Ma vie avec Liberace

ma vie avec liberace Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. (AlloCiné) 

Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra)
de Steven Soderbergh,
2013,
avec Michael Douglas, Matt Damon…

★★★★☆

Behind the camera

  Steven Soderbegh aurait mérité une happy end à l’américaine. Peu importe, ce n’est pas la forme qui compte, mais le fond. Sur la forme, la carrière de Soderbergh ne tient pas de l’american dream, même si on retiendra tout de même quelques succès au box-office hollywoodien (la saga Ocean’s ou Traffic). Mais limiter l’œuvre de Soderbergh à ces deux réalisations serait illégitime. En effet, la cinématographie du cinéaste a plusieurs fois choquée l’Amérique « pure et dure », encore influente dans le pays. Citons-les : Che, le magnifique diptyque sur l’éternel révolutionnaire, reçut un sale accueil chez l’Oncle Sam qui – on le rappelle au cas où – n’a jamais porté dans son cœur les communistes ; Sexe, mensonges et vidéos, pourtant Palme d’or à Cannes en 1989, fut également rejeté par la communauté puritaine d’Amérique. Dernièrement, on croyait Soderbergh réconcilié avec le public de sa terre natale, ses derniers films (Magic Mike et Effets Secondaires) ayant attiré un plus grand nombre de spectateurs que ses œuvres précédentes. Mais voilà, rebelote. Ma vie avec Liberace, un biopic dramatique abordant l’homosexualité de Liberace, icône populaire américaine, a ranimé, de plus belle, la haine de l’Amérique « pure et dure ». Ainsi – comble de la honte pour le pays du septième art – le film, jugé « trop gay » par les distributeurs de l’Oncle Sam, s’est retrouvé à la rue. L’ultime réalisation cinématographique de Soderbergh, nommée – et applaudie ! à Cannes et Deauville, a failli ne pas être distribué aux Etats-Unis. Heureusement, HBO, l’ambitieuse chaîne câblée, a flairé le bon filon, décidant de diffuser Ma vie avec Liberace… sur le petit écran. Le résultat ? Record d’audience avec près de trois millions de téléspectateurs. Prévisible ? Pas forcément, le cinéma de Soderbergh, bien que d’une grande qualité quand on regarde l’œuvre dans son ensemble, fit preuve d’irrégularité – et c’est normal ! Soderbergh n’a jamais été un grand cinéaste, simplement un bon réalisateur, hésitant souvent entre le blockbuster et l’indépendant. « Malheureusement » pour lui, sa toute première œuvre remporta la Palme d’or – le genre de récompense qui vous classe d’emblée comme un cinéaste de légende. Son ultime œuvre, Ma vie avec Liberace, révèle, rappelle, parfaitement ce que furent les réalisations de Soderbergh ; des longs-métrages corrects, voire admirables, que les acteurs poussent cependant vers le haut. Après Benicio Del Toro dans Che, Channing Tatum dans Magic Mike puis Effets secondaires, c’est Michael Douglas qui prend la relève.

 L’acteur américain magnifie tout simplement le film de Soderbergh. Son interprétation de Liberace, un personnage qui pousse facilement à la caricature par son excentricité, est juste bluffante. Michael Douglas, par sa grâce, sa classe – qui firent de lui l’homme le plus sexy dans le monde au début des années 90’s – illumine Ma vie avec Liberace. Démasculinisé, faible, peureux… Son personnage avait tout pour décontenancer le sex-symbol du Hollywood pré-XXIè siècle. Mais non, rien à faire. Mis-à-part, peut-être, contempler le talent, libéré et rayonnant comme jamais, de Michael Douglas. Le comédien donne à l’icône américaine une dimension tragique, représentative des travers, des méfaits, de la gloire. De plus, la paire qu’il forme avec Matt Damon est elle aussi remarquable ; le couple, dans un premier temps surprenant, parvient, par la suite à séduire le spectateur. Leur duo, si improbable qu’il puisse paraître, nous saisit, par un inexplicable mélange de réalisme et de romantisme. La « beauté cinématographique » qui se dégage du couple Douglas/Damon devrait marquer à jamais les carrières de ces deux artistes. Même si la prestation de Michael Douglas reste l’aspect le plus intéressant de Ma vie avec Liberace, il ne faut pas négliger la réflexion de Soderbergh, elle-aussi extrêmement captivante. Le cinéaste semble voir le personnage de Liberace comme une personnification du rêve américain – à travers cette idole, il expose les deux facettes du mythe de la gloire américaine. A première vue, Liberace a tout du rêve américain : les paillettes, l’opulence, la foi en Dieu – et surtout en lui-même, la réussite exclusivement due à son mérite, le bonheur… Toute cette dimension « american dream » se reflète à travers la mise en scène de Soderbergh. Ce dernier filme, dans une première partie, avec une lumière forte et dense, cadrant au mieux les larges sourires de Liberace… Mais tout cela n’est que paraître. Au fur et à mesure que l’histoire avance, Soderbergh explore et expose la fausseté de son personnage ; il est refoulé sexuellement, subit des opérations de chirurgie esthétique… Le véritable Liberace est en fait un être seul, vivant dans le vice et l’argent – belle personnification de la société américaine, individualiste, faussement puritaine et dirigée par le dollar… Peut-on alors considérer Ma vie avec Liberace comme une vive critique de la société américaine ? Non ; l’œuvre de Soderbergh n’avait certainement pas cette prétention. Je pense plutôt que Ma vie avec Liberace décrit le portrait d’une idole américaine – et donc, à travers elle, les Etats-Unis. Et, de cette manière, le long-métrage de Soderbergh en dit plus sur la société américaine que la plupart des films actuels ; pour prendre un exemple récent, Le Majordome, de Lee Daniels.

 Sublimée par un Michael Douglas au sommet de son art, la dernière œuvre de Steven Soderbergh clôt la carrière cinématographique de son réalisateur sur une note positive. Il ne nous reste plus qu’à attendre le futur projet de Soderbergh, qui devrait être une série… diffusée par HBO ?

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