Inside Llewyn Davis

inside_llewyn_davisUne semaine dans la vie d’un jeune chanteur de folk du Greenwich Village des années 60’s. (IMDb)

Inside Llewyn Davis
de Joël et Ethan Coen,
2013,
avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan…

 

 

 

★★★★☆

  19 mai 2013 ; se pavanent sur le tapis rouge cannois la pop-star américaine Justin Timberlake, la belle Carey Mulligan, le talentueux John Goodman… que du beau monde en perspective. Mais, soudain, notre œil est attiré par deux étranges personnages, qui se ressemblent de manière troublante et témoignent tous deux d’un même regard perdu – c’est bien eux ! Joel et Ethan, les deux frères Coen, sont de retour sur la croisette ! Trois ans après le succès international de leur western, True Grit, il était grand temps qu’ils reviennent squatter le monde du septième art. Le public ne demandait que ça : les frères Coen nous avaient manqués.

 L’Odyssée des frères Coen

   L’œuvre des frères Coen, si immense et si diverse soit-elle, semble unie par un même concept : la « loose ». Dans Fargo par exemple, Steeve Buscemi incarnait un gangster raté. Dans True Grit, Jeff Bridges interprétait un cowboy raté. Dans The Big Lebowski, le Duc, une nouvelle fois joué par Jeff Bridges, était la personnification même du looser. Avec ce Inside Llewyn Davis, Joel et Ethan Coen tournent en dérision le personnage d’Oscar Isaac, un chanteur de folk des années 60’s. Le duo de cinéaste s’intéresse-t-il à la démythisation des héros américains (le cowboy, le gangster, l’artiste anti-système ?) Ou voit-il le monde, et donc les êtres humains, comme un ensemble de ratés ? Depuis près de vingt ans, la caméra des deux frères filme des hommes et des femmes, à priori ordinaires, mais qui se révèlent tous être des loosers. Serait-ce notre véritable nature ? En tout cas, Inside Llewyn Davis va dans ce sens.

   Comme nous le montre le prénom du chat (ndlr : Ulysse) des Gorfein, Joel et Ethan nous emmènent dans la Grèce contemporaine, l’Amérique. Llewyn est un nouvel Ulysse, qui voudra d’ailleurs s’engager dans la marine à un moment donné. Sauf qu’ici, aucune Pénélope n’attend notre héros ; Llewyn recherchant simplement à réussir sa vie, ou du moins à ne pas la rater. Il va donc, à défaut de naviguer dans la mer Egée, errer sur les autoroutes américaines, à la recherche d’une vie réussie. Mais, comme son prédécesseur grec, à chaque fois qu’il se rapproche de son but, un évènement freine sa progression, finissant ainsi, comme le montre le schéma circulaire du scénario (le début et la fin du film sont deux mêmes plans, l’histoire tournant en rond indéfiniment), par se prolonger éternellement. Cependant ici, point de Dieux mythologiques pour expliquer ces épisodes : tous sont du au système ultralibéral américain. Ah l’Amérique, terre tant chérie par la paire Coen… Le duo de cinéaste décrit une nouvelle fois sa patrie avec humour et réalisme, livrant un constat amer mais terriblement vrai : l’Amérique est le pays des loosers.

   Les personnages, pièces clés de l’œuvre Coen, sont une nouvelle fois prodigieusement développés : chacun a sa propre manière de penser, de s’exprimer, chacun a une histoire, un passé différent… Contrairement à la plupart des films, qui se contentent de travailler uniquement sur la psychologie du héros – et encore seulement sur ses valeurs positives (courage, détermination, bonté…) – Joel et Ethan Coen dévoilent eux intégralement leurs personnages, du simple figurant aux personnages importants. Ainsi, un simple plan « à la Coen » vous permettra d’identifier tel ou tel protagoniste ; je pense par exemple aux convives des Gorfein, que l’on ne voit que le temps d’une ou deux scènes. La seule apparence physique de ces derniers vous en dévoile plus sur leur psychologie que les longs discours généralement nécessaires à la présentation d’un personnage. Par la suite, les loosers s’enchaînent, et les catégories sociales américaines en prennent à chaque fois pour leur grade. Les traditionalistes puritains (représentée par la sœur de Llewyn), la middle class (personnifiée à travers les Gorfein), les artistes new-yorkais (que l’on figure par Jim et Jean), les hommes d’affaires conservateurs (incarnée par l’horrible Roland Turner)… tous sont des ratés ! L’Amérique est, selon les frères Coen, la nation de la loose, de la décadence. Et preuve en est que le héros qui les représente, Llewyn – de la même manière qu’Ulysse représentait jadis la Grèce – s’avère être, lui aussi, un looser.

   En effet, difficile de narrer la vie d’un tel perdant. Le premier plan révèle d’ailleurs d’emblée le côté looser de ce héros, ce dernier chantant, en cœur avec son public, « pendez-moi, oh oui pendez-moi »… Et la suite des évènements n’arrangera pas les choses, les scènes suivantes insistant sur l’impuissance de ce personnage. En filmant tour à tour Llewyn battu en pleine rue, le nez en sang et la larme à l’œil, puis en l’exposant en slip au milieu d’un appartement qui n’est pas le sien, les Frères Coen annoncent qu’ils filmeront un antihéros, un looser, une fois de plus. Et plus les minutes défilent, plus on en apprend sur le personnage, et sur son passé. Ainsi, l’homme enchaîne les coups durs : son meilleur ami s’est suicidé, et depuis sa carrière artistique est au point mort, son plan cul est tombée enceinte et compte avorter, on apprend même qu’il a un fils qu’il n’a jamais vu… bref, une vie de m*r*e ! Et encore, ce sont que quelques aspects de cette vie que j’évoque dans ces lignes, je vous laisse regarder le film pour comprendre à quel point ce Llewyn est un perdant, un raté qui semble ne rien faire de sa vie.

   Pour résumer, le spectateur se retrouve en plein dans l’univers des frères Coen, un monde où l’on conte l’histoire des loosers, souvent mise de côté, oubliée. Le casting, comme toujours chez les Coen, est brillant. Oscar Isaac, dont c’est le premier grand rôle, s’en sort comme un chef, livrant une prestation convaincante et convaincue. Justin Timberlake, John Goodman et Garett Hedlund signent quant à eux des performances remarquables et remarquées, incarnant génialement leurs personnages, leur donnant ce petit grain de folie si commun à l’œuvre des frères Coen. Le tout s’unit à merveille grâce à la patte des deux cinéastes. Techniquement et artistiquement, ce Inside Llewyn Davis s’impose une fois de plus comme une référence pour tout cinéaste, tant il semble y avoir de possibilités à explorer. Inside Llewyn Davis n’est certes pas le meilleur Coen, mais il reste coenien (le duo avait bien le droit à son néologisme, non ?), et donc excellent. Une nouvelle fois bravo à Joel et Ethan, deux grands messieurs du septième art.

La vie d’Adèle

la vie d'adèle   À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve… (AlloCiné)

La vie d’Adèle – Chapitres 1 & 2
d’Abdellatif Kechiche,
2013,
avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux…

★★★★★

Le chef d’œuvre d’Abdel 

   La vie d’Adèle méritait-il une telle promotion ? Alors qu’un destin grandiose semblait se dessiner pour cette œuvre au soir du 26 mai – date à laquelle La vie d’Adèle fut récompensé par trois Palmes d’Or, une première dans l’histoire du Festival de Cannes – la foudre médiatique s’abattit sur elle, déchaînant pseudos clashs et polémiques futiles par dizaines. La vie d’Adèle se transforma en Abdelgate, le réalisateur, Abdellatif Kechiche, ayant été accusé des pires maux à travers toutes les presses, qu’elles soient spécialisées dans le septième art ou non. On décrivit l’homme comme un tyran, un tortionnaire-en-chef, prêt à tout pour martyriser son casting et son équipe technique – STOP. N’entrons surtout pas dans ce jeu médiatique insignifiant, fondé sur la mythomanie déformatrice, un mal qui frappe un grand nombre de journalistes en manque de scoops et de reconnaissance. Certes Abdellatif Kechiche a pu être un metteur en scène exigeant, mais à quel prix ? La vie d’Adèle a reçu une triple Palme d’or, une récompense extra-ordinaire, jamais décernée jusque là ! Les grands maîtres du cinéma – Stanley Kubrick, Alfred Hitchcock pour ne citer qu’eux – étaient pointilleux, durs, sévères, mais à quel prix ? La vie d’Adèle, et son créateur, Abdellatif Kechiche, ont d’ores-et-déjà marqué l’Histoire du septième art, et ce ne sont les pseudos scandales relatés par la presse contemporaine que l’on retiendra dans quelques années mais bel et bien la triple Palme d’or remise par le jury de Steven Spielberg.

   Selon ce même Steven Spielberg, réalisateur américain multi oscarisé et reconnu unanimement à travers le monde, La vie d’Adèle serait l’une des plus belles histoires d’amour jamais portée sur grand écran. De nombreux critiques, de France et d’ailleurs, ont employé ces mêmes termes pour décrire la romance d’Abdellatif Kechiche – la philosophie kantienne dirait donc vrai ; le beau serait universel.

   En quoi La vie d’Adèle diffère-t-il ? Par sa profondeur, son pragmatisme, sa poésie, bref : sa beauté. La vie d’Adèle est un beau film, plus encore, une belle histoire d’amour. Rarement, une romance sur grand écran s’est autant rapproché à la fois du réel et du poétique. Le personnage d’Adèle exprime en même temps la mélancolie amoureuse de la jeunesse – chaque lycéen cherche à se forger une « identité » sentimentale et parvient plus ou moins à en trouver une – et la poésie des relations amoureuses adolescentes, un mélange d’innocence, d’espérance et de crédulité. Adèle est tout cela : elle cherche dans un premier temps à se forger une identité amoureuse, touchant un peu à tout avant de finalement en trouver un semblant, puis elle vit une romance, qui débute adolescente puis grandira, subissant ainsi le difficile passage du temps. Abdellatif Kechiche développe un personnage, doublée d’une histoire d’amour, universelle. Chaque être peut, plus ou moins, se reconnaître en Adèle, s’identifier à son parcours sentimental. Le saut dans l’inconnu, l’espoir puis les déceptions, la crédulité suivie d’une dure réalité… mais avant tout l’amour. La vie d’Adèle exprime, magnifie, cette idée, à la fois universelle et personnelle, de l’amour.

   Reconnaissable entre mille, le style d’Abdellatif Kechiche se caractérise notamment par la proximité qu’il installe avec les protagonistes du film. On est toujours au plus près du personnage, de ce qu’il fait et surtout de ce qu’il ressent. Kechiche use de tous les types de plans pour lier le spectateur et l’acteur : plan rapproché, plan taille, gros plan… L’esthétique cinématographique de Kechiche se distingue également par la manière qu’a Abdel de tenir la caméra : une prise en main dite « réaliste » qui consiste à filmer naturellement (l’objectif bouge, comme si le réalisateur tremblait au moment de filmer), contrairement au cinéma classique où tout passage doit être filmé « impeccablement ». Ce contraste, cette confrontation, entre le classique et le moderne donne à La vie d’Adèle embellit l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Les jeux de couleurs et de lumière apparaissent également comme un aspect essentiel du style de Kechiche. Ce dernier livre un film éclatant, incandescent et emploie, à de nombreuses reprises, les couleurs environnantes ou encore la lumière solaire (cf. la scène du baiser entre Adèle et Emma, que Kechiche filme de façon à laisser apparaître un soleil entre les lèvres des deux amantes). Fondé principalement sur la mise en scène, le style d’Abdellatif Kechiche est impeccable et s’accorde parfaitement avec l’œuvre. En effet, les plans, la manière de filmer ou même les couleurs – qui ne sont que quelques traits caractéristiques du style du cinéaste, parmi d’autres – permettent à la caméra de Kechiche d’exprimer au mieux ce que ressentent Adèle, Emma et les autres.

   Maître Kechiche fait donc preuve d’une maîtrise cinématographique totale, c’est-à-dire sur tous les plans : esthétique, scénaristique et technique. Preuve en est que les deux sujets tabous abordés par La vie d’Adèle – l’homosexualité et l’hyper sexualité – ne dérangent en aucun point. L’œuvre de Kechiche mêle ces deux tabous et contrairement, par exemple, à L’inconnu du lac, ne tombe pas dans le « trop ». Alain Guiraudie (le réalisateur de L’inconnu du lac) jouait de manière hasardeuse avec ces tabous et l’œuvre qu’il nous a livré s’en est sentie affectée : l’opinion publique voyant L’inconnu du lac comme une sorte d’œuvre pornographique gay alors que le long-métrage était, à l’origine, un magnifique thriller ! Ce n’est pas le cas de l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Comme disait Steven Spielberg et comme l’on écrit les critiques français ou anglo-saxons, La vie d’Adèle est avant tout une histoire d’amour. La dimension homosexuelle de l’œuvre se relègue en arrière plan pour laisser place à l’idée universelle d’amour. Les scènes sexuelles, bien que nombreuses, ce qui scandalisent souvent l’opinion publique, paraissent si naturelles, si nécessaires à la relation amoureuse que nous conte Kechiche, qu’on en oublie leur côté tabou.

   Néanmoins, La vie d’Adèle n’aurait pas été La vie d’Adèle sans ses deux actrices, la jeune Adèle Exarchopoulos et la grande Léa Seydoux. Adèle, dont c’est le premier grand rôle, livre une performance magistrale, appelant certainement à un grand avenir dans le monde du septième art. Du haut de ses dix-neuf printemps, Adèle Exarchopoulos s’impose comme la révélation féminine de l’année en France. Quant à Léa Seydoux, elle suit son petit bonhomme de chemin, confirmant à chaque nouveau film son immense talent. La relation Exarchopoulos/Seydoux, guidée et dirigée par Kechiche, apparaît à l’écran comme fusionnelle, évidente. Entre pragmatisme et poésie, le couple Adèle/Emma a indéniablement marqué le cinéma français, entrant pour toujours dans la légende du cinéma au moment où La vie d’Adèle remporta une triple Palme d’Or, une pour Abdellatif… et deux pour Léa et Adèle.

Jeune & Jolie

jeune&jolie
Résumé AlloCiné :

Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons.

Jeune & Jolie
de François Ozon,
2013,
avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas…

★★★★★

Quatre saisons au paradis

    Depuis 2010, et la sortie de Potiche, François Ozon occupe une place à part dans le cinéma français. Son oeuvre siège entre le populaire et l’élitisme, un rang que seul les plus grands ont su garder longtemps. En témoignent ses deux dernières réalisations, Dans la Maison et Potiche, qui reçurent un succès public (plus de trois millions d’entrées cumulées) et critique (neuf nominations aux César à eux deux). Jeune & Jolie, son quatorzième long-métrage, s’annonce comme la concrétisation d’une longue et belle carrière. En lice pour la Palme d’Or à Cannes en mai dernier, Ozon ne s’est pas vraiment fait remarquer, au milieu de cinéastes tels que les frères Coen, Roman Polanski ou encore Abdellatif Kechiche. Néanmoins, son oeuvre fut citée dans de nombreux articles, qui décrivaient tous – ou presque – Jeune & Jolie comme un coup de coeur, une réussite.

    Comment s’y prend-t-il ? Comment Ozon parvient-il, sans cesse, à transformer une histoire simple en un objet de contemplation, d’admiration ? Question compliquée, réponse pas si compliquée : François Ozon est un artiste. Son cinéma est poésie, et c’est ce qui explique le charme, hier, de Dans la Maison ou, aujourd’hui, de Jeune & Jolie. A peu près au milieu de ce dernier, on trouve d’ailleurs des vers d’Arthur Rimbaud, extraits de Roman. Ce poème, illustrant l’adolescence de son auteur, évoque dans le film, l’errance adolescente du personnage de Marine Vacth. Cependant, il sert aussi à transmettre à l’oeuvre d’Ozon une dimension poétique, artistique. Et quand le long-métrage d’Ozon ne conte pas ses rimes, il les chante ; comme l’indique le résumé du film, Jeune & Jolie dresse le portrait d’une jeune fille en quatre chansons. La voix de Françoise Hardy, qui résonne à quatre reprises, fascine, charme, par sa douceur, sa naïveté. Cette bande-originale s’accorde donc parfaitement avec l’esprit poétique, artistique d’Ozon. Enfin, la mise en scène du cinéaste apparaît elle aussi, évidemment, comme poétique. Divisé en saisons, le scénario avance ; débutant en été, se clôturant au printemps. La manière de filmer – cadres privilégiés, jeux de lumières – donne également à Jeune & Jolie une beauté poétique. Prenez par exemple la scène banale, reprise plus d’une fois, où Isabelle sort du métro, quittant la pénombre des sous-sols pour la lumière du jour. Alors, poétique or not ?

    Néanmoins, la poésie d’Ozon demeure malsaine, elle aborde un sujet tabou : la prostitution. Jeune & Jolie pourra en déranger certains – je pense notamment à la mère d’une adulescente, femme d’un quadra ou quinquagénaire. En effet, ce film apporte avec lui deux tristes vérités : l’homme trompe (parfois avec des prostitués) et l’enfant couche (parfois en se prostituant). Cependant, ce n’est pas, selon moi, cette facette du film qui déstabilise le plus les spectateurs. L’aspect le plus troublant de Jeune & Jolie réside dans la personnalité d’Isabelle. Le personnage de Marine Vacth, perturbe, par sa façon de penser. On ne comprend pas à quoi elle joue ; pourquoi se prostitue-elle ? pourquoi un tel renfermement ? pourquoi une telle perversité ? Isabelle est-elle possède-elle « le vice en elle », comme il est dit à un moment donné ? Aucune réponse n’est donnée par François Ozon, c’est au spectateur de forger son opinion. Mais cette interrogation, ces questions que l’on se pose en sortant de la salle, n’auraient jamais pu arriver à nos lèvres sans l’impressionnante prestation de Marine Vacht. La jeune actrice, mannequin à l’origine, apparaît comme un être amoral, dépourvue de toute sensualité – bref, un être effrayant. Cette dernière remarque permet d’ailleurs de rappeler le talent qui entoure ce Jeune & Jolie. Puisque nous abordions le cas Vacth, permettons-nous de parler du casting, juste impeccable : Frédéric Pierrot, Fantin Ravat, Charlotte Rampling… Est-il nécessaire de reparler de la technique d’Ozon, largement développé dans le paragraphe ci-dessus ? Je ne crois pas, non. Néanmoins, il est essentiel de rappeler la beauté de ce long-métrage. Jeune & Jolie ne saurait être considéré comme un simple film, c’est une véritable oeuvre cinématographique, union sublime du septième art et de la poésie.

Grand Central

grand central afficheRésumé officiel :

De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Grand Central
de Rebecca Zlotowski,
2013,
avec Tahar Rahim, Léa Seydoux…

★★★★☆

Les Temps modernes

 Après un premier film (Belle épine, 2010) remarqué, et nommé, entre autres, à Cannes et aux Césars, Rebecca Zlotowski revient, encore une fois avec son égérie, la belle Léa Seydoux. Malgré sa jeune carrière, débutée en 2005 seulement, Léa Seydoux peut déjà être considérée comme l’une des actrices les plus importantes du cinéma français. Une petite apparition chez Tarantino, une autre chez Ridley Scott, une troisième chez Woody Allen, puis une nomination au César de la meilleure actrice pour Les Adieux à la Reine, et enfin, tout récemment, une Palme d’Or à Cannes pour La Vie d’Adèle, le chef d’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Et maintenant, un nouveau rôle pour Rebecca Zlotowski. Autour de son égérie, la jeune cinéaste a réuni les talentueux Tahar Rahim (César du meilleur acteur en 2010) et Denis Ménochet (qu’on a pu apercevoir chez François Ozon ou dans Le Skylab). Ajoutez à ce casting de haut-rang un sujet explosif, à savoir le monde du nucléaire, et vous obtiendrez cette très agréable surprise qu’est Grand Central.

 Assez classique à première vue – l’éternel dilemme amoureux à trois : le mari, la femme et son amant – Grand Central parvient cependant à se démarquer, autant sur la forme que sur le fond. Le style choisi par Rebecca Zlotowski semble assez novateur pour ce genre si particulier qu’est la romance au cinéma. En effet, la mise en scène de Grand Central, cadrage, lumière et bande-son, transcrit, par la forme, la tension et le danger que vivent les deux amants en s’aimant secrètement. La mise en scène de Zlotowski joue donc le rôle habituellement occupé par les dialogues, ce qui explique pourquoi il y en a si peu. Néanmoins ce parti-pris – raconter une histoire par la forme – ne peut fonctionner que si la prestation des comédiens suit : notre jeune cinéaste nécessitait donc des acteurs talentueux, capables de s’accorder avec une telle mise en scène. Pari réussi. Tahar Rahim et Léa Seydoux sont tout simplement parfaits, le premier retrouvant son niveau d’Un Prophète, la seconde demeurant égale à elle-même. Leur relation à l’écran nous paraît évidente, quasi-fusionnelle – pouvons-nous prétendre que ce couple marquera l’histoire du cinéma français ? Seul le temps nous le dira. Les autres comédiens, Denis Ménochet, Olivier Gourmet ou encore Johan Libéreau, livrent également des prestations irréprochables, interprétant remarquablement la misère sociale que connaissent une minorité de français.

 Cette dernière remarque rappelle d’ailleurs un aspect, peut-être involontaire mais tout de même présent, dans l’œuvre de Zlotowski : la dimension documentaire de Grand Central. Ce film décrit en effet la détresse, la pauvreté, aussi bien spirituelle que matérielle, d’une partie de la classe ouvrière française. De plus, Grand Central révèle au grand jour les risques qu’encourent les travailleurs de la centrale, exposés en permanence aux radiations et autres maux causés par le nucléaire. Mais le long-métrage de Zlotowski ne saurait être considéré comme une vulgaire fiction documentée. Le nucléaire ne semble être qu’une excuse, un arrière-fond, présent uniquement par souci de crédibilité, servant simplement à illustrer, dans le réel, la dangerosité de la relation amoureuse entre Gary et Karole. Grand Central se distingue nettement de la fiction documentée, c’est une histoire d’amour contemporaine ; une romance complexe. C’est aussi, cinématographiquement parlant, une référence pour le cinéma français actuel, tant au niveau de la mise en scène que de la direction des acteurs. Grand Central est moderne – dans le sens où elle représente le renouveau du cinéma français : un art simple sur le fond, complexe sur la forme.

grand central 1

L’Inconnu du lac

Brokeback Lake

 Un film à scandales ? Assurément. L’œuvre d’Alain Guiraudie divise. La mise en scène, entre théâtralisation du cinéma et pornographie, divise les cinéphiles. Les thèmes abordés, l’homosexualité principalement, divise la société et les politiques. Récemment, les affiches de L’Inconnu du lac ont été retirées de la commune de Saint-Cloud, sur décision du maire UMP – fait politique anodin mais prouvant tout de même l’agitation entourant ce film. Mais laissons tomber l’aspect politique de l’œuvre pour nous intéresser uniquement à son contenu cinématographique. Beau mais choquant, Alain Guiraudie semble s’être inspiré du travail de Lars Von Trier, le chef de file du cinéma d’auteur artistico-pornographique. Cette démarche, utilisée par le cinéaste danois pour Antichrist notamment, vise à provoquer l’opinion publique, de manière à parler du film, ce qui attire donc plus de spectateurs. En plus d’avoir adopté une telle démarche, la promotion de l’œuvre d’Alain Guiraudie a été favorisée par le contexte sociétal – l’adoption récente de la loi pour le mariage pour tous, suivie de vives tensions.

L'INCONNU DU LAC

 Paradoxalement, malgré la divergence et la complexité autour des avis émis sur le film, le scénario de L’Inconnu du lac apparait comme relativement simple. Un été, un lieu de drague homosexuelle, un meurtre, une passion amoureuse. Certes simpliste, ce résumé reste néanmoins juste. En effet, pour cette œuvre, Alain Guiraudie a privilégié la forme au fond, la mise en scène au scénario. Un peu comme Stanley Kubrick avec 2001, Alain Guiraudie a réalisé une œuvre avant tout audio-visuelle, reléguant le scénario au second plan.

 Magnifiquement filmé, L’Inconnu du lac offre au cinéma français une véritable leçon de cadrage. Tous les plans de Guiraudie sont parfaits ; du lac aux nuages, en passant par la forêt. Même les séquences les plus banales, comme les dialogues entre Frank et Henry, se révèlent d’une rare beauté. Avec sa caméra, Guiraudie déifie la nature : il la rend harmonieuse – ainsi, ciel, terre et mer ne deviennent qu’un tout, resplendissant. Ces superbes images sont accompagnés par la bande-son la mieux appropriée, les bruits de la nature. Pas de musique, pas même de son d’ambiance, juste le vent, le crissement des pneus sur le sol, ou le bruit calme et tranquille de l’eau du lac. Cette technique, rarement employée dans le cinéma de fiction, surprend agréablement le spectateur, peu habitué à l’absence de sons musicaux. Enfin, la mise en scène de L’Inconnu du lac se démarque par son aspect théâtral. L’entrée des voitures sur le parking permet d’identifier, comme au début d’une scène de théâtre, quel personnage est présent, qui ne prendra pas part à l’action, etc. La conclusion de L’Inconnu du lac, rapide, voire brutale, fait également penser au tomber de rideau d’une pièce. Originale, audacieuse, et par-dessus tout, réussie, la mise en scène d’Alain Guiraudie séduit, à un détail près – détail qui sera développé un peu plus bas…

 Malgré son côté œuvre audio-visuelle, L’Inconnu du lac demeure néanmoins un excellent thriller, genre auquel il appartient mais duquel pourtant il se démarque. Loin du schéma policier classique (le spectateur assiste au meurtre et doit deviner l’identité du tueur), Alain Guiraudie propose une variante, annonçant d’emblée qui est le meurtrier. Encore une fois, le cinéaste préfère la forme au fond, privilégiant l’ambiance lourde et oppressante du thriller à la recherche, parfois longue et ennuyeuse, de l’identité du tueur. Ainsi, L’Inconnu du lac  nous plonge dans une atmosphère particulière. D’habitude, le tueur répugne et inspire la haine du spectateur ; ici, il ne sait plus quoi penser du meurtrier. Pourquoi ? Car le personnage principal, qui assiste au crime, s’entraîne, volontairement, dans une passion amoureuse, à la limite du masochisme quand on y réfléchit, avec cet assassin. L’attitude du héros fait donc douter le spectateur, qui ne veut plus s’avouer, comme notre protagoniste, que ce personnage est un horrible criminel. On finit par se dire que la victime s’est noyée, ou alors que le coupable n’est autre que le silure de dix mètres, rôdant dans les eaux du lacs. Alain Guiraudie fait tout pour tromper le spectateur, se servant des plans sur la voiture de la victime ou encore du personnage du policier, troublant malgré sa normalité. Finalement (SPOIL), L’Inconnu du lac se conclut par un enchaînement de meurtres, rétablissant ainsi la vérité sur le tueur et ce qu’il faut en penser. Cependant, Alain Guiraudie interroge une dernière fois le spectateur, le laissant sur une fin ouverte (très à la mode depuis le Inception de Christopher Nolan) – preuve ultime d’une grande maîtrise cinématographique…

 Mais… Mais il y a un gros « mais ». Un énorme même. Certes, L’Inconnu du lac est un excellent thriller. Certes, la mise en scène d’Alain Guiraudie frôle la perfection artistique. Certes, les comédiens sont irréprochables (avec une mention spéciale à Patrick d’Assumçao), interprétant merveilleusement leurs partitions. Mais rien ne justifiait la pornographie de ce film. Non, rien. Autant de scènes à caractère sexuelle lasse très vite. L’Inconnu du lac dure 97 minutes, dont le tiers, au moins, doit montrer une scène pornographique. Oui, pornographique car il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ces passages récurrents. Quand une scène sexuelle est filmée en gros plan et doublée par des acteurs professionnels, on appelle ça de la pornographie. Interdite aux moins de dix-huit ans sur le net, je ne comprends pas pourquoi ce film, à caractère clairement pornographique, n’a pas été interdit également aux mineurs dans les salles de cinéma. Ces séquences, inutiles à l’avancée du scénario et dépourvues de symbolisme, sont excessives et insupportables. Peut-être Alain Guiraudie souhait-il filmer ses (nombreux, si c’est le cas) fantasmes homosexuels ? Peu importe la réponse, pour reprendre un jargon populaire : quand c’est trop, c’est trop.

l-inconnu-du-lac

 Que nous inspire finalement L’Inconnu du lac ? D’un côté, l’œuvre d’Alain Guiraudie est exaltante, elle porte vers le haut un cinéma français talentueux mais souvent inégal. Sa mise en scène irréprochable, ses acteurs fabuleux, sa dimension théâtrale… L’Inconnu du lac a tout pour devenir un classique du septième art hexagonal – sauf qu’il concourrait dans la catégorie « pornographie d’auteur ». Cela étant, on notera cependant que c’est justement cette dimension provocatrice, choquante, qui marque les esprits, qui fait que l’on retiendra ce film dans quelques dizaines d’années. Alors, je vous le demande une nouvelle fois, que penser de L’Inconnu du lac ?

PS : «… Hot d’or #2013, catégorie Meilleur Réalisateur : Abdellatif Kechiche – La Vie d’Adèle, Marc Dorcel – Clara Morgane, portrait d’une femme libre, Nabilla Benatia – Allo, non mais allo quoi, Lars Von Trier – Nymphomaniac, Alain Guiraudie – L’Inconnu du lac… » Cliquez sur les liens suivants pour voir la sélection complète et officielle des Hot d’or #2013 :

http://www.imdb.com/title/tt2852458/
https://twitter.com/pressCritik

L’Inconnu du lac
d’Alain Guiraudie,
2013,
avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick d’Assumçao…

La fille du 14 juillet

Le fils de Mai 68

 Le cinéma l’Image de Plougastel-Daoulas (Finistère) proposait, hier soir, une séance spéciale autour du long-métrage, La fille du 14 juillet, en présence de son réalisateur, Antonin Peretjatko. Ce film se révèle être l’une des bonnes surprises du cinéma comique français, cette année. Sélectionné à Cannes lors de la quinzaine des réalisateurs, le premier long-métrage de ce jeune cinéaste a été majoritairement salué par la presse française. Revisitant le genre du burlesque, Antonin Peretjatko nous offre un film anti-crise, coloré et libertaire. Nous affirmant hier soir ne s’être référé  à aucun cinéaste en particulier, on ne peut de tout de même que constater « l’influence fantomatique » (©Peretjatko) de Godard, Tati ou encore de romanciers, tel Boris Vian. Néanmoins, en adaptant cette culture de l’après-guerre au contexte socio-économique de 2013, le réalisateur crée une œuvre nouvelle et terriblement contemporaine.

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 La contemporanéité (ce mot existe bel et bien, pas besoin de le googler pour vérifier) de ce film se voit dès la scène d’ouverture ; scène où le spectateur aura le [dé]plaisir de [re]voir Nicolas Sarkozy, suivi de François Hollande, lors des deux dernières cérémonies du 14 juillet. Cette sorte de prologue cinématographique permet d’annoncer la couleur du film. En effet, Antonin Peretjatko nous signale clairement qu’il va tourner la société française en dérision. Et quoi de mieux, pour écrire la satire de notre temps, que de se moquer de la crise ? Dans cette France fictive, Peretjatko imagine que le gouvernement, dans un élan d’austérité, décide d’avancer la rentrée d’un mois. Alors que le pays se divise en juilletistes et aoutiens, cinq amis parisiens fuient vers le sud, déterminés à partir en vacances. Parmi eux, Hector et Truquette, deux amoureux qui se cherchent, mais ne parviennent pas à se trouver.

 Incontestablement burlesque, La fille du 14 juillet, applique la maxime de ce genre : rire, tout en abordant des thèmes sérieux. C’est ici le cas, Antonin Peretjatko traite, à travers chaque gag, de problèmes plus ou moins importants. Principalement basé sur l’humour visuel, La fille du 14 juillet n’hésite néanmoins pas à recourir au comique de situation (l’arrivée de personnages improbables à des moments injustifiés) ou au comique de mots (l’humour noir du diagnostic du Dr. Placenta à son patient). Le comique de La fille du 14 juillet repose aussi sur le ridicule de certains personnages, ou de certains passages. Le frère de Charlotte, personnification du ringard, ou le Dr. Placenta, sorte de Lionel Jospin (ou de Doc Brown, selon vos références) surcocaïné, sont des exemples parfaits. Complètement loufoque, La fille du 14 juillet regorge de scènes plus dérangées les unes que les autres – le repas chez Placenta demeurant surement le passage le plus insensé du film. Mais la forme drôle et absurde de ce long-métrage ne sert en fait qu’à masquer un fond, beaucoup moins drôle celui-ci, décrivant l’irrationalité de notre existence.

 Ainsi, Antonin Peretjatko livre, à travers La fille du 14 juillet, un constat amer sur l’homme, et la société. Le cinéaste dénonce l’illogisme de notre monde, critiquant tour à tour la politique (à travers la scène d’ouverture), le fonctionnement de la société (le passage à l’agence d’emploi intérimaires) ou encore la culture (la moquerie de Kafka ou de Tchekhov). Ce long-métrage nous questionne, pourquoi  devrions-nous nous adapter à cette vie si absurde et si fausse ? Pourquoi ne pas faire comme les héros de ce film, partir en vacances et profiter de la vie, la « vraie » vie ? Sauf que ce n’est pas aussi simple. Contrairement à la majeure partie des œuvres libertaires, La fille du 14 juillet démontre qu’il n’est pas facile de « profiter de la vie ». En effet, on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche. Toujours dans le besoin, les personnages nécessitent plusieurs fois l’aide du Dr. Placenta, ou d’inconnus rencontrés sur leur route. Ils ne peuvent pas également pas compter sur tout le monde, l’un des amis trahissant à un moment le groupe par égoïsme, juste dans son intérêt. Enfin, l’amour semble, et de loin, le plus gros problème posé par cette œuvre. Hector et Truquette, pourtant promis à une superbe histoire d’amour, ne cessent de se chercher, et de se rechercher mutuellement. Comme le montre l’une des scènes centrales du film (le jeu avec les énormes bouteilles de vin), il est difficile de trouver l’équilibre dans une relation amoureuse. Finalement, la seule chose que La fille du 14 juillet nous enseigne est que nous vivons dans un monde absurde, illogique et irrationnel – et que le mieux reste encore de tomber amoureux.

 De multiples influences se ressentent à la vue du film d’Antonin Peretjatko ; des influences cinématographiques évidemment, mais aussi sociétales et culturelles. La Nouvelle Vague, un mouvement artistiques des 50’s et 60’s, semble l’une des références majeures du cinéaste. S’inspirant par exemple de Godard par rapport aux couleurs (Pierrot le Fou notamment), ou de Malle pour la mise en scène (l’adaptation de Zazie dans le métro), Antonin Peretjatko expose son admiration de cet âge d’or du cinéma français. On remarquera également l’influence d’autres réalisateurs, comme Jacques Tati ou Bertrand Blier. Mais La fille du 14 juillet se réfère également à des domaines autres que le septième art. Par exemple, le roman. Citant de nombreux auteurs (Tchekhov, Kafka), Peretjatko a l’air d’apprécier la littérature moderne, plus particulièrement le roman français d’après-guerre. Très proche de Vian (L’écume des jours) ou de Queneau (Zazie dans le métro), le cinéaste paraît s’être inspiré de l’univers de ces écrivains, et surtout de leur fantaisie. D’autre part, les spectateurs les plus attentifs auront pu apercevoir à plusieurs reprises le tableau d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple. En plus des influences et références culturelles, on peut également deviner l’empreinte d’un mouvement sociétal sur l’œuvre d’Antonin Peretjatko, celui de Mai 68. L’aspect libérateur et libertaire, le côté festif et heureux de La fille du 14 juillet fut caractéristique de la révolte de Mai 68.

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 Véritable film anti-crise, La fille du 14 juillet emmène le spectateur dans un monde coloré, burlesque et absurde. Chantant un hymne à la liberté et à la joie de vivre, Antonin Peretjatko n’oublie tout de même pas de critiquer amèrement l’homme, et sa société. Magistralement mis en scène, avec de nombreux procédés cinématographiques empruntés à la Nouvelle Vague, ce film apparaît comme l’une des meilleures comédies de l’année, loin devant les tristes comédies populaires qui inondent les salles françaises depuis janvier.

PS : Lionel Jospin porte plainte contre Serge Trinquecoste pour diffamation sur la voie publique. Soutenez l’ancien candidat à la présidentielle dès maintenant sur les sites suivants… :

http://www.imdb.com/title/tt2846972/
https://twitter.com/pressCritik

La fille du 14 juillet
d’Antonin Peretjatko,

2013,
avec Vimala Pons, Vincent Macaigne, Serge Trinquecoste…

The Bling Ring

Sofia Coppola VS Harmony Korine

 Il y a quelques mois sortait en salles le dernier long-métrage d’Harmony Korine, Spring Breakers. L’icône (parmi d’autres) du cinéma indépendant américain nous contait alors les déboires de quatre adulescentes en totale perdition sur les plages de Floride. Il y a quelques semaines, au Festival de Cannes, était présenté, dans la catégorie « Un certain regard », le dernier long-métrage de Sofia Coppola, The Bling Ring. L’icône (parmi d’autres) du cinéma indépendant américain nous contait alors les déboires de quatre adulescentes, et d’un jeune homme, en totale perdition sous le soleil de Californie. Tout jugement visant à affirmer l’existence de quelques similarités entre ces deux films serait un jugement fort impromptu de votre part.

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 Mais parlons plus sérieusement ; Spring Breakers et The Bling Ring ne se ressemblent pas vraiment. En effet, dans son film, Harmony Korine imagine le spring break, mouvementé, de quatre jeunes filles alors que Sofia Coppola, à travers The Bling Ring, ne fait qu’adapter un fait divers – une série de braquage à Hollywood – datant de 2009. Les deux scénarios n’ont donc rien en commun : le premier raconte la descente aux enfers (gun, alcool, drogue…) de Vanessa Hugdens &cie quand le second narre les exploits d’un « gang », spécialisé dans le braquage des maisons hollywoodiennes. Enfin, les personnages de Korine – quatre copines originaires du Middle West un peu pommées – et de Coppola Jr. – cinq ami(e)s surcocaïnés vivant dans les quartiers bourges de L.A. – diffèrent en tous points.

 Quoi ? Vous voulez encore une comparaison Spring Breakers/The Bling Ring ? Bon très bien, accordé… On peut effectivement remarquer que les deux réalisateurs ont eu une démarche cinématographique similaire. Par exemple, le scénario aborde le thème de la jeunesse, et les problèmes qu’il pose. Afin de « crédibiliser » cet aspect jeune, les cinéastes se sont intéressés à cette culture jeune. La culture cinématographique des jeunes avant tout. Ainsi, Korine et Coppola Jr. sont allés dénicher les starlettes favorites des teenagers : Vanessa Hugdens (alias Gabriella dans High School Musical) et Selena Gomez (alias la girlfriend de Justin Bieber) dans Spring Breakers et Emma Watson (alias Hermione dans Harry Potter) dans The Bling Ring. Les deux réalisateurs se sont également renseignés à propos de la culture musicale des jeunes ; Harmony Korine privilégiant Skrillex et Britney Spears quand Sofia Coppola choisissait Kanye West et Phoenix.

 Mais désormais, comme dirait notre ancien premier ministre, « Je vous demande de vous arrêter ! » car la comparaison Spring Breakers/The Bling Ring doit s’arrêter là. Le film de Sofia Coppola n’égalant en aucun cas le chef d’œuvre d’Harmony Korine. En effet, le style, proche, par l’esthétique ou encore la bande-son, de Spring Breakers, qu’on avait pu apercevoir dans la bande annonce est tout simplement absent du long-métrage. La bande-annonce semblait exposer un film stylisé et stylé, un film audacieux et sexy, un film original et exaltant… Malheureusement, il ne fallait pas oublier qu’il était signé Sofia Coppola, cinéaste reconnue pour son œuvre assez mélancolique, voire dépressive. Le style de la bande annonce laisse donc place à un rythme plat et répétitif. On a la désagréable impression que la cinéaste reproduit sans cesse le même schéma scénaristique : braquage, vêtements, boîte de nuit, cocaïne. Heureusement, entre deux ou trois cambriolages, un « incident », type accident de voiture ou coup de feu involontaire, intervient car, sinon, le spectateur s’endort. Ce sentiment de répétition, lassant et pénible, est d’autant plus agaçant quand on connait le talent de Sofia Coppola. On devine d’ailleurs ce talent dans quelques scènes improbables, comme quand le gang s’improvise vendeurs à la sauvette, ou lors de la scène finale, montée en accéléré, grâce à une figure de style cinématographique simple, mais efficace.

 Qu’est ce que Sofia Coppola voulait transmettre à travers The Bling Ring ? C’est la première question qui nous vient à l’esprit en sortant de la salle. En effet, rien ne semble ressortir de cette œuvre : aucun symbolisme artistique, aucune réflexion sur l’acte, aucun jugement… était-ce voulu de la part de la cinéaste ? Souhaitait-elle réaliser un film amoral, au jugement neutre ? Peut-être que Sofia Coppola désirait laisser le spectateur se forger un avis sur ce gang… Mais ce parti-pris, s’il a été volontaire, est complètement idiot ! Notre réflexion sur cet acte a, pour la plupart d’entre nous, était faite en 2009, lorsque ce fait divers a été surmédiatisé mondialement ! Ce parti-pris donne à The Bling Ring une tournure documentaire alors que le long-métrage est, à la base, une fiction. En effet, le jugement neutre et l’impression de simplement raconter les événements (ici des braquages à Hollywood) confèrent à The Bling Ring un côté documentaire – un côté mauvais documentaire. Tous les aspects intéressants, qu’aurait pu développer Sofia Coppola à propos d’un tel fait divers, sont tout bonnement oubliés, ignorés. La cinéaste aurait pu filmer la dérive infernale de ces cinq adulescents. Elle aurait également pu proposer une véritable réflexion sur l’acte (il n’est en effet pas anodin de braquer Paris Hilton ou Lindsay Lohan) ou sur ce qui l’entourait (la fascination pour les peoples, la surmédiatisation du fait divers…). Mais non.

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Si la démarche artistique et cinématographique de Sofia Coppola est tout simplement mauvaise, on ne peut pas en dire autant des acteurs, tous impeccables dans leur rôle d’adulescent paumé et pourri-gâté. Emma Watson, interprétant ici son premier grand rôle depuis Harry Potter, réussit parfaitement sa métamorphose, passant de la gentille Hermione Granger à la terrible garce, Nicky. Malgré tout, malgré ce fiasco qu’est The Bling Ring, on éprouve quand même de la sympathie pour Sofia Coppola, ou plutôt une certaine attirance. Cette réalisatrice possède un charme cinématographique indéniable, qu’on arrive à apercevoir dans quelques rares scènes de The Bling Ring. D’où vient ce charme ? De son talent artistique ? Ou bien peut-être nous voilons-nous la face et ne voyons en Sofia que la fille de Don Coppola ? Mais ne terminons pas cette critique sur une note positive. The Bling Ring est tout simplement un raté, une déception. Le peuple cinéphile avait placé énormément d’espoir en ce film, projeté à Cannes, offrant une bande-annonce séduisante et présentant le premier grand rôle d’Emma Watson… On avait cru voir en The Bling Ring la variante chic de Spring Breakers… Et bien non, c’est raté.

PS : Pour voir Hermione Granger braquer Paris Hilton, cliquez sur les liens ci-dessous… :

http://theblingring.com/
http://www.imdb.com/title/tt2132285/
https://twitter.com/pressCritik

The Bling Ring
de Sofia Coppola
2013
avec Emma Watson,  Israel Broussard….