Blue Jasmine

blue jasmine   Alors qu’elle voit sa vie voler en éclat et son mariage avec Hal, un homme d’affaire fortuné, battre sérieusement de l’aile, Jasmine quitte son New York raffiné et mondain pour San Francisco et s’installe dans le modeste appartement de sa sœur, Ginger, afin de remettre de l’ordre dans sa vie. (AlloCiné)

Blue Jasmine
de Woody Allen,
2013,
avec Cate Blanchett, Alec Baldwin…

★★★★☆


Les matins se suivent et se ressemblent

   Après un long exil européen – une tournée de quatre ans qui l’aura vu visité Barcelone, Londres, Paris et Rome – Woody Allen est enfin de retour au pays. Retour au pays rime-t-il avec retour à la tragédie ? Après plusieurs romances joyeuses et rêveuses, le cinéaste américain a décidé de retourner à la comédie dramatique, un des nombreux genres dans lequel il excelle.

   Dès les premières minutes de Blue Jasmine, on remarque le style Woody Allen. L’humour fin du cinéaste new-yorkais est reconnaissable entre milles : comique de situation, comique de mots, comique de gestes… La scène d’ouverture, un dialogue aéroportuaire entre Jasmine et une vieille passagère, réunit d’emblée les trois formes humoristiques. Sans jamais en abuser, Woody Allen use de toutes les formes de comiques afin de faire rire, toujours en finesse, le spectateur. En témoigne l’invraisemblable passage où le personnage de Cate Blanchett assiste, dans un mélange d’aberration et de désespoir, à la ridicule séduction de l’ami de Chili. Entre comique de situation et caricature sociale, l’humour de Woody Allen fascine, par sa finesse et son intelligence.

   On reconnaît également d’emblée le style Allen par la mise en scène, typique de l’artiste new-yorkais. Satire tragique de la société américaine, Blue Jasmine est, par son scénario, ses personnages, sa mise en forme, digne des meilleurs Woody Allen. Ainsi, comme ce fut le cas avec toutes les autres œuvres du cinéaste, Blue Jasmine dresse le portrait de notre société. Woody Allen expose la culture occidentale, ici personnalisée par San Francisco et New York, et en dessine une satire, une caricature. En effet, toute la société américaine est représentée à travers Blue Jasmine : les classes aisées (les personnages interprétés par Peter Sarsgaard et Alec Baldwin par exemple), la middle-class (le couple Augie/Ginger), les White Trash (le couple Chili/Ginger)… Certains personnages, Augie et Chili ou Hal et Jasmine, sont de véritables caricatures sociales, ils parodient la réalité sociétale. Et à travers le délicat et subtil art de la caricature s’exprime toujours, non seulement de l’humour, mais aussi une profonde critique.

   Les personnages et l’histoire relèvent donc typiquement du cinéma de Woody Allen. Qu’en est-il de la mise en forme ? La façon de filmer – cadrage, plans, couleur, luminosité etc. – tient bien de Woody Allen : on reconnaît la gaieté du cinéaste new-yorkais, qu’il exprime à travers des plans simples, animés par des couleurs et des lumières vives, souvent accompagnée par une bande originale rétro qui confère à Blue Jasmine une grâce que n’avaient pas Minuit à Paris et To Rome with Love. La caméra de Woody Allen séduit, elle donne un certain charme à son œuvre. Le réalisateur américain transforme une stupide déprime, une descente aux enfers en une magnifique tragédie shakespearienne, contemporaine, moderne et colorée. Woody Allen a ce don artistique, si rare, qui permet de métamorphoser la banalité en beauté.

   Tandis que les précédents films du cinéaste pêchaient, entre autres, à cause de leurs castings, Blue Jasmine brille lui, par sa direction d’acteur. Alors que la direction de To Rome with Love semblait miser sur le glamour (Penelope Cruz, Ellen Page) et la renommée (Roberto Benigni, Jesse Eisenberg), sans trop se préoccuper du résultat sur le grand écran, celle de Blue Jasmine a elle prit la direction inverse, misant sur un casting relativement peu connu mais extrêmement talentueux. Ainsi, les rôles titres ont étaient confiés a l’excellent Alec Baldwin, un grand artiste au talent souvent sous-estimé, et à la formidable Cate Blanchett, bluffante par la vision qu’elle donne de la dépression, de l’hystérie et de la solitude. Alternant à merveille entre le comique et le tragique, Cate Blanchett nous charme et livre une prestation impressionnante de maturité. Les rôles secondaires sont eux aussi parfaitement distribués, le personnage de Ginger, agaçant tant il est bien interprété, et ceux de ses amants successifs, caricaturent subtilement la middle-class américaine.

   Au final, rien de bien nouveau à retenir de ce Blue Jasmine, ce n’est rien d’autre qu’un remarquable  long-métrage à rajouter à la filmographie du grand Woody Allen. Après un petit passage à vide, le cinéaste new-yorkais renoue avec ses plus belles heures – celles ou il filmait la tragédie contemporaine que sont les Etats-Unis d’Amérique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s