Metro Manila

Metro-Manila-affiche
Résumé AlloCiné :

Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila.

Metro Manila
de Sean Ellis,
2013,
avec Jake Macapagal, Althea Vega…

★★★★✩

Metromania

     Quelque chose cloche avec Metro Manila. Ce long-métrage dégage une odeur agréable, mélange de simplicité et de qualité. Réalisé par Sean Ellis – cinéaste qui m’était jusqu’alors inconnu – le film a reçu le prestigieux Prix du public au Festival de Sundance, une palme accordée par le passé à des œuvres telles que Precious (L. Daniels) ou Sugar Man (M. Bendjelloul). L’histoire est, comme dit plus haut, des plus ordinaires : dans une campagne du tiers-monde, un couple pauvre est contraint de s’exiler vers la ville, dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Traduisez par : une histoire d’amour qui va devoir faire face à la corruption causée par l’avarice. Un scénario bête et méchant, donc. Tout ça interprété par une vague asiatique, complètement inconnue du grand public. Quelque chose cloche avec Metro Manila, forcément. « Vous n’arriverez jamais à la perfection », prêchait Salvador Dali. Certes. Cependant, si la perfection reste étrangère à l’homme, l’excellence, elle, ne le semble pas.

   A travers son Metro Manila, Edgar Wright nous propose un modèle de film indépendant. Un petit budget, une histoire banale, un casting amateur suffisent à la réalisation d’un très bon long-métrage. Ainsi, Metro Manila parie d’emblée sur un mélange des genres ; c’est à la fois un thriller, un documentaire et une romance. Le dernier thème, l’amour, est extrêmement compliquée à mettre en place dans un film – et dans une œuvre artistique en général. En effet, il faut concevoir une romance qui ne soit ni trop niaise, ni trop insipide. Ici, Edgar Wright parvient à cet équilibre : bien que romancée, l’histoire ne sombre à aucun moment dans le « nian-nian ». De-là à comparer notre Metro Manila à un Romeo et Juliette du tiers-monde ? Non,  Edgar Wright n’a tout de même pas cette ambition. La dimension documentaire de Metro Manila est là pour nous le rappeler. Le film, réalisé en Philippine, aurait en effet plutôt vocation à interpeller l’Occident. Par exemple, le long-métrage d’Edgar Wright expose les principaux problèmes qui touchent le tiers-monde et les puissances émergentes : la corruption, au cœur du film ; l’immigration rurale, la situation initiale de Metro Manila ; la prostitution, la criminalité, deux sous-thèmes, néanmoins évoqués par le réalisateur. Tout ces aspects montrent au spectateur que Metro Manila ne se contente pas de raconter une histoire, Metro Manila est en fait une réalité fictive. Fictive en deux points : c’est une fiction romantique, comme vous l’aurez compris, et une fiction policière. Le cinéaste insère ainsi enquêtes, voyous mafieux, flics corrompus, suspens, tension… Bref, tous les traits caractéristiques du thriller moderne. Ce dernier point – la tension – apparaît d’ailleurs, paradoxalement, comme l’un des points forts de ce Metro Manila. La mise en scène de Wright, qui joue sur le cadrage et la bande-son notamment, laisse le spectateur se morfondre dans la tension urbaine de Manille… Ajoutez à tout cela quelques bonnes idées, comme le parallèle entre la religion chrétienne et la société capitaliste (Wright alterne des plans montrant, successivement, des figures religieuses puis des plans en liens avec le sexe, l’argent voire le sang. Il associe ainsi Jésus et les vices de notre société). On remarquera aussi un certain talent artistique chez le cinéaste britannique, qui usera plusieurs fois de procédés spécifiques au septième art, telle que la métaphore cinématographique.

   Voilà. Alors, je répète ma déclaration de début – que j’aurais peut-être du formuler sous forme de question – quelque chose cloche-t-il dans Metro Manila ? Et bien, j’affirme que non. Metro Manila est juste un très bon film, agréable à regarder et à travers lequel s’expriment des réflexions intéressantes. Reste à savoir désormais si Edgar Wright ne restera qu’un talentueux conteur d’histoire ou deviendra un cinéaste doué. Laissons donc passer le temps ; lui seul sera juge finalement.

Le Majordome

le majordomeRésumé AlloCiné :

 Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des États-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme, il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale.

Le Majordome
de Lee Daniels,
2013,
avec Forest Withaker, Oprah Winfrey…

★★★☆☆

White House burning 

  Depuis 2008, et l’élection – souhaitée par le tout-Hollywood – de Barack Obama, le cinéma américain semble vouloir se racheter. Le génocide indien attendra ; le noir étant la mode du moment. En effet, la condition afro-américaine, longtemps ignorée par l’Oncle Sam, semble être tendance depuis qu’un noir trône à Washington. Le septième art, toujours plus ou moins en lien avec l’actualité, l’a bien remarqué. Ainsi, ces dernières années, le cinéma US aura parlé Apartheid (Invictus), ségrégation (La couleur des sentiments) et même esclavage (Django Unchained) ! Que peut-il bien manquer à cette filmographie à thème ? Un film rassembleur, pardi ! Une oeuvre fédératrice, comme seul l’Oncle Sam – ou l’Oncle Tom, étant donné le contexte – sait en faire ! L’oeuvre fédératrice américaine possède plusieurs caractéristiques. Premièrement, elle se doit de lier le héros à la patrie, dans un devoir identitaire. Deuxièmement, elle se doit d’être émouvante, le peuple, uni dans la douleur, se doit de pleurer ensemble. Troisièmement, elle doit être attachante, le héros n’a pas la vie facile, heureusement l’Amérique lui la simplifiera. « A vos ordres, chef ! Et aurons-nous une référence, chef ? Oui soldat Daniels, votre modèle sera Forrest, Forrest Gump ! »

 Car oui, Lee Daniels a tenté de créer un équivalent du chef d’oeuvre de Robert Zemeckis, une variante afro-américaine de Forrest Gump. A la lecture de ces quelques lignes, certains d’entre-vous hurleront à la vulgarisation – néanmoins je n’en démord pas. Forest Withaker rappelle, en de nombreux points, le personnage mythique interprété par Tom Hanks. Le premier point commun concerne le bagage émotionnel dégagé par les deux intéressés. Ainsi, Cecil et Forrest touchent le spectateur d’emblée, et ce de la même façon. Chacun des personnages est d’entée rejeté pour ce qu’il est, l’un pour sa couleur de peau, l’autre pour son handicap. Nos deux héros suivent ensuite un parcours similaire, leurs vies alternant coups durs et joies éphémères. Pour éviter tout spoil, je ne m’attarderais pas davantage sur le chemin initiatique de Cecil Gaines, qui constitue une part importante du scénario. Seconde similarité, ces parcours, mi-chaotiques mi-raisins, ont en commun de lier citoyen, nostalgie et patrie. Cecil et Forrest sont deux personnifications de l’Histoire américaine du XXème siècle ; ils ont tout vu, tout vécu, et transportent ainsi avec eux une certaine nostalgie. Enfin, dernier point, Le Majordome a de fortes chances de connaître le destin de Forrest Gump. Des millions de spectateurs occidentaux, des centaines de millions de dollars europeano-américains et, surtout, des Oscars à la pelle. Le Majordome est en effet ce genre de long-métrage qui rappelle aux américains ce que sont les Etats-Unis. Ce que les américains adorent – et que les européens jalousent. Bref, the american dream. Cependant, comme l’avait fait Zemeckis en 1994, Lee Daniels n’oublie pas que derrière tout rêve se cache un cauchemar.

 La dimension cauchemardesque du Majordome est assumée – voire exagérée ? – par Lee Daniels. A travers son oeuvre, le cinéaste entend critiquer la condition noire aux Etats-Unis, et surtout le refus, sorte de négationnisme populaire, qui régna jusqu’en 2008. Ce n’est pas la première fois que Daniels s’attaque à ce sujet, encore sensible il y a quelques années. Son premier film notable, Precious, retraçait l’adolescence d’une jeune fille noire en complète perdition. Le Majordome est nettement plus « généraliste » que Precious, qui s’attardait sur un cas unique ; il a vocation à parler au nom du peuple afro-américain. Cependant, que ce soit dans Precious ou Le Majordome, Lee Daniels essaie de livrer une violente critique sur le comportement américain vis-à-vis de la race noire. Certains passages du Majordome sont poignants, on y entend clairement la rage, et la honte, de Lee Daniels. Citons, par exemple, la scène où un membre du Ku Klux Clan s’en prend à un bus rempli de freedom riders. Le spectateur attentif remarquera que le cocktail molotov que s’apprête à lancer cet homme est allumé dans une bouteille de Coca Cola ; manière de dire que l’Amérique fut complice de cette barbarie. Lee Daniels n’hésitera d’ailleurs pas à comparer les cabanes des esclaves aux camps de concentrations hitlériens, une réplique forte, que peu de cinéastes oseraient dire devant l’opinion américaine.

 Lee Daniels insère ainsi plusieurs messages politiques dans son oeuvre : il critique ouvertement la guerre du Vietnam, dresse un portait élogieux, quasi-fraternel, du Parti Démocrate, tandis qu’il dessine un Parti Républicain morne, triste et individualiste. Néanmoins, la position de Daniels quant à la condition noire – le véritable sujet politique du film – est plus complexe qu’il n’y paraît. L’homme blanc n’apparaît pas comme un être cruel, toute la vie de Cecil semble n’être que le fruit de la fatalité. De plus, le réalisateur place beaucoup d’espoir en la politique, comme en témoigne les trois citations finales.  Peut-on réellement dire que Le Majordome est un film politique ? Il évoque le monde de la politique, il flirte même avec lui en adoptant une position démocrate, mais, en est-ce assez pour affirmer que Le Majordome vise une quelconque ambition politique ? Je ne crois pas, non. Lee Daniels aborde certes longuement l’horreur vécue par les afro-américains – néo-esclavagisme, ségrégation discriminatoire, Ku Klux Clan… – mais il ne se contente que de « citer ». La critique de Daniels n’est pas si virulente que cela. Est-ce le jeu d’acteur, point faible du film, qui en est la cause ? En effet, un jeu marquant, à la fois poignant et dénonciateur, aurait à coup-sur élevé le film au rang d’oeuvre majeure. Mais le surjeu d’Oprah Winfrey, ou même de Forest Witheaker, décrédibilise Le Majordome.

 Cependant, ce film n’en reste pas moins agréable à regarder, et le peuple afro-américain y verra certainement une nouvelle preuve du changement de la condition noire aux Etats-Unis. Cependant, surtout venant de Lee Daniels, on aurait pu s’attendre à meilleur. Le Majordome demeura dans l’esprit collectif comme une oeuvre sympathique, sans grande ambition critique à l’égard des Etats-Unis. La question est désormais de savoir si ce gentil petit film deviendra, ou non, une machine à Oscar, ce qui, à coup sûr, changerait beaucoup de chose pour Lee Daniels.

Jeune & Jolie

jeune&jolie
Résumé AlloCiné :

Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons.

Jeune & Jolie
de François Ozon,
2013,
avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas…

★★★★★

Quatre saisons au paradis

    Depuis 2010, et la sortie de Potiche, François Ozon occupe une place à part dans le cinéma français. Son oeuvre siège entre le populaire et l’élitisme, un rang que seul les plus grands ont su garder longtemps. En témoignent ses deux dernières réalisations, Dans la Maison et Potiche, qui reçurent un succès public (plus de trois millions d’entrées cumulées) et critique (neuf nominations aux César à eux deux). Jeune & Jolie, son quatorzième long-métrage, s’annonce comme la concrétisation d’une longue et belle carrière. En lice pour la Palme d’Or à Cannes en mai dernier, Ozon ne s’est pas vraiment fait remarquer, au milieu de cinéastes tels que les frères Coen, Roman Polanski ou encore Abdellatif Kechiche. Néanmoins, son oeuvre fut citée dans de nombreux articles, qui décrivaient tous – ou presque – Jeune & Jolie comme un coup de coeur, une réussite.

    Comment s’y prend-t-il ? Comment Ozon parvient-il, sans cesse, à transformer une histoire simple en un objet de contemplation, d’admiration ? Question compliquée, réponse pas si compliquée : François Ozon est un artiste. Son cinéma est poésie, et c’est ce qui explique le charme, hier, de Dans la Maison ou, aujourd’hui, de Jeune & Jolie. A peu près au milieu de ce dernier, on trouve d’ailleurs des vers d’Arthur Rimbaud, extraits de Roman. Ce poème, illustrant l’adolescence de son auteur, évoque dans le film, l’errance adolescente du personnage de Marine Vacth. Cependant, il sert aussi à transmettre à l’oeuvre d’Ozon une dimension poétique, artistique. Et quand le long-métrage d’Ozon ne conte pas ses rimes, il les chante ; comme l’indique le résumé du film, Jeune & Jolie dresse le portrait d’une jeune fille en quatre chansons. La voix de Françoise Hardy, qui résonne à quatre reprises, fascine, charme, par sa douceur, sa naïveté. Cette bande-originale s’accorde donc parfaitement avec l’esprit poétique, artistique d’Ozon. Enfin, la mise en scène du cinéaste apparaît elle aussi, évidemment, comme poétique. Divisé en saisons, le scénario avance ; débutant en été, se clôturant au printemps. La manière de filmer – cadres privilégiés, jeux de lumières – donne également à Jeune & Jolie une beauté poétique. Prenez par exemple la scène banale, reprise plus d’une fois, où Isabelle sort du métro, quittant la pénombre des sous-sols pour la lumière du jour. Alors, poétique or not ?

    Néanmoins, la poésie d’Ozon demeure malsaine, elle aborde un sujet tabou : la prostitution. Jeune & Jolie pourra en déranger certains – je pense notamment à la mère d’une adulescente, femme d’un quadra ou quinquagénaire. En effet, ce film apporte avec lui deux tristes vérités : l’homme trompe (parfois avec des prostitués) et l’enfant couche (parfois en se prostituant). Cependant, ce n’est pas, selon moi, cette facette du film qui déstabilise le plus les spectateurs. L’aspect le plus troublant de Jeune & Jolie réside dans la personnalité d’Isabelle. Le personnage de Marine Vacth, perturbe, par sa façon de penser. On ne comprend pas à quoi elle joue ; pourquoi se prostitue-elle ? pourquoi un tel renfermement ? pourquoi une telle perversité ? Isabelle est-elle possède-elle « le vice en elle », comme il est dit à un moment donné ? Aucune réponse n’est donnée par François Ozon, c’est au spectateur de forger son opinion. Mais cette interrogation, ces questions que l’on se pose en sortant de la salle, n’auraient jamais pu arriver à nos lèvres sans l’impressionnante prestation de Marine Vacht. La jeune actrice, mannequin à l’origine, apparaît comme un être amoral, dépourvue de toute sensualité – bref, un être effrayant. Cette dernière remarque permet d’ailleurs de rappeler le talent qui entoure ce Jeune & Jolie. Puisque nous abordions le cas Vacth, permettons-nous de parler du casting, juste impeccable : Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Charlotte Rampling… Est-il nécessaire de reparler de la technique d’Ozon, largement développé dans le paragraphe ci-dessus ? Je ne crois pas, non. Néanmoins, il est essentiel de rappeler la beauté de ce long-métrage. Jeune & Jolie ne saurait être considéré comme un simple film, c’est une véritable oeuvre cinématographique, union sublime du septième art et de la poésie.

Kick-Ass 2

kick ass 2Résumé IMDb :

Kick-Ass, le lycéen devenu super-héros, rejoint un groupe de citoyens normaux ayant eux-aussi décidés à combattre le crime costumés. Pendant ce temps, Red Mist, devenu le Mother Fucker, prépare une revanche sanglante contre Kick-Ass.

Kick-Ass 2
de Jeff Wadlow,
2013,
avec Aaron Taylor-Johnson, Chloé Grace Moretz…

★★☆☆☆


À bout de souffle 

 Trois ans après le carton du premier opus, Kick-Ass revient, avec l’étiquette du super-héros le plus cool de ces dernières années. Le volet précédent, réalisé par Matthew Vaughn et non par Jeff Wadlow, fut maîtrisé de bout en bout, aussi bien artistiquement que financièrement. En effet, cinématographiquement, on peut assurément considérer Kick-Ass comme l’un des meilleurs « superhero movie » de la décennie, au même titre que les trilogies Spiderman ou Iron Man. Le succès fut également commercial, le film, réalisé avec un budget d’environ trente millions de dollars, en engendra près de cent millions – tout bénef’ donc pour Plan B Entertainement, la société de production gérée par Brad Pitt. L’attente générée par ce second opus était donc énorme.

 Le nouveau commandant de bord, Jeff Wadlow, cinéaste à la carrière pas vraiment brillante, semble s’être attaché à la ligne de conduite de son prédécesseur ; un superhero movie cool, fortement inspiré par le comics d’origine. Malheureusement la sauce ne prend pas. Ce faux-aspect fun – les bulles de bandes dessinées, les blagues potaches – dégage une odeur de bâclé, on ne ressent plus la naïveté, l’originalité du premier épisode. Kick-Ass 2 n’a pas su garder la spontanéité, la simplicité de son aîné. L’œuvre est passée du statut de digne adaptation de comics au rang de film d’action pur, niais et hollywoodien. En témoigne le seul côté positif de cette suite ; sa dimension épique, visible notamment lors de l’affrontement final. Nettement influencées par les Avengers de Joss Whedon, ces scènes de batailles rangées, par groupes – les gentils contre les méchants – confèrent au film de Wadlow une tournure héroïque qu’on n’aurait pu prévoir.

 Cependant, la dimension épique de Kick-Ass 2 est vite rattrapée par les instincts primaires hollywoodiens : le sexe, la violence, la baston, le sang… bref, toute cette animosité si commune au septième art américain. L’humour du premier épisode, largement basé sur la sexualité, était parfaitement dosé ; celui de Kick-Ass 2 se transforme lui en un humour de bof, mix entre la blague de cul de l’adolescent retardé et la blague pipi-caca du môme attardé. Tout ce qui faisait l’originalité de l’œuvre de Vaughn – l’humour donc mais aussi le côté blockbuster indépendant ou l’effet de surprise créé par ce comics si simple et pourtant si jouissif – est bafoué par Wadlow. Le genre du film d’action prime sur le genre du superhero movie. Les questions que posaient le premier volet, sur l’adolescence ou le manque de reconnaissance, sont ignorées par cette suite – car le mauvais blockbuster tient la non-réflexion pour règle d’or. Autre défaut notable, l’américanisation de Kick-Ass. Je m’explique : l’œuvre originale me paraissait indépendante, fait remarquable dans un genre si dollarisé (néologisme) que le superhero movie. Cette suite appelle à la glorification de l’Oncle Sam : la méchante Russie personnifiée en Mother Russia, le courage de la mère Patrie, toujours récompensé face aux supervillain, les références incessantes au Christ… Enfin dernier défaut – le terme déception serait peut-être plus approprié – la prestation de Jim Carey. Le comédien, souvent attendu au tournant mais généralement aux abonnés absents, déçoit, livrant une prestation terne, sans éclat. A l’image du film. Après un Man of Steel frustrant et un Wolverine affligeant, Kick-Ass  appuie la thèse du « jamais deux sans trois ». Le superhero movie des 2010’s suit-il la trajectoire du film d’action des 1980’s ? A savoir, une lente blockbusterisation (re-néologisme) jusqu’à un phénomène d’épuisement du genre, car trop décrédibilisé ? Seul le temps nous le dira.

kick ass 21

L’agenda Ciné

Ce qu’il ne faudra pas manquer en Septembre…

 Une rentrée s’avère-t-elle toujours compliquée ? Dans le petit monde du cinéma, en tout cas, oui. Alors que l’été vient tout juste de s’achever – nous laissant à peine digérer ses blockbusters – septembre débarque, avec une pléiade de bonnes et de mauvaises nouvelles. Commençons donc par le mauvais aspect de cette rentrée. Premièrement, on va devoir se farcir les productions ratées qu’Hollywood n’a pas programmé en août ou juillet – allez savoir pourquoi… Ainsi, Roland Emmerich (2012, Le jour d’après…) et Michael Bay (Transformers) reviennent squatter les écrans du monde entier, au malheur des cinéphiles et au bonheur du ménager de moins de cinquante-ans. Deuxièmement, la fin des vacances rime généralement avec baisse de fréquentation des salles. Après un été maussade, sur un plan strictement commercial, avec notamment une nette baisse des entrées sur les mois de juillet et d’août, on devrait donc assister à une « mini-crise » du secteur, particulièrement dans les petits cinémas. Enfin, troisième et dernier malheur, la retraite de Hayao Miyazaki, un grand monsieur du cinéma, à qui le septième art asiatique, qu’on évoquera un peu plus bas, doit beaucoup.

 Mais ne soyons pas pessimistes ! Comme le clamait Roberto Benigni, la vie est belle ! Tachôns donc de rester positif et ne gardons que le meilleur du cinéma. Comme chaque mois désormais, pressCritik vous a sélectionné huit long-métrages, soit deux films par semaine, qu’il ne faudrait rater sous aucun prétexte. Néanmoins, il n’est pas simple pour tout le monde d’assister à huit séances par mois, faute de temps ou d’argent. C’est pourquoi pressCritik sélectionne trois films, les trois meilleurs films du mois, à voir absolument.

septembre 2

Septembre… en trois qualificatifs

Exotique.

Singapour, Porto Rico, le Chili… La rentrée Ciné vous fera repartir en voyage !

– Avec la sortie d’Ilo Ilo, récompensé à Cannes cette année, l’actu Ciné démontre une nouvelle fois l’importance du cinéma asiatique, de plus en plus présent sur la scène internationale.
– Avec la sortie du dernier Jodorowski, La Danza de la Realidad. Le réalisateur chilien, ambassadeur d’un art – le cinéma sud-américain – pas tellement reconnu, revient avec une autobiographie, remarquée sur la Croisette en mai dernier.
– Avec la sortie de Jimmy P., le long-métrage d’Arnaud Desplechin avec Benicio Del Toro, le Che de Soderbergh. L’acteur d’origine portoricaine y incarne un indien blackfoot traumatisé par la Seconde Guerre Mondiale.

Audacieux.

Avec la sortie de nombreux films classables dans la catégorie Art&Essai :

Ilo Ilo, Caméra d’Or au Festival de Cannes 2013
Ma vie avec Liberace, nommé à Deauville et à Cannes
Jimmy P., adaptation d’une véritable psychothérapie, nommé à Cannes
Tip Top, nommé à Cannes, interprété par des icônes du cinéma indépendant francophone comme François Damien ou Sandrine Kiberlain

Américain.

La moitié des films retenus par pressCritik se revendiquent de l’Oncle Sam… De plus, le Festival du film américain de Deauville ouvre ses portes du 30 août du 8 septembre. Go America !

Blue Jasmine, du new-yorkais Woody Allen
Les amants du Texas, qui, grâce à son titre, ne nécessite aucun commentaire
You’re Next, l’horreur a toujours été américaine. Ou presque
Ma vie avec Liberace, Michael Douglas, Matt Damon, Steven Soderbergh. Made in America

deauville

En septembre, dans les salles…

Ilo Ilo, d’Anthony Chen (04/09) : Caméra d’Or sur la Croisette et éloge de la critique française. Comme quoi, on ne produit pas que des contrefaçons en Asie.

You’re Next, d’Adam Wingard (04/09) : film d’horreur à petit budget, petit succès aux Etats-Unis et petite haie d’honneur dans quelques festivals spécialistes du genre. Une bonne surprise ?

La Danza de la realidad, d’Alejandro Jodorowski (04/09) : l’auto-biographie de celui qui devait réaliser le film SF du siècle, Dune.

Jimmy P., d’Arnaud Desplechin (11/09) : Almaric et Del Toro ont enthousiasmé – et le mot est faible – le tout Cannes avec leur séance de psychanalyse post-guerre. Ils en feront assurément de même avec nous.

Tip-Top, de Serge Bozon (11/09) : la note légère de la rentrée Ciné française. Cette comédie, où l’on retrouvera François Damiens, Isabelle Huppert ou Sandrine Kiberlain s’affiche comme un ovni au milieu d’un paysage humoristique français dominé par les surproductions surpayés.

Ma Vie avec Liberace, de Steven Sodebergh (18/09) : soi-disant la dernière oeuvre de Mr. Soderbergh (Oceans, Che, Magic Mike…). Raison officielle : retraite dument méritée pour un homme qui aura marqué le cinéma des 2000’s.

Les amants du Texas, de David Lowery (18/09) : LA révélation de cette rentrée. Plébiscité par la critique américaine, son succès était d’autant plus innatendu car ce n’est que la première oeuvre du jeune Lowery…

Blue Jasmine, de Woody Allen (25/09) : fini la tournée européenne (Barcelone, Rome et Paris). Le cinéaste new-yorkais revient à ses premières amours : une blonde qui fell in love in America.

la sélection pressCritik…

Septembre

Grand Central

grand central afficheRésumé officiel :

De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Grand Central
de Rebecca Zlotowski,
2013,
avec Tahar Rahim, Léa Seydoux…

★★★★☆

Les Temps modernes

 Après un premier film (Belle épine, 2010) remarqué, et nommé, entre autres, à Cannes et aux Césars, Rebecca Zlotowski revient, encore une fois avec son égérie, la belle Léa Seydoux. Malgré sa jeune carrière, débutée en 2005 seulement, Léa Seydoux peut déjà être considérée comme l’une des actrices les plus importantes du cinéma français. Une petite apparition chez Tarantino, une autre chez Ridley Scott, une troisième chez Woody Allen, puis une nomination au César de la meilleure actrice pour Les Adieux à la Reine, et enfin, tout récemment, une Palme d’Or à Cannes pour La Vie d’Adèle, le chef d’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Et maintenant, un nouveau rôle pour Rebecca Zlotowski. Autour de son égérie, la jeune cinéaste a réuni les talentueux Tahar Rahim (César du meilleur acteur en 2010) et Denis Ménochet (qu’on a pu apercevoir chez François Ozon ou dans Le Skylab). Ajoutez à ce casting de haut-rang un sujet explosif, à savoir le monde du nucléaire, et vous obtiendrez cette très agréable surprise qu’est Grand Central.

 Assez classique à première vue – l’éternel dilemme amoureux à trois : le mari, la femme et son amant – Grand Central parvient cependant à se démarquer, autant sur la forme que sur le fond. Le style choisi par Rebecca Zlotowski semble assez novateur pour ce genre si particulier qu’est la romance au cinéma. En effet, la mise en scène de Grand Central, cadrage, lumière et bande-son, transcrit, par la forme, la tension et le danger que vivent les deux amants en s’aimant secrètement. La mise en scène de Zlotowski joue donc le rôle habituellement occupé par les dialogues, ce qui explique pourquoi il y en a si peu. Néanmoins ce parti-pris – raconter une histoire par la forme – ne peut fonctionner que si la prestation des comédiens suit : notre jeune cinéaste nécessitait donc des acteurs talentueux, capables de s’accorder avec une telle mise en scène. Pari réussi. Tahar Rahim et Léa Seydoux sont tout simplement parfaits, le premier retrouvant son niveau d’Un Prophète, la seconde demeurant égale à elle-même. Leur relation à l’écran nous paraît évidente, quasi-fusionnelle – pouvons-nous prétendre que ce couple marquera l’histoire du cinéma français ? Seul le temps nous le dira. Les autres comédiens, Denis Ménochet, Olivier Gourmet ou encore Johan Libéreau, livrent également des prestations irréprochables, interprétant remarquablement la misère sociale que connaissent une minorité de français.

 Cette dernière remarque rappelle d’ailleurs un aspect, peut-être involontaire mais tout de même présent, dans l’œuvre de Zlotowski : la dimension documentaire de Grand Central. Ce film décrit en effet la détresse, la pauvreté, aussi bien spirituelle que matérielle, d’une partie de la classe ouvrière française. De plus, Grand Central révèle au grand jour les risques qu’encourent les travailleurs de la centrale, exposés en permanence aux radiations et autres maux causés par le nucléaire. Mais le long-métrage de Zlotowski ne saurait être considéré comme une vulgaire fiction documentée. Le nucléaire ne semble être qu’une excuse, un arrière-fond, présent uniquement par souci de crédibilité, servant simplement à illustrer, dans le réel, la dangerosité de la relation amoureuse entre Gary et Karole. Grand Central se distingue nettement de la fiction documentée, c’est une histoire d’amour contemporaine ; une romance complexe. C’est aussi, cinématographiquement parlant, une référence pour le cinéma français actuel, tant au niveau de la mise en scène que de la direction des acteurs. Grand Central est moderne – dans le sens où elle représente le renouveau du cinéma français : un art simple sur le fond, complexe sur la forme.

grand central 1