La fille du 14 juillet

Le fils de Mai 68

 Le cinéma l’Image de Plougastel-Daoulas (Finistère) proposait, hier soir, une séance spéciale autour du long-métrage, La fille du 14 juillet, en présence de son réalisateur, Antonin Peretjatko. Ce film se révèle être l’une des bonnes surprises du cinéma comique français, cette année. Sélectionné à Cannes lors de la quinzaine des réalisateurs, le premier long-métrage de ce jeune cinéaste a été majoritairement salué par la presse française. Revisitant le genre du burlesque, Antonin Peretjatko nous offre un film anti-crise, coloré et libertaire. Nous affirmant hier soir ne s’être référé  à aucun cinéaste en particulier, on ne peut de tout de même que constater « l’influence fantomatique » (©Peretjatko) de Godard, Tati ou encore de romanciers, tel Boris Vian. Néanmoins, en adaptant cette culture de l’après-guerre au contexte socio-économique de 2013, le réalisateur crée une œuvre nouvelle et terriblement contemporaine.

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 La contemporanéité (ce mot existe bel et bien, pas besoin de le googler pour vérifier) de ce film se voit dès la scène d’ouverture ; scène où le spectateur aura le [dé]plaisir de [re]voir Nicolas Sarkozy, suivi de François Hollande, lors des deux dernières cérémonies du 14 juillet. Cette sorte de prologue cinématographique permet d’annoncer la couleur du film. En effet, Antonin Peretjatko nous signale clairement qu’il va tourner la société française en dérision. Et quoi de mieux, pour écrire la satire de notre temps, que de se moquer de la crise ? Dans cette France fictive, Peretjatko imagine que le gouvernement, dans un élan d’austérité, décide d’avancer la rentrée d’un mois. Alors que le pays se divise en juilletistes et aoutiens, cinq amis parisiens fuient vers le sud, déterminés à partir en vacances. Parmi eux, Hector et Truquette, deux amoureux qui se cherchent, mais ne parviennent pas à se trouver.

 Incontestablement burlesque, La fille du 14 juillet, applique la maxime de ce genre : rire, tout en abordant des thèmes sérieux. C’est ici le cas, Antonin Peretjatko traite, à travers chaque gag, de problèmes plus ou moins importants. Principalement basé sur l’humour visuel, La fille du 14 juillet n’hésite néanmoins pas à recourir au comique de situation (l’arrivée de personnages improbables à des moments injustifiés) ou au comique de mots (l’humour noir du diagnostic du Dr. Placenta à son patient). Le comique de La fille du 14 juillet repose aussi sur le ridicule de certains personnages, ou de certains passages. Le frère de Charlotte, personnification du ringard, ou le Dr. Placenta, sorte de Lionel Jospin (ou de Doc Brown, selon vos références) surcocaïné, sont des exemples parfaits. Complètement loufoque, La fille du 14 juillet regorge de scènes plus dérangées les unes que les autres – le repas chez Placenta demeurant surement le passage le plus insensé du film. Mais la forme drôle et absurde de ce long-métrage ne sert en fait qu’à masquer un fond, beaucoup moins drôle celui-ci, décrivant l’irrationalité de notre existence.

 Ainsi, Antonin Peretjatko livre, à travers La fille du 14 juillet, un constat amer sur l’homme, et la société. Le cinéaste dénonce l’illogisme de notre monde, critiquant tour à tour la politique (à travers la scène d’ouverture), le fonctionnement de la société (le passage à l’agence d’emploi intérimaires) ou encore la culture (la moquerie de Kafka ou de Tchekhov). Ce long-métrage nous questionne, pourquoi  devrions-nous nous adapter à cette vie si absurde et si fausse ? Pourquoi ne pas faire comme les héros de ce film, partir en vacances et profiter de la vie, la « vraie » vie ? Sauf que ce n’est pas aussi simple. Contrairement à la majeure partie des œuvres libertaires, La fille du 14 juillet démontre qu’il n’est pas facile de « profiter de la vie ». En effet, on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche. Toujours dans le besoin, les personnages nécessitent plusieurs fois l’aide du Dr. Placenta, ou d’inconnus rencontrés sur leur route. Ils ne peuvent pas également pas compter sur tout le monde, l’un des amis trahissant à un moment le groupe par égoïsme, juste dans son intérêt. Enfin, l’amour semble, et de loin, le plus gros problème posé par cette œuvre. Hector et Truquette, pourtant promis à une superbe histoire d’amour, ne cessent de se chercher, et de se rechercher mutuellement. Comme le montre l’une des scènes centrales du film (le jeu avec les énormes bouteilles de vin), il est difficile de trouver l’équilibre dans une relation amoureuse. Finalement, la seule chose que La fille du 14 juillet nous enseigne est que nous vivons dans un monde absurde, illogique et irrationnel – et que le mieux reste encore de tomber amoureux.

 De multiples influences se ressentent à la vue du film d’Antonin Peretjatko ; des influences cinématographiques évidemment, mais aussi sociétales et culturelles. La Nouvelle Vague, un mouvement artistiques des 50’s et 60’s, semble l’une des références majeures du cinéaste. S’inspirant par exemple de Godard par rapport aux couleurs (Pierrot le Fou notamment), ou de Malle pour la mise en scène (l’adaptation de Zazie dans le métro), Antonin Peretjatko expose son admiration de cet âge d’or du cinéma français. On remarquera également l’influence d’autres réalisateurs, comme Jacques Tati ou Bertrand Blier. Mais La fille du 14 juillet se réfère également à des domaines autres que le septième art. Par exemple, le roman. Citant de nombreux auteurs (Tchekhov, Kafka), Peretjatko a l’air d’apprécier la littérature moderne, plus particulièrement le roman français d’après-guerre. Très proche de Vian (L’écume des jours) ou de Queneau (Zazie dans le métro), le cinéaste paraît s’être inspiré de l’univers de ces écrivains, et surtout de leur fantaisie. D’autre part, les spectateurs les plus attentifs auront pu apercevoir à plusieurs reprises le tableau d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple. En plus des influences et références culturelles, on peut également deviner l’empreinte d’un mouvement sociétal sur l’œuvre d’Antonin Peretjatko, celui de Mai 68. L’aspect libérateur et libertaire, le côté festif et heureux de La fille du 14 juillet fut caractéristique de la révolte de Mai 68.

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 Véritable film anti-crise, La fille du 14 juillet emmène le spectateur dans un monde coloré, burlesque et absurde. Chantant un hymne à la liberté et à la joie de vivre, Antonin Peretjatko n’oublie tout de même pas de critiquer amèrement l’homme, et sa société. Magistralement mis en scène, avec de nombreux procédés cinématographiques empruntés à la Nouvelle Vague, ce film apparaît comme l’une des meilleures comédies de l’année, loin devant les tristes comédies populaires qui inondent les salles françaises depuis janvier.

PS : Lionel Jospin porte plainte contre Serge Trinquecoste pour diffamation sur la voie publique. Soutenez l’ancien candidat à la présidentielle dès maintenant sur les sites suivants… :

http://www.imdb.com/title/tt2846972/
https://twitter.com/pressCritik

La fille du 14 juillet
d’Antonin Peretjatko,

2013,
avec Vimala Pons, Vincent Macaigne, Serge Trinquecoste…

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Gatsby le Magnifique

Gatsby la machine à fric ?

 Véritable buzz planétaire, Gatsby le Magnifique ne se serait-il pas pris à son propre jeu ? Quatre ans après l’échec d’Australia, Baz Luhrmann revient sur le devant de la scène avec l’adaptation du célèbre roman de Francis Scott Fitzgerald. Le cinéaste australien prend le risque de la surmédiatisation, faisant de son dernier long-métrage un évènement culturel international. Le problème posé par une telle campagne promotionnelle est que les spectateurs s’attendent au film de l’année et que les critiques sont donc beaucoup plus exigeants que d’ordinaire, s’attaquant au moindre petit défaut. Alors ce Gatsby, chef d’œuvre cinématographique ou simple machine à fric ? Verdict.

THE GREAT GATSBY

 Avant de passer à l’adaptation de Baz Luhrmann, un petit rappel sur l’œuvre originale, le roman de Fitzgerald, s’impose. Publié en 1925, ce livre, d’abord raillé par les critiques et détesté par le public, est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature américaine. Reflet de l’époque des Roaring Twenties (équivalent des années folles au pays de l’Oncle Sam), l’histoire tourne autour de la bourgeoisie new-yorkaise des années 20’s.

 Fitzgerald s’attarde sur la personne de Jay Gatsby, jeune millionnaire à la fortune douteuse, au passé troublant et au charme irrésistible. Sorte de mythe, le richissime Gatsby, inconnu de tous, possède un palais immense où il réunit régulièrement le tout New-York lors de fêtes opulentes et débauchées à souhait. Le narrateur n’est autre que le voisin de Gatsby, Nick, un nouveau riche en quête de reconnaissance, et d’argent, à Wall Street. Nick et Gatsby, en plus d’être voisins, ont pour point commun de connaître tous deux la belle Daisy, cousine du premier et fantasme, romantique, du second.

 L’histoire ne parait pas inadaptable – bien au contraire même, l’aspect spectaculaire, les fêtes, la richesse et la démesure de Gatsby, semblent parfaitement en phase avec les moyens techniques qu’offre le septième art. Baz Luhrmann l’a d’ailleurs très bien compris, transformant les trente premières minutes de son long-métrage en véritable show audio-visuel à l’américaine. Le cinéaste nous propose ainsi une visite du New-York des 20’s au son de… Watch The Throne (2011), la mixtape de Kanye West et Jay-Z, deux références du rap US. Entre deux ou trois courses de bolides d’époques, Luhrmann filme une soirée libertine rythmée par un jazzman noir ou bien une party organisée par Mr. Gatsby, sorte de fête chic et débauchée où tout le monde danse le be-bop. Hyper-stylisé, le début de Gatsby le Magnifique instaure un décor rétro qui séduit et fascine le spectateur. Baz Luhrmann trouve le compromis parfait entre l’ambiance des 20’s et notre époque, alternant jazz et hip-hop – ne tombant jamais dans le too-much, le kitsch.

 Malheureusement, l’univers new-yorkais des années folles perd vite de son charme, par manque d’audace et d’originalité. En effet, l’atmosphère Roaring Twenties boosté par une audio-visuelle impressionnante, ça va au début mais ça lasse vite. On a la désagréable impression que Baz Luhrmann filme toujours les mêmes scènes, de la même façon, et ce pendant près de deux heures et demie. Les effets spéciaux, assez impressionnants dans un premier temps, s’essoufflent vite et peuvent finalement être considérés comme obsolètes. La 3D est tout simplement inutile, n’apportant rien de plus à l’action ou au spectacle, davantage audio que visuel. Le cadre du roman de Fitzgerald aurait du être mieux développé par Baz Luhrmann, qui ne se contente ici que d’une demi-heure de spectacle. Trop prévisible, le reste du film ne surprend plus le spectateur, qui devine, à chaque fois, comment la scène suivante se déroulera.

 Ce manque d’audace se ressent aussi à travers le jeu des acteurs, décevant lui aussi. Tobey Maguire, qui incarne Nick, interprète son personnage de la même façon qu’il jouait celui de Spiderman – il y a pourtant une différence assez nette entre un personnage de Fitzgerald et un super-héros de comics… De même pour Carey Mulligan, décevante-elle aussi dans le rôle de Daisy. Sa prestation est d’autant plus frustrante car, contrairement à Tobey Maguire, le talent de Carey Mulligan est déjà reconnu internationalement depuis son rôle dans Drive, aux côtés de Ryan Gosling. Enfin, le grand Leonardo DiCaprio n’est pas à la hauteur, quand on connait son génie et le potentiel créatif qu’offrait le personnage de Gatsby. Exhibant davantage sa classe que son talent, la performance de l’acteur nous laisse un gout amer, car il affiche dans quelques scènes, par exemple celle des retrouvailles avec Daisy, toute l’étendue de son talent.

 Cette déception est surtout du au tapage médiatique, créé par la promotion de Gatsby le Magnifique. On s’attendait à une magnifique adaptation du légendaire roman de Fitzgerald, on s’attendait à voir le film d’ouverture du festival de Cannes, on s’attendait au retour du duo Luhrmann/DiCaprio, on s’attendait à un show hollywoodien rythmé par Jay-Z et Beyonce… Mais, finalement, Gatsby le Magnifique n’est qu’une énième adaptation ratée d’un classique de la littérature. Beaucoup trop sage, le long-métrage de Baz Luhrmann ne fait aucune référence au sexe ou aux drogues (le roman de Fitzgerald était pourtant décrit comme une orgie littéraire), de manière à ne pas froisser une certaine part du public américain – et ainsi gagner toujours un peu plus de dollars. Gatsby le Magnifique a nettement privilégié la forme au fond, oubliant à quel point l’œuvre originale recèle de réflexions sur l’homme ou notre société, et se concentrant uniquement sur tout ce qui entourait la sortie du film : DiCaprio en ambassadeur, promotion à Cannes, teasers extraits des trente premières minutes du long-métrage, surmédiatisation de la BO…

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 Finalement, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Hollywood a réussi son coup, attirant les projecteurs sur son Gatsby plutôt que sur le festival de Cannes, pourtant d’une qualité exceptionnelle cette année. A coup de stars, plus ou moins populaires (Tobey Maguire de Spiderman/Carey Mulligan de Drive… Beyonce l’idole pop/les Xx, chouchou des élites culturelles…) et de références reconnues par tous (DiCaprio, Jay-Z…), le film parviendra à devenir un succès commercial, cartonnant à coup sur dans le monde entier. Mais malheureusement, d’un point de vue artistique, la beauté et l’originalité, brièvement aperçue au début du film, perd vite de son charme. L’adaptation de Gatsby le Magnifique par Baz Luhrmann, ou comment le commercial triompha sur l’art.

PS : quelques informations pour se rendre aux fêtes de Mr. Gatsby aux liens suivants…
https://twitter.com/pressCritik

Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby)
de Baz Luhrmann
2013
avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan…

Cannes #2013

 Quarante-huit heures. Cela fait désormais deux jours que Leonardo DiCaprio et Audrey Tautou, maîtresse de cérémonie, ont officiellement baptisés l’édition 2013 du plus beau festival cinématographique au monde – je parle, assurément, du Festival de Cannes. Bavant depuis plusieurs semaines devant la sélection officielle, les cinéphiles s’impatientaient en face de ce cru 2013, qui promettait, entre autre, le dernier film des frères Coen ou le retour du duo Refn/Gosling. Largement franco-américaine, la programmation a néanmoins placé quelques œuvres exotiques, on pense par exemple à Le Passé, de l’iranien Asghar Farhadi (réalisateur d’Une séparation) ou Heli d’Amat Escalante, le cinéaste mexicain. Deux-cent-seize heures. Il ne nous reste désormais plus que neuf jours pour s’émerveiller de la Croisette, de ses stars et de son glamour, des interviews du Grand Journal spécial Cannes, des spéculations sur les différentes palmes etc… Bref, notre temps est compté : cessons de déblatérer et mettons-nous à parler, à parler cinéma.

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 Commençons par le commencement, c’est-à-dire par le film d’ouverture, The Great Gatsby, nommé hors-compétition. Baz Luhrmann (Roméo+Juliette et Moulin Rouge) réunit Tobey Maguire (Las Vegas Parano mais surtout la trilogie Spiderman) et Carey Mulligan (Drive ou bien Public Ennemie) autour du grand, du génial, du magnifique désormais, Leonardo DiCaprio (je vous fais sa filmographie ?). Le tout réalisé dans une 3D d’une rare qualité, et sonorisé par Jay-Z… La bande-originale fera frémir mélomanes et cinéphiles, Gatsby rassemblant Beyonce, les Xx, Kanye West et la divine Lana Del Rey. Egalement hors-compétition, on retrouve le plus américain des frenchies, Guillaume Canet, nommé pour la première fois sur la Croisette en tant que cinéaste. Le créateur des Petits Mouchoirs, film plébiscité par le public français et boudé par les Césars, se rend à Cannes avec un thriller à l’américaine, Blood Ties. Guillaume a pris soin d’emmener avec lui d’immenses comédiens, Matias Schoenaerts (De Rouille et d’os), le grand, par la taille et le talent, acteur belge, Mila Kunis (Black Swan) et bien sur sa chérie, Marion Cotillard. Dans la catégorie Un certain regard, deux films ont retenus mon attention : As I Lay Dying et The Bling Ring. Le premier cité est signé James Franco, qui annonce ainsi au monde du cinéma qu’il se consacrera davantage à la réalisation qu’à l’interprétation dans les prochaines années. As I Lay Dying est l’adaptation du roman de William Faulkner ; l’histoire parle de la mort d’Addie Bundern, et surtout du transport de son corps, qui se transforme en véritable épopée. Le second film nous est livré par Sofia Coppola, qui n’est autre que la fille de Francis Ford. La réalisatrice de Somewhere raconte l’histoire d’un gang, le Bling Ring, de Los Angeles, qui avait défrayé la chronique il y a quelques années en cambriolant les maisons de stars hollywoodiennes. Ajoutez à cela Hermione Granger, je veux dire Emma Watson, et vous serez forcément tenté par The Bling Ring.

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 Mais ne nous éternisons pas sur cet (agréable) arrière plan et passons à la véritable compétition : la course à la Palme d’or. Vingt films, un seul gagnant. Sauf que, contrairement à The Voice, c’est le jury qui décide de ce dernier. Pour faire court, pressCritik n’en a retenu que le quart, cinq long-métrages qui semblent représentatifs de ce festival de Cannes, édition 2013. Le premier retenu n’est autre que la dernière réalisation des frères Coen, les deux génies du cinéma américain. True Grit en 2010, A Serious Man en 2009, No country for old men en 2007, The Big Lebowski en 1998 et Fargo en 1996. Cinq films, cinq chefs d’œuvres. Chaque réalisation que le duo Coen marque de son nom est un évènement. La dernière pépite signée des deux frères, Inside Llewyn Davis, traverse le New York des 60’s. Cannes, et son jury, adorera, c’est certain. Deuxième film, on quitte l’Oncle Sam, direction le Danemark… et on quitte New York pour Bangkok. Notre chauffeur, pour ce voyage exotique, sera Nicolas Winding Refn, le réalisateur de Drive, qui avait fait sensation il y a deux ans sur la Croisette. Le cinéaste danois s’est remis de l’effervescence causée par son œuvre, aujourd’hui culte, et remet ça, reformant son duo avec Ryan Gosling, probablement l’un des meilleurs acteurs du cinéma américain actuel. Refn revient donc avec Only God Forgives, un conte mélangeant boxe, drogue et prostitution… (Attention rupture syntaxique surprenante) Cocorico ! Pour nos troisièmes et quatrièmes choix, nous avons retenus deux longs-métrages made in France : Jeune et Jolie, de François Ozon, et La vie d’Adèle – Chapitre 1 & 2, d’Abdellatif Kechiche. Ce dernier, réalisé par un cinéaste méconnu du grand public, risque bien de faire sensation au pays des cinéphiles. La vie d’Adèle raconte une histoire d’amour singulière, entre Adèle, une jeune fille âgée de quinze ans, et Emma, soi-disant magnifiquement interprétée par Léa Seydoux. Le nom de François Ozon, métronome (parmi d’autres) du cinéma français, devrait suffire à expliquer la présence de Jeune et Jolie à Cannes. Récemment distingué par Dans la maison et Potiche, le cinéaste devrait continuer ainsi et confirmer un talent déjà salué par les critiques nationales. Néanmoins, la poésie de François Ozon, joliment exprimée dans le résumé de Jeune et Jolie (« Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons. »), saura-t-elle séduire le jury de Steven Spielberg ? Enfin, le dernier long-métrage retenu par pressCritik est celui que tout le monde présente comme LE favori du festival ; je veux évidemment parler de Le Passé, le film événement réalisé par l’iranien Asghar Farhadi. Le cinéaste a connu la consécration avec son long-métrage précédent, Une séparation, multi-récompensé à travers le monde entier (Berlinale, César, Oscar…). Asghar Farhadi, déjà respecté depuis des années grâce à des films comme Les enfants de Belle Ville ou A propos d’Elly, pourrait définitivement entrer dans l’Histoire du cinéma s’il remportait la Palme d’or 2013. Le Passé, œuvre qui n’a d’iranien plus que son réalisateur, associe deux des comédiens français les plus en vogue ces derniers temps, Bérénice Béjo (The Artist) et Tahar Rahim (Un prophète), autour d’un nouveau drame romantique, continuant ainsi dans la lignée d’Une séparation.

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 On aurait pu aussi citer The Immigrant de l’américain James Gray (Two Lovers), où l’on retrouvait Marion Cotillard et Joaquin Phoenix, ou encore La Vénus à la fourrure de Roman Polanski. Il ne faut pas croire que ce Festival de Cannes 2013, d’une qualité cinématographique exceptionnelle, se résume à ces quelques films, loin de là. De nombreux autres longs-métrages, moins « tape-à-l’œil » méritent une certaine attention, je pense par exemple à Zulu, le film de clôture, à Heli ou bien aux productions asiatiques (principalement nippones) comme Tel père, tel fils et Wara no tate, qui prennent, chaque année, de plus en plus d’importance. Sur-ce, il ne nous reste plus qu’à patienter gentiment dans notre canapé jusqu’au 26 mai. Nous saurons alors quels films auront le plus convaincu le jury de Steven Spielberg…

PS : si, pour vous aussi, neuf jours c’est trop long, soulagez votre impatience en traînant sur ces quelques sites…

http://www.festival-cannes.com/fr.html
https://twitter.com/FdC_officiel
https://twitter.com/pressCritik