Homeland – Saison 2

Bienvenue chez Edward Snowden

 Jeudi soir, après onze épisodes d’une angoisse et d’une nervosité propre à la série, s’est clôturé la deuxième saison d’Homeland. Diffusée sur Canal+, l’une des chaînes TV françaises références en termes de série, la deuxième saison, souvent fatale aux œuvres télévisuelles, fut un véritable succès, attirant près d’un million de téléspectateurs chaque jeudi soir devant la chaîne cryptée.  Ce n’était pourtant pas évident ; l’intrigue aurait largement pu s’arrêter à la fin de la première saison – et ainsi rentrer dans l’Histoire de la Télévision américaine. Mais, Alex Gansa et Howard Gordon, probablement intéressés par l’idée de créer une suite aux aventures terroristo-paranoïaques d’Homeland, mais surtout séduits par l’argent en jeu derrière le succès de la série, se sont lancés dans ce projet un peu fou : créer une suite à une production déjà achevée.

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 Petit rappel scénaristique pour ceux n’ayant pu suivre l’odyssée de Nick Brody (SPOIL des saisons 1&2). Brody, soldat américain engagé en Irak au début des années 2000, est laissé pour mort, tué au combat. Huit ans plus tard, lors d’un raid, le sergent Nicholas Brody est retrouvé vivant dans un vieux bâtiment d’Afghanistan ; le Marine a en fait, dans le plus grand secret, été retenu prisonnier par Al-Qaeda pendant une dizaine d’années ! Ramené au pays et acclamé en héros national, le sergent retrouve sa famille, et la vie civile. Mais plusieurs problèmes apparaissent vite : sa femme s’était recasée depuis quelques années, ses enfants ne reconnaissent plus leur père et surtout, une agent de la C.I.A., Carrie Mathison, imagine une théorie du complot ; le sergent Brody aurait été retourné par Al-Quaeda, et il préparerait un attentat terroriste contre les Etats-Unis…

 Comme dit plus haut, le dénouement de la première saison semblait avoir mis un terme à Homeland. En effet, on savait que Brody était un terroriste et qu’il préparait un attentat contre l’Amérique, Carrie Mathison a été déclarée comme folle et inapte à travailler pour la C.I.A., et la romance, aussi improbable que géniale, entre nos deux protagonistes se trouve au point mort… Mais là réside la force d’Homeland : alors qu’on croit que tout s’arrange ou s’éclaircit, un coup de théâtre intervient et l’histoire s’en trouve métamorphosée. L’équipe scénaristique d’ Homeland, Alex Gansa et Howard Gordon, à l’origine, entre autres, de X-Files et de 24 heures chrono, a de l’expérience et a déjà prouvé par le passé qu’elle était capable du meilleur… comme du pire. Cette deuxième saison débute donc dans l’inconnu, nos deux personnages paraissant complètement perdus car ils ont tout les deux échoués à accomplir leurs buts respectifs : commettre un attentat contre le vice-président pour l’un et démasquer un terroriste pour l’autre. Ainsi, l’intrigue de cette suite se base sur la carrière politique de Brody (le soldat, héros national, est courtisé par tous les politiques du pays) et le rappel, uniquement intéressé, de Carrie dans la C.I.A. (celle-ci est rappelée, car une femme iranienne, affirmant avoir des infos sur un attentat, promet de parler si elle rencontre Carrie, son unique contact américain).

Homeland

 Homeland 1.0 abordait principalement les problèmes propres à l’Amérique post-9/11 : la paranoïa des services secrets, la glorification prématurée et illégitime de l’armée et de ses soldats, les massacres commis en Irak et en Afghanistan… Mais Homeland 1.0 traitait également de thèmes touchant les sociétés occidentales en général, comme la surmédiatisation, la vision contemporaine de la famille ou encore la politique grand spectacle. Dans cette deuxième saison, Gansa et Gordon ont décidés de davantage s’intéresser au personnage de Nick Brody, et des relations qu’il noue avec sa famille, avec Carrie, ou encore avec Abu Nazir. Moins politique que la saison précédente, Homeland 2.0 a voulu se redéfinir, tout en gardant les bases qui ont assurés son succès : l’inattendu, la tension et la paranoïa généralisée. L’inattendu arrive quasiment à chaque fois, chaque épisode ayant le droit à son coup de théâtre qui relance l’intrigue, et l’intérêt, de la série. Essentiel à tout feuilleton télévisuel, le retournement de situation trouve, à travers Homeland, un véritable modèle, une référence. La tension, peut-être moins présente que dans la saison précédente, s’exprime principalement au début de l’œuvre, jusque la tuerie de Gettysburg. Entre les scènes au Liban (ep. 1,2 et 3), la tentative d’assassinat d’Abu Nazir (ep. 2) ou encore le « On a perdu Brody » des épisodes 8 et 9, le spectateur n’a tout de même pas de quoi se plaindre, la tension demeurant un fond permanent et un trait caractéristique d’Homeland. Enfin la paranoïa, quoi que moins bien réussie que dans la saison une, se personnifie non-plus dans le couple Carrie/Brody, déjà démasqué, mais dans le duo Quinn/Estes, mystérieux et inquiétant jusqu’au dénouement de cette deuxième saison.

 Néanmoins, le peu d’intensité qu’Homeland perd avec cette saison deux, il le gagne en complexité. Les affaires personnelles, comme la vie de famille difficile de Brody ou la romance impossible avec Carrie, s’accumulent et le duo Carrie/Nick n’est plus le centre de l’attention. Ainsi, la fille de Brody, Dana, en pleine crise d’adolescence, devient un des personnages majeurs de cette suite, tout comme les membres de la famille de son petit ami, les Walden, le père (le vice-président, camarade politique de Nick), la femme (partenaire et rivale de Jessica) et le fils (petit-ami de Dana), eux aussi nécessaires à l’histoire. Saul, le coéquipier de Carrie, voit lui aussi son importance narrative augmenter, comme le montre le dernier plan de cette saison, quand la caméra se focalise sur son sourire. Cet ultime passage, où l’on voit Saul prier en hébreu devant plusieurs centaines de cadavres (une scène évoquant forcément le massacre de la Shoah) vient nous rappeler qu’Homeland n’est pas qu’une simple série à gros budget. Evidemment, Homeland ne prétend pas être une série conceptuelle, une série d’auteur, mais elle ne peut non plus être assimilée aux réalisations commerciales que les chaînes américaines produisent à la pelle. C’est d’ailleurs cela qui en fait le charme, c’est ce qui distincte Homeland de 24 (production typiquement américaine) ou de Boardwalk Empire (production d’auteur américain). Alex Gansa & Howard Gordon n’ont jamais eu la prétention de rentrer dans l’Histoire de la Télévision américaine, ils voulaient juste créer une œuvre, évoquant les problèmes contemporains aux Etats-Unis, tout en restant grand public, réalisant ainsi le compromis parfait entre action et réflexion.

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 La troisième saison, actuellement en tournage, serait prévue pour la rentrée 2013. Le scénario, relancé après la disparition de nombreux personnages, l’exil forcé de Nick vers le Canada, la promotion de Carrie et l’apparition d’un nouveau chef terroriste, promet de belles choses. En attendant septembre, les spectateurs pourront jeter un œil à Hatufim, la série israélienne ayant inspiré Homeland. Diffusé il y a quelques semaines sur Arte, Hatufim s’intéresse davantage au retour du soldat dans sa famille quand Homeland privilégie lui le retour de l’individu dans la société.

PS : Vous aussi, vous ne tuez que des méchants ? Engagez-vous dans la C.I.A. de David Estes. Ci-dessous, quelques liens vers les formulaires d’inscription… :

http://www.sho.com/sho/homeland/home
http://www.imdb.com/title/tt1796960/
https://twitter.com/pressCritik

Homeland (saison 2)
d’Alex Gansa et Howard Gordon,
2013,
avec Damian Lewis, Claire Danes…

playlist #DaftPunk

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Phoenix – Homework (1997)
Revolution 909 – Homework (1997)
Around  The World – Homework (1997)
Something about us – Discovery (2001)
Nigthvision – Discovery (2001)
Veridis Quo – Discovery (2001)
Voyager – Discovery (2001)
Superheroes – Discovery (2001)
Television rules the nation – Human After All ( 2005)
Emotion – Human After All (2005)
Make Love – Human After All (2005)
Giorgio by Moroder – Random Access Memories (2013)
Touch – Random Access Memories (2013)
Contact – Random Access Memories (2013)
Harder Better Faster Stronger Alive – Alive 2007 (2007)

PS : ci-dessous, les photos exclusives des Daft Punk sans leurs casque…
http://www.daftalive.com/
http://www.zerochan.net/Daft+Punk

Yeezus

 God bless America

 14 juin 2013 ; YouTube et Twitter partagent le leak de Yeezus, le dernier album de Kanye West, dont la sortie officielle est prévue quatre jours plus tard. Le leak fait vite le tour du monde, circulant d’une page Facebook à l’autre en rien de temps. La fuite illégale se transforme finalement en une campagne de pub planétaire, au succès fulgurant – tellement remarquable qu’on en vient à se demander si Kanye West ne serait pas, volontairement, derrière tout ça… Car cette fuite « illégale et illégitime » de Yeezus aura, tout compte fait, bien aidé Kanye à promouvoir son sixième album. En effet, quoi de mieux, dans le monde du 21ème siècle, qu’un buzz internet mondial pour vendre un produit ? Il semble donc que ce leak ne fut rien d’autre qu’un outil publicitaire, destiné avant tout à parler de l’album, quelques jours avant sa sortie officielle… L’équipe de Kanye West avait pourtant, comme d’habitude, usé de grands moyens pour la propagande de ce Yeezus ; projection du clip de New Slaves dans les plus grandes villes du monde (de New York à Paris, en passant par Johannesburg ou Melbourne), prestations remarquées dans des émissions américaines renommées, sessions d’écoutes privées, en avant première, pour les journalistes européens et nord-américains… Les critiques ont d’ailleurs, en majorité, très bien accueilli cet album, considéré par beaucoup comme une pièce essentielle de l’œuvre du rappeur américain.

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 Kanye West, après avoir revisité la pop dans Graduation, ou les bases du hip-hop dans Watch The Throne, se lance, avec Yeezus, dans une sorte d’électro underground, mélange de musique tribale et de techno. Et pour cette virée dans le monde de la nuit, Kanye West fait appel aux maîtres incontestés de la musique house : Skrillex, roi de la dubstep, et les Daft Punk, chefs de file de l’électro depuis une vingtaine d’années… Mais n’oublions tout de même pas que Kanye est avant tout un rappeur. Il est donc la plupart du temps accompagné par les pionniers du genre – de Travi$ Scott, à la production, à Kid Cudi, en featuring sur Guilt Trip

 Yeezus nous plonge dans un monde noir, violent et terrifiant. On entend sans cesse des cris, des hurlements, mais aussi des voix poussives, à bout de souffle. A plusieurs reprises, la musique se coupe – puis revient, plus forte, plus brute pour surprendre et effrayer un public, déjà déstabilisé par une ambiance lourde et pesante. Si My Beautiful Dark Twisted Fantasy était un rêve, Yeezus est assurément un cauchemar. Avec cet album, Kanye West impose un flow monstrueux et impressionnant, comme l’illustre à merveille Black Skinhead, deuxième titre de l’œuvre. Agressif dans un premier temps, Yeezus se calme par la suite, laissant place à la belle voix de Frank Ocean ou de Nina Simone, dont on entend quelques bribes sur Blood on the leaves. Si le son, l’atmosphère nous emporte sur une autre planète, on ne peut pas malheureusement pas en dire de même des paroles. Les thèmes de l’album sont, en effet, assez basiques. Quelques clashs, notamment sur les « accusations » vis-à-vis d’une prétendue homosexualité de Kanye (pour le clash, se conférer à I’m in it – le titre étant déjà assez explicite me semble-t-il). Quelques réflexions sur la société américaine (la consommation, les blancs), le star-system (l’ultra-médiatisation, le show-business)… Mais surtout beaucoup d’égo, comme le montre la troisième piste de l’album, I’m a God. En permanence dans un trip égocentrique, Kanye West, qui se considère comme un génie, au même titre que les plus grands artistes des siècles précédents, se définit désormais comme Yeezus, contraction de Yeezy, un nom de scène, et de Jésus, un type plus ou moins lié à la religion… Cependant, ne prenez pas ceci pour un blâme ! ce narcissisme artistique est ce qui définit Kanye West, ce qui le différencie et fait qu’il est l’un des meneurs du hip-hop US depuis une dizaine d’années.

 Comme Kanye l’a affirmé, aucun extrait de cet album ne devrait passer sur les ondes – tellement cette musique est inclassable, mélange incompréhensible de beauté, de puissance et de violence. Sorte d’OMNI (Objet Musical Non Identifié), Yeezus marque une nouvelle étape dans l’œuvre de Kanye West, une étape sombre, agressive, littéralement cauchemardesque. L’album possède déjà quelques titres références, comme New Slaves, en featuring avec Frank Ocean, prince du R’n’B américain, ou encore Black Skinhead, bande-son de la BO du prochain Scorcese… Rien que ça.

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PS : Si Kanye West est Jésus, qui est Kim Kardashian ? Pourquoi le fils de Kanye s’appelle-t-il Nord Ouest ? Vous trouverez les réponses à toutes vos questions inutiles aux liens suivants… :

http://www.kanyewest.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yeezus
https://twitter.com/pressCritik

Yeezus
de Kanye West,
2013,
avec Daft Punk, Travi$ Scott, Frank Ocean…

Real Humans

Et vous, seriez-vous prêt à acheter un hubot ?

 Arte diffusait hier soir le dernier épisode de la série événement de ce début d’année. Plébiscité unanimement par la critique, Real Humans a également séduit de nombreux spectateurs français et est un véritable succès, inattendu, pour la chaîne franco-allemande (plus d’un million de hubots derrière leurs petits écrans pour les premiers épiosdes). Lars Lundström ne s’attendait probablement pas à un tel triomphe pour sa série de science-fiction, un genre assez restreint et qui freine les ardeurs de plus d’un spectateur. Pourtant, grâce à sa réussite en Suède, l’excellente réception des médias français et quelques campagnes publicitaires alléchantes, Real Humans a su se faire attendre et s’impose désormais comme un classique de l’art télévisuel.

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 Comment une simple histoire de robots a-t-elle pu récolter un tel succès ? Car Real Humans, à la lecture des synopsis et autres résumés, ne semble guère différer d’I-Robot ou Terminator. Ainsi, Lars Lundström nous emmène dans une Suède alternative, l’action a l’air de se dérouler dans un futur proche, voir à notre époque… Dans ce monde, les humains ont appris à cohabiter avec les hubots, des androïdes, censés nous aider dans les tâches de la vie quotidienne, comme le ménage, la cuisine ou les courses. Certains hubots, reprogrammés illégalement, sont même capable de devenir votre nouveau partenaire sexuel. Voila pour le contexte. Non, ne vous inquiétez pas, Real Humans n’est la variante robotique du tranquille et paisible Desperate Housewifes. Il y a une intrigue policière, comme les écrivent si bien les artistes nordiques (pardonnez le cliché). Par conséquent, un savant-fou joue à Dieu et crée une nouvelle race de hubots, doués de sentiments. Ce petit groupe de robots affranchis est, par la suite, lâché dans la nature, et à partir de là, ça commence à déraper.

 Le succès de Real Humans est, en premier lieu, du à la qualité de la série en elle-même. Lars Lundström réunit tout les ingrédients nécessaires à la création d’une bonne série. Un contexte réaliste, proche du notre. On a en effet plusieurs fois l’impression de voir notre ville, nos voisins dans la série. Un scénario à rebondissement, qui relie tout les personnages entre eux. L’intrigue tourne principalement autour de Leo, il va rassembler tout le monde autour d’une seule affaire. Les retournements de situation sont multiples, malgré un départ assez lent et un finish un poil décevant. Enfin, Lars Lundström réussit le compromis entre comédie et drame. Real Humans alterne passages humoristiques et scènes angoissantes, mais aussi histoires d’amour et meurtres. On passera de l’irrésistible Lennart, un papy attachant par sa simplicité et sa joie de vivre, à la terrible Niska, une hubot sanguinaire et terrifiante.

 Real Humans doit aussi son succès à ses hubots, ces androïdes géniaux, à la fois drôles, serviables et horriblement perturbants. Notre avis concernant ces robots humanoïdes évolue au fil des épisodes. D’abord présenté comme de simples domestiques, ou au pire des performeurs sexuels, les hubots dérangent assez rapidement le spectateur, par leur ambigüité. Ne sont-ils que de simples « cerveau windows » ? – un joli surnom provenant de leurs détracteurs. Leur aspect niais, prenez le hubot Odi ou le compagnon de Leo, n’est qu’un premier abord. Quand on leur demande s’ils pensent, ou s’ils ont une histoire, soit deux traits propres et unique à l’humanité, ils répondent que non. Mais ils interrogent aussi les humains, en leur demandant si tous leurs comportements ne seraient finalement pas eux aussi guidés, préétablis mécaniquement. Finalement, le hubot est-il un humain ? Ou l’humain est-il une machine ?

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 Ce n’est qu’une des nombreuses réflexions que pose Lars Lundström dans Real Humans. L’absurdité de notre société, basée sur la consommation, se révèle dans une scène où un hubot affranchi se prend de passion pour un magazine Ikea. Le problème de la tolérance se pose lorsqu’un hubot ne comprend pas une relation homosexuelle, car elle lui semble déraisonnable, illogique. Certaines répliques donnent un constat glaçant de l’humanité : « Finalement, la majorité des êtres humains sont stupides », affirme l’un des personnages – son interlocuteur confirmant ces propos en rétorquant par un rire imbécile, signe d’une débilité profonde. Mais Lars Lundström ne livre pas qu’une critique de notre monde. Il cherche aussi l’espoir, par exemple à travers ce hubot qui s’émerveille devant la religion, lisant sans cesse la Bible et allant même à la messe un dimanche matin. Real Humans expose aussi les faiblesses de l’homme, comme la solitude ou la déraison. L’homme faible se personnifie en Roger qui, seul suite au départ de sa femme et de son fils, tombe dans le fanatisme : le terrorisme anti-hubot. Vous ne voyez là qu’une mince partie des réflexions que pose Lars Lundström dans Real Humans car, sinon, la liste serait beaucoup trop longue (et ça spoilerait, en plus).

 Savant mélange de science-fiction, de policier et de comédie dramatique, Real Humans ne pourra que vous plaire. Les hubots de Lars Lundström n’ont pas fini de nous inquiéter, la saison deux étant actuellement en tournage et la saison trois en cours d’écriture… Real Humans s’impose d’ores et déjà comme un classique de la série TV, une œuvre incontournable à ne rater sous aucun prétexte.

 PS : achetez votre hubot sur https://twitter.com/pressCritik

de Lars Lundström,
2012,
avec Andreas Wilson, Lisette Pagler, Pia Halvorsen…

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Walking Dead

 Walking Dead, avant d’être une série TV, est une BD, ou plutôt un comic, créé par Robert Kirkman et Frank Darabont. A ce jour, dix-sept numéros ont été publiés par Image Comics, l’un des plus gros éditeurs de bandes dessinées américain. Walking Dead est un véritable phénomène culturel, accumulant les succès commerciaux, avec près de deux millions d’exemplaires vendus dans le monde et une adaptation télévisuelle remarquable, diffusée par AMC (Mad Men, Breaking Bad…).

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 L’histoire semble pourtant assez banale, elle décrit, à première vue, une Amérique zombifiée dans laquelle des survivants tente de s’en sortir. Le personnage principal est Rick, un flic qui se réveille d’un long coma et découvre ce monde absurde, infesté de morts-vivants et dépourvu de la moindre humanité. Après avoir, en vain, fouillé sa petite ville pour retrouver sa famille, il décide de partir pour Atlanta, où une résistance armée se serait formée.

 Gare aux apparences, Walking Dead ne ressemble pas à tout ces prétendus films d’horreur, sanguinolents, plus ennuyant qu’effrayant – non. Bien au contraire, Walking Dead, comme le dit le scénariste Robert Kirkman, c’est bien plus que ça ! Une véritable dystopie apocalyptique, qui montre un univers violent, désespéré et dément. C’est avant tout un monde absurde, envahi de morts-vivants qui semblent être apparus sans aucune raison. Rick trouve néanmoins une raison de se battre dans cette nouvelle vie : retrouver sa femme et son fils, tous deux disparus. Mais ce but, qu’il se donne, ne sera pas atteint aisément, car ce monde, qui lui est inconnu, baigne dans une violence extrême. Les zombies, toujours plus nombreux, mordent tout être humain se trouvant à leur portée, afin qu’à leur tour, ils deviennent des morts-vivants. La société survivaliste devrait donc développer donc des traits individualistes : la loi du plus fort reprend ses droits, chacun ne doit penser qu’à sa survie, l’étranger est toujours un inconnu, susceptible d’être dangereux, avant d’être un être humain… Pourtant, allant au delà des à-priori décrivant une humanité violente, Walking Dead  expose une toute autre vision du monde apocalyptique : une société humaniste, d’entraide, où les hommes, bien qu’ayant toujours des problèmes (mineurs, comme la jalousie, la tristesse ou l’angoisse), se concentrent davantage sur la survie du plus grand nombre que sur la satisfaction de leurs désirs personnels.

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 Le comic s’attache principalement à l’évolution des personnages et de leurs comportements (leurs attitudes face à des difficultés personnels, comme le deuil, ou leurs réactions face à des soucis majeurs, comme la survie), ne s’intéressant finalement que très peu aux morts-vivants. Ces zombies ne sont présents que dans le seul but de « justifier » ce cadre apocalyptique, quoi que la justification de leur apparition n’est pas donnée. Dessiné en noir et blanc et dans un style comics, Walking Dead se lit avec un plaisir visuel et lexical, les dialogues étant, assez curieusement, par rapport à la vision que je me faisais du comics, très bien écris. Pourtant pas un très grand fan de bandes dessinées à l’origine, Walking Dead m’a séduit, dès les premières pages. Le seul bémol de ce format (la BD ou le comics) reste le prix, environ une quinzaine d’euros pour un numéro datant de 2003… Mais ce n’est pas un problème essentiel. Walking Dead  m’a permis de m’ouvrir à ce vaste genre littéraire, souvent sous-estimé, qu’est la bande dessinée et à son sous-genre, le comics.

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Get Lucky – Daft Punk
Breezeblocks – Alt-J
Glod on the celling – The Black Keys
Crystalised – The Xx
She’s a Rainbow – The Rolling Stones
Heroes – David Bowie
Back Door Man – The Doors
Monkey gone to Heaven – The Pixies
Lithium – Nirvana
Genesis – Justice
1986 – Kavinski
Voyager – Daft Punk
La Morale – Orelsan
Pam Pa Nam – Oxmo Puccino
Jeunesse lève-toi – Damien Saez

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Boardwalk Empire

de Terence Winter,
2010,
avec Steve Buscemi, Michael Pitt, Kelly Macdonald…

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Scorcese, sur petit écran

 Boardwalk Empire est une série « made in HBO », adulée par la critique américaine, coproduite par Martin Scorcese et ayant pour acteur principal un comédien de renommée internationale, j’ai nommé Steve Buscemi. HBO n’est autre que la chaîne référence en matière de créations télévisuelles (Rome, Sex and the City ou, plus récemment, Game of Thrones). La critique américaine dicte, en général, au reste du monde «LE produit culturel à suivre pour les prochaines semaines ». Martin Scorcese n’est plus à présenter (Taxi Driver, Gangs of New York, Hugo Cabret…). Et enfin, Steve Buscemi, méconnu du grand public mais admiré par nombre de cinéphiles, a, entre autres, jouer pour Tarantino, les Frères Coen ou encore prêté sa voix aux studios Pixar. Bref, Boardwalk Empire avait toutes les clés en main pour devenir une série culte.

 Terence Winter, le réalisateur, a pris pour cadre la joyeuse Atlantic City, le Las Vegas de la côte est, comme le surnomme les américains. L’action se déroule dans les années 20’s, en pleine prohibition. Le maire d’Atlantic City, Enoch Thompson, se lance dans le commerce, illégal, d’alcool – un business essentiel pour une ville de débauche, et pour la fortune du maire. De nombreux personnages, auquel la série s’attache plus ou moins, sont associés au trafic de loin ou de près. Ainsi l’histoire s’attarde sur Elias Thompson, le chef, corrompu, de la police d’Atlantic City, et le frère du maire, ou bien James Darmody, un jeune homme qui, à peine revenu de la Grande Guerre, se lance dans le commerce.

 De manière générale, Boardwalk Empire est une excellente série. Tout les ingrédients nécessaires sont réunis : des personnages tous reliés entre eux d’une manière ou d’une autre, possédant des traits de caractères à la fois ambigus et attachants, une intrigue bien ficelée avec des retournements de situations et des rebondissements à la fin de chaque épisode, une ambiance réaliste… Boardwalk Empire repose énormément sur son personnage principal, heureusement incarné par un acteur génial, Steve Buscemi. C’est lui qui lie, plus ou moins, tous les personnages entre eux, grâce au trafic d’alcool qu’il met en place. Enoch aura d’ailleurs, comme de nombreux personnages, une histoire d’amour, élément incontournable pour n’importe quelle série télévisée. Terence Winter, qui a donc collaboré avec le grand Martin Scorcese, rend finalement une intrigue extrêmement bien montée, superposant les affaires des uns, avec celles des autres, tout en les liants. Enfin, Boardwalk Empire impose un style, ou plutôt une ambiance, inédite et novatrice : celle d’une Amérique vive, colorée, sous la prohibition, une période filmée, habituellement, d’une manière assez sombre

 Mais, en plus d’être une série de qualité, Boardwalk Empire a le mérite de développer certains problèmes occidentaux contemporains, tout en les transposant dans l’Amérique des années 20’s. La corruption, symbolisée par la ville d’Atlantic City, est présente à tous les niveaux : politique, police, monde des affaires… La série insinue, haut et fort, que tous les hommes de pouvoir sont des « pourris ». Quand on voit, actuellement, le rejet du monde politique en Europe, on se dit que Boardwalk Empire traite de problèmes contemporains. La série aborde également un tabou de nos sociétés, les liens étroits entre sexe et pouvoir. La liaison amoureuse du maire en est la parfaite représentation. Boardwalk Empire retrace également les problèmes des années 20’s (bien qu’ils persistent encore aujourd’hui mais nettement moins qu’auparavant)  comme l’intolérance, envers les noirs, et surtout les femmes, ou bien les clivages sociaux, affichant deux aspects de la société : l’un puritain (le commissaire à la prohibition) et l’autre libre, voire débauché (Atlantic City).

 Boardwalk Empire évoque donc, à travers l’Atlantic City des années 20’s, la décadence de notre société, « propre » de loin mais corrompue quand on y regarde de plus près. L’omniprésence de l’argent, tous les problèmes en découlent, du sexe et de la violence, ajoute une couche, péjorative, supplémentaire à la représentation de notre société. Cette violence, assez marquante tout de même, on pense par exemple au lynchage, à la noyade etc., trouve son inspiration dans l’œuvre de Scorcese. On a d’ailleurs l’impression d’assister à douze courts-métrage du réalisateur américain, tant l’ambiance, les thèmes ou même les personnages ressemblent à ceux des films du cinéaste. La série de Terence Winter avait tout pour réussir. Et elle en a profité, Boardwalk Empire est une œuvre télévisuelle tout simplement exceptionnelle.

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