement en tournage, serait prévue pour la rentrée 2013. Le scénario, relancé après la disparition de nombreux personnages, l’exil forcé de Nick vers le Canada, la promotion de Carrie et l’apparition d’un nouveau chef terroriste, promet de belles choses. En attendant septembre, les spectateurs pourront jeter un œil à Hatufim, la série israélienne ayant inspiré Homeland. Diffusé il y a quelques semaines sur Arte, Hatufim s’intéresse davantage au retour du soldat dans sa famille quand Homeland privilégie lui le retour de l’individu dans la société.

PS : Vous aussi, vous ne tuez que des méchants ? Engagez-vous dans la C.I.A. de David Estes. Ci-dessous, quelques liens vers les formulaires d’inscription… :

http://www.sho.com/sho/homeland/home
http://www.imdb.com/title/tt1796960/
https://twitter.com/pressCritik

Homeland (saison 2)
d’Alex Gansa et Howard Gordon,
2013,
avec Damian Lewis, Claire Danes…

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