Jeune & Jolie

jeune&jolie
Résumé AlloCiné :

Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons.

Jeune & Jolie
de François Ozon,
2013,
avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas…

★★★★★

Quatre saisons au paradis

    Depuis 2010, et la sortie de Potiche, François Ozon occupe une place à part dans le cinéma français. Son oeuvre siège entre le populaire et l’élitisme, un rang que seul les plus grands ont su garder longtemps. En témoignent ses deux dernières réalisations, Dans la Maison et Potiche, qui reçurent un succès public (plus de trois millions d’entrées cumulées) et critique (neuf nominations aux César à eux deux). Jeune & Jolie, son quatorzième long-métrage, s’annonce comme la concrétisation d’une longue et belle carrière. En lice pour la Palme d’Or à Cannes en mai dernier, Ozon ne s’est pas vraiment fait remarquer, au milieu de cinéastes tels que les frères Coen, Roman Polanski ou encore Abdellatif Kechiche. Néanmoins, son oeuvre fut citée dans de nombreux articles, qui décrivaient tous – ou presque – Jeune & Jolie comme un coup de coeur, une réussite.

    Comment s’y prend-t-il ? Comment Ozon parvient-il, sans cesse, à transformer une histoire simple en un objet de contemplation, d’admiration ? Question compliquée, réponse pas si compliquée : François Ozon est un artiste. Son cinéma est poésie, et c’est ce qui explique le charme, hier, de Dans la Maison ou, aujourd’hui, de Jeune & Jolie. A peu près au milieu de ce dernier, on trouve d’ailleurs des vers d’Arthur Rimbaud, extraits de Roman. Ce poème, illustrant l’adolescence de son auteur, évoque dans le film, l’errance adolescente du personnage de Marine Vacth. Cependant, il sert aussi à transmettre à l’oeuvre d’Ozon une dimension poétique, artistique. Et quand le long-métrage d’Ozon ne conte pas ses rimes, il les chante ; comme l’indique le résumé du film, Jeune & Jolie dresse le portrait d’une jeune fille en quatre chansons. La voix de Françoise Hardy, qui résonne à quatre reprises, fascine, charme, par sa douceur, sa naïveté. Cette bande-originale s’accorde donc parfaitement avec l’esprit poétique, artistique d’Ozon. Enfin, la mise en scène du cinéaste apparaît elle aussi, évidemment, comme poétique. Divisé en saisons, le scénario avance ; débutant en été, se clôturant au printemps. La manière de filmer – cadres privilégiés, jeux de lumières – donne également à Jeune & Jolie une beauté poétique. Prenez par exemple la scène banale, reprise plus d’une fois, où Isabelle sort du métro, quittant la pénombre des sous-sols pour la lumière du jour. Alors, poétique or not ?

    Néanmoins, la poésie d’Ozon demeure malsaine, elle aborde un sujet tabou : la prostitution. Jeune & Jolie pourra en déranger certains – je pense notamment à la mère d’une adulescente, femme d’un quadra ou quinquagénaire. En effet, ce film apporte avec lui deux tristes vérités : l’homme trompe (parfois avec des prostitués) et l’enfant couche (parfois en se prostituant). Cependant, ce n’est pas, selon moi, cette facette du film qui déstabilise le plus les spectateurs. L’aspect le plus troublant de Jeune & Jolie réside dans la personnalité d’Isabelle. Le personnage de Marine Vacth, perturbe, par sa façon de penser. On ne comprend pas à quoi elle joue ; pourquoi se prostitue-elle ? pourquoi un tel renfermement ? pourquoi une telle perversité ? Isabelle est-elle possède-elle « le vice en elle », comme il est dit à un moment donné ? Aucune réponse n’est donnée par François Ozon, c’est au spectateur de forger son opinion. Mais cette interrogation, ces questions que l’on se pose en sortant de la salle, n’auraient jamais pu arriver à nos lèvres sans l’impressionnante prestation de Marine Vacht. La jeune actrice, mannequin à l’origine, apparaît comme un être amoral, dépourvue de toute sensualité – bref, un être effrayant. Cette dernière remarque permet d’ailleurs de rappeler le talent qui entoure ce Jeune & Jolie. Puisque nous abordions le cas Vacth, permettons-nous de parler du casting, juste impeccable : Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Charlotte Rampling… Est-il nécessaire de reparler de la technique d’Ozon, largement développé dans le paragraphe ci-dessus ? Je ne crois pas, non. Néanmoins, il est essentiel de rappeler la beauté de ce long-métrage. Jeune & Jolie ne saurait être considéré comme un simple film, c’est une véritable oeuvre cinématographique, union sublime du septième art et de la poésie.

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2 réflexions sur “Jeune & Jolie

  1. Plutôt d’accord avec toi quant à l’univers Ozon, poétique et charnel. Néanmoins, le film manque de clarté et demeure trop peu explicite à propos des motivations de la jeune fille.

    • C’est justement ce qui, selon moi, fait le charme de Jeune & Jolie ! Ozon, et Marine Vacht, laissent le spectateur libre de juger Isabelle. Et c’est pour cela que le jeu de Vacht est si « amoral », insensible. Néanmoins, je comprend parfaitement que certains spectateurs puissent ne pas aimer cette « liberté » que nous offre le cinéma de François Ozon.

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