Grand Central

grand central afficheRésumé officiel :

De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Grand Central
de Rebecca Zlotowski,
2013,
avec Tahar Rahim, Léa Seydoux…

★★★★☆

Les Temps modernes

 Après un premier film (Belle épine, 2010) remarqué, et nommé, entre autres, à Cannes et aux Césars, Rebecca Zlotowski revient, encore une fois avec son égérie, la belle Léa Seydoux. Malgré sa jeune carrière, débutée en 2005 seulement, Léa Seydoux peut déjà être considérée comme l’une des actrices les plus importantes du cinéma français. Une petite apparition chez Tarantino, une autre chez Ridley Scott, une troisième chez Woody Allen, puis une nomination au César de la meilleure actrice pour Les Adieux à la Reine, et enfin, tout récemment, une Palme d’Or à Cannes pour La Vie d’Adèle, le chef d’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Et maintenant, un nouveau rôle pour Rebecca Zlotowski. Autour de son égérie, la jeune cinéaste a réuni les talentueux Tahar Rahim (César du meilleur acteur en 2010) et Denis Ménochet (qu’on a pu apercevoir chez François Ozon ou dans Le Skylab). Ajoutez à ce casting de haut-rang un sujet explosif, à savoir le monde du nucléaire, et vous obtiendrez cette très agréable surprise qu’est Grand Central.

 Assez classique à première vue – l’éternel dilemme amoureux à trois : le mari, la femme et son amant – Grand Central parvient cependant à se démarquer, autant sur la forme que sur le fond. Le style choisi par Rebecca Zlotowski semble assez novateur pour ce genre si particulier qu’est la romance au cinéma. En effet, la mise en scène de Grand Central, cadrage, lumière et bande-son, transcrit, par la forme, la tension et le danger que vivent les deux amants en s’aimant secrètement. La mise en scène de Zlotowski joue donc le rôle habituellement occupé par les dialogues, ce qui explique pourquoi il y en a si peu. Néanmoins ce parti-pris – raconter une histoire par la forme – ne peut fonctionner que si la prestation des comédiens suit : notre jeune cinéaste nécessitait donc des acteurs talentueux, capables de s’accorder avec une telle mise en scène. Pari réussi. Tahar Rahim et Léa Seydoux sont tout simplement parfaits, le premier retrouvant son niveau d’Un Prophète, la seconde demeurant égale à elle-même. Leur relation à l’écran nous paraît évidente, quasi-fusionnelle – pouvons-nous prétendre que ce couple marquera l’histoire du cinéma français ? Seul le temps nous le dira. Les autres comédiens, Denis Ménochet, Olivier Gourmet ou encore Johan Libéreau, livrent également des prestations irréprochables, interprétant remarquablement la misère sociale que connaissent une minorité de français.

 Cette dernière remarque rappelle d’ailleurs un aspect, peut-être involontaire mais tout de même présent, dans l’œuvre de Zlotowski : la dimension documentaire de Grand Central. Ce film décrit en effet la détresse, la pauvreté, aussi bien spirituelle que matérielle, d’une partie de la classe ouvrière française. De plus, Grand Central révèle au grand jour les risques qu’encourent les travailleurs de la centrale, exposés en permanence aux radiations et autres maux causés par le nucléaire. Mais le long-métrage de Zlotowski ne saurait être considéré comme une vulgaire fiction documentée. Le nucléaire ne semble être qu’une excuse, un arrière-fond, présent uniquement par souci de crédibilité, servant simplement à illustrer, dans le réel, la dangerosité de la relation amoureuse entre Gary et Karole. Grand Central se distingue nettement de la fiction documentée, c’est une histoire d’amour contemporaine ; une romance complexe. C’est aussi, cinématographiquement parlant, une référence pour le cinéma français actuel, tant au niveau de la mise en scène que de la direction des acteurs. Grand Central est moderne – dans le sens où elle représente le renouveau du cinéma français : un art simple sur le fond, complexe sur la forme.

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