Monstres Academy

Scary Monsters and Nice Spirites

 En salle depuis près d’un mois aux Etats-Unis, Monstres Academy, la dernière création des studios Pixar, déçoit le pays de l’Oncle Sam. La presse américaine, dans son ensemble, juge ce préquelle « pas très inspiré » (New York Post) et les spectateurs ne semblent pas exaltés par les nouvelles aventures de Bob&Cie. Pire encore, les recettes engendrées par le film sont loin d’attendre les sommets espérés par le studio californien – environ 230 millions de dollars en quatre semaines quand Moi, moche et méchant en récolte autant en deux semaines… En France, le contexte est différent. Les minions de Moi, moche et méchant règnent bel et bien sur le box-office hexagonal (entre deux et trois millions d’entrées) mais la concurrence hollywoodienne (World War Z qui cartonne, la sortie prochaine de Pacific Rim…) et l’arrivée de Monstres Academy affaibliront cette souveraineté. De plus, la presse française a bien accueilli la bande de Sully et les quelques critiques des spectateurs sur le net sont globalement positives.

MONSTERS UNIVERSITY

 Comme annoncé au début de cet article, Monstres Academy n’est que le préquelle du mythique Monstres&Cie, sorti en 2001. A l’époque, Pixar cherche à se diversifier, à se démarquer de Toy Story, la firme emblématique du studio américains. Après le demi-succès de 1001 pattes, Pixar invente un monde monstrueux et merveilleux, inspiré par les inquiétudes de notre quotidien (l’imprévu, le métro-boulot-dodo, la cruauté du monde du travail…). Dans ce voyage, nous étions guidés par le duo, aujourd’hui culte, de Bob et Sully, deux personnages terriblement contemporains. Monstres Academy s’attache donc à raconter le passé des deux monstres, et leur rencontre, à l’université.

 Il est bien sur extrêmement plaisant de revoir des personnages que l’on connaît, comme Bob et Sully donc mais aussi comme Léon (interprété par le grand Steeve Buscemi dans la version originale), le « vilain » de Monstres&Cie, ici transformé en intello calculateur et rancunier. Et l’apparition de nouveaux monstres, comme Art, magistralement doublé par Jamel Debbouze, ou le  professeur Knigth, petit dinosaure déguisé en scientifique, reste un véritable bonheur pour les amoureux de Pixar. L’univers, comme dans la copie originale, demeure une transcription monstrueuse de notre monde. L’université ressemble à Harvard ou Yale, l’usine des terreurs d’élites correspond à n’importe quelle usine occidentale… Mais le problème de ce Monstres Academy est que ce contexte réaliste, ici l’université, ne dérange pas, il nous fait juste rire. Le point fort de la plupart des films Pixar est de faire rire les plus petits, et de faire réfléchir les plus grands. Dans Wall-E, l’enfant voyait une histoire d’amour dans l’espace, tandis que les adultes interprétaient ce dessin animé comme une mise en garde écologique, sociétale voire existentielle. Toy Story 3 décrivait lui un monde en apparence beau et gentil, mais qui en fin de compte se révélait être un monde autoritaire, dirigé par un despote. Monstres Academy ne propose lui qu’une grosse farce, une heure et demie de gags, certes drôles, mais rien de plus. Le contexte universitaire aurait pu permettre aux studios Pixar d’aborder le problème du mal-être de la jeunesse ou d’autres problèmes relatifs aux études, mais non. Oh on parle bien des « rejetés », les amis geeks et ratés de Bob et Sully, ou de l’exclusion, puis de l’abandon social, de nos deux monstres préférés, mais ces thématiques sont bâclées et, de plus, pas forcément intéressantes.

 Monstres Academy ne paraît être qu’une commande, un produit que Disney et Pixar auraient réalisé à-la-va-vite, histoire de dire que, cet été, il y aura au moins un de leurs dessins animés sur le marché du blockbuster estival – et un concurrent à Moi, moche et méchant. Parti du principe ultra-commercial du préquelle, une méthode hollywoodienne souvent utilisée à but lucratif, Monstres Academy gâche un peu le mythique Monstres&Cie, ainsi que les géniaux studios Pixar. En perte de vitesse depuis quelques années, particulièrement depuis le magnifique Toy Story 3, les studios californiens semblent à court d’idées, alignant suites désespérantes (Cars 2, par exemple) et projets ratés (Rebelle). Monstres&Cie ne nécessitait aucune suite ou préquelle. L’œuvre originale aurait du rester telle quelle. La poursuivre sous forme de saga allait obligatoirement susciter une attente énorme chez les spectateurs du monde entier. D’autant plus que la fin du premier Monstres, triste mais fabuleuse, permettait au spectateur d’imaginer sa propre suite. Mais les studios Pixar version 2010’s s’en moquent, laissant passer leur création du statut d’œuvre à celui de bon dessin animé. Mais ce n’est pas fini, la prochaine « victime » des studios n’est autre que Le monde de Nemo, dont la variante, Le monde de Dori, est prévue pour 2015…

 N’affirmons tout de même pas que Monstres Academy est un mauvais dessin animé, il demeure un long métrage vraiment drôle, avec certaines trouvailles dignes des meilleurs films du genre. Par exemple, quelques personnages parviennent à se démarquer. Prenons Art, l’énigmatique monstre violet difforme aux propos incohérents et mystérieux. Complètement loufoque voire inquiétant, le monstre semble avoir hérité d’un passé pour le moins douteux, évoquant tour à tour un séjour en prison ou des balades nocturnes dans les égouts. On peut aussi parler de Don, quadragénaire licencié de son entreprise et qui se remet aux études. Véritable personnification du looser, le personnage finit dans les bras d’une femme… femme qui n’est autre que la mère de son meilleur ami ! Le jeune Squishy, l’ami en question, semble troublé, à la fin du film, par sa discussion avec Don – discussion mêlant amitié et inceste… Il n’y a pas que les personnages qui sortent du lot ; la « morale » de l’histoire, assez complexe pour le public visé, c’est-à-dire les enfants, se distingue de la morale classique du dessin animé. Ce classicisme vise à diviser le monde entre gentils et méchants, et à toujours faire gagner les gentils malgré la lutte des méchants. Ici, les personnages évoluent : Sully passe du méchant au gentil, Léon effectue lui le parcours inverse etc… Et puis, les gentils ne gagnent pas réellement. En effet, comptant sur la maladresse des autres, trichant par moments, Bob&Cie sont loin de la perfection éthique. Enfin, les deux étudiants, après une énième bêtise, irréversible cette fois-ci, se voient contraints de quitter l’université, exclus par leur directrice. Cependant, à force de travail et de volonté, Bob et Sully réaliseront leur rêve : devenir des terreurs d’élites.

Monstres Academy2

 Remarquable dessin animé, pitoyable Pixar, Monstres Academy laisse tout de même un gout d’inachevé au spectateur qui, contrairement à Monstres&Cie, reste sur sa faim. Timide mais néanmoins réussi, ce préquelle était-il nécessaire ? Peut-être, ou peut-être pas. En tout cas, pendant que certains se posent cette question, Moi, moche et méchant cartonne, écrasant à plat de couture les monstres de Pixar.

PS : Art ne veut pas retourner à Guantanamo. Rejoignez sa cause, et celle de Florence Cassez tant que vous y êtes :

http://www.monstres-academy.com/
http://www.imdb.com/title/tt1453405/
https://twitter.com/pressCritik

Monstres Academy
de Dan Scanlon,
2013,
avec John Goodman, Billy Crystal Steeve Buscemi…

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