Metro Manila

Metro-Manila-affiche
Résumé AlloCiné :

Aspirant à une vie meilleure, Oscar Ramirez et sa famille quittent les montagnes du nord de la Philippine où ils vivent et viennent s’installer dans la ville de Metro Manila.

Metro Manila
de Sean Ellis,
2013,
avec Jake Macapagal, Althea Vega…

★★★★✩

Metromania

     Quelque chose cloche avec Metro Manila. Ce long-métrage dégage une odeur agréable, mélange de simplicité et de qualité. Réalisé par Sean Ellis – cinéaste qui m’était jusqu’alors inconnu – le film a reçu le prestigieux Prix du public au Festival de Sundance, une palme accordée par le passé à des œuvres telles que Precious (L. Daniels) ou Sugar Man (M. Bendjelloul). L’histoire est, comme dit plus haut, des plus ordinaires : dans une campagne du tiers-monde, un couple pauvre est contraint de s’exiler vers la ville, dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Traduisez par : une histoire d’amour qui va devoir faire face à la corruption causée par l’avarice. Un scénario bête et méchant, donc. Tout ça interprété par une vague asiatique, complètement inconnue du grand public. Quelque chose cloche avec Metro Manila, forcément. « Vous n’arriverez jamais à la perfection », prêchait Salvador Dali. Certes. Cependant, si la perfection reste étrangère à l’homme, l’excellence, elle, ne le semble pas.

   A travers son Metro Manila, Edgar Wright nous propose un modèle de film indépendant. Un petit budget, une histoire banale, un casting amateur suffisent à la réalisation d’un très bon long-métrage. Ainsi, Metro Manila parie d’emblée sur un mélange des genres ; c’est à la fois un thriller, un documentaire et une romance. Le dernier thème, l’amour, est extrêmement compliquée à mettre en place dans un film – et dans une œuvre artistique en général. En effet, il faut concevoir une romance qui ne soit ni trop niaise, ni trop insipide. Ici, Edgar Wright parvient à cet équilibre : bien que romancée, l’histoire ne sombre à aucun moment dans le « nian-nian ». De-là à comparer notre Metro Manila à un Romeo et Juliette du tiers-monde ? Non,  Edgar Wright n’a tout de même pas cette ambition. La dimension documentaire de Metro Manila est là pour nous le rappeler. Le film, réalisé en Philippine, aurait en effet plutôt vocation à interpeller l’Occident. Par exemple, le long-métrage d’Edgar Wright expose les principaux problèmes qui touchent le tiers-monde et les puissances émergentes : la corruption, au cœur du film ; l’immigration rurale, la situation initiale de Metro Manila ; la prostitution, la criminalité, deux sous-thèmes, néanmoins évoqués par le réalisateur. Tout ces aspects montrent au spectateur que Metro Manila ne se contente pas de raconter une histoire, Metro Manila est en fait une réalité fictive. Fictive en deux points : c’est une fiction romantique, comme vous l’aurez compris, et une fiction policière. Le cinéaste insère ainsi enquêtes, voyous mafieux, flics corrompus, suspens, tension… Bref, tous les traits caractéristiques du thriller moderne. Ce dernier point – la tension – apparaît d’ailleurs, paradoxalement, comme l’un des points forts de ce Metro Manila. La mise en scène de Wright, qui joue sur le cadrage et la bande-son notamment, laisse le spectateur se morfondre dans la tension urbaine de Manille… Ajoutez à tout cela quelques bonnes idées, comme le parallèle entre la religion chrétienne et la société capitaliste (Wright alterne des plans montrant, successivement, des figures religieuses puis des plans en liens avec le sexe, l’argent voire le sang. Il associe ainsi Jésus et les vices de notre société). On remarquera aussi un certain talent artistique chez le cinéaste britannique, qui usera plusieurs fois de procédés spécifiques au septième art, telle que la métaphore cinématographique.

   Voilà. Alors, je répète ma déclaration de début – que j’aurais peut-être du formuler sous forme de question – quelque chose cloche-t-il dans Metro Manila ? Et bien, j’affirme que non. Metro Manila est juste un très bon film, agréable à regarder et à travers lequel s’expriment des réflexions intéressantes. Reste à savoir désormais si Edgar Wright ne restera qu’un talentueux conteur d’histoire ou deviendra un cinéaste doué. Laissons donc passer le temps ; lui seul sera juge finalement.

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