Gravity

gravity Le docteur Ryan Stone, experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers…  trouveront-ils le moyen de rentrer sur Terre ? (AlloCiné)

Gravity
d’Alfonso Cuaron,
2013,
avec Sandra Bullock, George Clooney…

★★★☆☆


La Terre est belle… vu de là-haut

   Gravity. Des jours et des semaines que toute la populace a ce nom à la bouche : Gravity. Meilleur film sur l’espace, long-métrage à la mise en scène époustouflante, moyens techniques ahurissants, redéfinition de la 3D, œuvre au suspens claustrophobe insoutenable… les expressions élogieuses concernant la dernière réalisation d’Alfonso Cuaron, cinéaste atypique à la carrière étonnante, ne manquent pas. Gravity.  Que se cache-t-il réellement derrière le dorénavant surnommé film de l’année ?

   Comment en est-on arrivé là ? Comment un blockbuster hollywoodien parmi d’autres a-t-il pu tant défrayer la chronique ? Et bien, tout commença le 28 août 2013, lors de la cérémonie d’ouverture de la Mostra de Venise. Projeté en préambule de l’un des plus grands festivals de cinéma au monde, Gravity acquit d’emblée une certaine renommée, aussi bien auprès des médias que des élites cinéphiles présentes dans la ville aux canaux. Quelques jours plus tard, la réalisation d’Alfonso Cuaron passait, une nouvelle fois avec brio, sur les écrans de Toronto, à l’occasion du Festival International du Film, un autre rendez-vous incontournable dans le monde du septième art. Quelques commentaires complaisants énoncés par des hommes respectés, tels James Cameron ou encore Quentin Tarantino, suffirent à parachever la légende de Gravity.

   Certes Gravity s’impose comme un modèle, une référence sur le plan technique. Le néant spatial, la beauté de notre planète et l’insignifiance de l’humanité entre ces deux pôles, sont magnifiquement retransmis à l’écran par Alfonso Cuaron. Les moyens mis-en-place (la light-box, l’infographie, maquettes taille réelle…) par le cinéaste apparaissent comme révolutionnaires – où plutôt, remettons les choses à leurs places, comme novateurs. Cependant, on se rend compte, assez rapidement, des limites sur les plans techniques et esthétiques de Gravity.

   Filmer un espace de synthèse, d’un réalisme à couper le souffle, c’est fort sympathique mais ça ne fait pas un film. La beauté réside dans la diversité, l’originalité. La splendeur de 2001 : l’odyssée de l’espace, un long-métrage qui nous transportait plus de deux heures dans le vide spatial, charmait le spectateur car Stanley Kubrick maniait la caméra comme personne. Ici, Alfonso Cuaron lasse le spectateur au bout d’une quinzaine de minutes – la beauté de ses décors étant pourtant éminemment supérieure à celle de Kubrick ! Pourquoi ? Tout simplement car le cinéaste mexicain ennuie le spectateur. Et c’est compréhensible, seul les plus grands – Kubrick ou encore Scott – semblent capables de filmer un tel cadre. Et Cuaron n’est pas de ceux-là. Quant à la technique, un domaine pourtant accessible à tous, plus encore aujourd’hui, elle affiche également vite ses limites. La 3D en décevra, une nouvelle fois, plus d’un. La technique, en apparence extrêmement prometteuse, expose certes quelques scènes spectaculaires (cf. la destruction de l’ISS) mais, de manière générale, se révèle encore insatisfaisante, et même frustrante. En effet, mis à part une vis ou une larme de temps-en-temps, la 3D d’Alfonso Cuaron ne sert pas à grand-chose ; la plupart des débris flottant en apesanteur n’impressionnant rien ni personne.

   Sur le plan scénaristique, Gravity déçoit également. L’histoire, et donc le film, est plate : on assiste à peu de rebondissements et on a l’impression de revivre plusieurs fois la même suite de scènes. Réputé anxiogène, l’ambiance de Gravity s’avère finalement ne pas l’être, l’espace devenant plus un objet de contemplation que d’angoisse. Simple au possible, pour ne pas dire simpliste, le scénario de Gravity aurait mérité plus d’attention de la part d’Alfonso Cuaron. Ses personnages, Ryan Stone et Matt Kowalski, caricaturent à eux seuls les héros hollywoodiens. L’héroïne est une stressée permanente, maladroite et catastrophiste – à priori donc vouée à la mort dans l’espace – mais parviendra toujours à s’en sortir, étant donné son statut de caricature hollywoodienne. L’autre héros est un blagueur permanent, toujours hilare même quand la mort lui tend les bras. Dépourvus de toute originalité, les protagonistes de Sandra Bullock et de George Clooney apportent au spectateur une nouvelle raison de bouder Gravity.

   Même si, jusqu’ici, cette critique peut paraître assassine envers l’œuvre d’Alfonso Cuaron, sachez que ce n’est en aucun cas son but – je souhaite juste remettre Gravity à sa place, et non sur le piédestal sur lequel le monde du septième art l’a installé. Gravity n’est pas un chef d’œuvre. Alfonso Cuaron n’est ni le nouveau James Cameron ni l’héritier de Stanley Kubrick – sa réalisation n’égalant en aucun cas Avatar ou 2001 : l’odyssée de l’espace. Gravity n’est qu’un bon blockbuster parmi la pléiade de nanars que nous offre Hollywood. En quoi peut-on considérer Gravity comme un blockbuster quant la presse internationale voit en lui un chef d’œuvre cinématographique ? Il vous suffit de regarder d’un peu plus près le long-métrage d’Alfonso Cuaron : on y trouve plusieurs traits caractéristiques du blockbuster hollywoodien. Premièrement, la course au profit. Doté d’un budget de cent millions de dollars, Gravity avait pour mission première de rentabiliser son investissement, sous peine de fin de carrière pour Cuaron. Deuxièmement, la recette du bon vieux blockbuster made in USA. Deux stars américaines dont une de rang supra-galactique (j’ai nommé George Clooney), des moyens financiers, techniques et promotionnels exceptionnels, et enfin, un brin de patriotisme (satanés russes !). Troisièmement, un film pop-corn. Pas besoin de réfléchir devant Gravity, il suffit de contempler, la bouche béat à l’intérieure de laquelle se mélangent allègrement maïs soufflé et bave de consommateur assujetti. Bien qu’Alfonso Cuaron ait tenté de mettre en parallèle la dérive spatiale du Docteur Stone et l’idée de maternité, la sauce ne prend pas : aucune réflexion concrète ne semble ressortir de l’histoire contée à l’écran par Alfonso Cuaron.

   Il était nécessaire de remettre Gravity à sa place. L’œuvre d’Alfonso Cuaron ne méritait pas le Metascore (moyenne des notes attribuées par les critiques américains) de 96/100. Gravity, à défaut d’être une révolution cinématographique, n’est qu’une ligne supplémentaire à la longue liste des bons blockbusters hollywoodiens – et ce n’est déjà pas si mal.

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Kick-Ass 2

kick ass 2Résumé IMDb :

Kick-Ass, le lycéen devenu super-héros, rejoint un groupe de citoyens normaux ayant eux-aussi décidés à combattre le crime costumés. Pendant ce temps, Red Mist, devenu le Mother Fucker, prépare une revanche sanglante contre Kick-Ass.

Kick-Ass 2
de Jeff Wadlow,
2013,
avec Aaron Taylor-Johnson, Chloé Grace Moretz…

★★☆☆☆


À bout de souffle 

 Trois ans après le carton du premier opus, Kick-Ass revient, avec l’étiquette du super-héros le plus cool de ces dernières années. Le volet précédent, réalisé par Matthew Vaughn et non par Jeff Wadlow, fut maîtrisé de bout en bout, aussi bien artistiquement que financièrement. En effet, cinématographiquement, on peut assurément considérer Kick-Ass comme l’un des meilleurs « superhero movie » de la décennie, au même titre que les trilogies Spiderman ou Iron Man. Le succès fut également commercial, le film, réalisé avec un budget d’environ trente millions de dollars, en engendra près de cent millions – tout bénef’ donc pour Plan B Entertainement, la société de production gérée par Brad Pitt. L’attente générée par ce second opus était donc énorme.

 Le nouveau commandant de bord, Jeff Wadlow, cinéaste à la carrière pas vraiment brillante, semble s’être attaché à la ligne de conduite de son prédécesseur ; un superhero movie cool, fortement inspiré par le comics d’origine. Malheureusement la sauce ne prend pas. Ce faux-aspect fun – les bulles de bandes dessinées, les blagues potaches – dégage une odeur de bâclé, on ne ressent plus la naïveté, l’originalité du premier épisode. Kick-Ass 2 n’a pas su garder la spontanéité, la simplicité de son aîné. L’œuvre est passée du statut de digne adaptation de comics au rang de film d’action pur, niais et hollywoodien. En témoigne le seul côté positif de cette suite ; sa dimension épique, visible notamment lors de l’affrontement final. Nettement influencées par les Avengers de Joss Whedon, ces scènes de batailles rangées, par groupes – les gentils contre les méchants – confèrent au film de Wadlow une tournure héroïque qu’on n’aurait pu prévoir.

 Cependant, la dimension épique de Kick-Ass 2 est vite rattrapée par les instincts primaires hollywoodiens : le sexe, la violence, la baston, le sang… bref, toute cette animosité si commune au septième art américain. L’humour du premier épisode, largement basé sur la sexualité, était parfaitement dosé ; celui de Kick-Ass 2 se transforme lui en un humour de bof, mix entre la blague de cul de l’adolescent retardé et la blague pipi-caca du môme attardé. Tout ce qui faisait l’originalité de l’œuvre de Vaughn – l’humour donc mais aussi le côté blockbuster indépendant ou l’effet de surprise créé par ce comics si simple et pourtant si jouissif – est bafoué par Wadlow. Le genre du film d’action prime sur le genre du superhero movie. Les questions que posaient le premier volet, sur l’adolescence ou le manque de reconnaissance, sont ignorées par cette suite – car le mauvais blockbuster tient la non-réflexion pour règle d’or. Autre défaut notable, l’américanisation de Kick-Ass. Je m’explique : l’œuvre originale me paraissait indépendante, fait remarquable dans un genre si dollarisé (néologisme) que le superhero movie. Cette suite appelle à la glorification de l’Oncle Sam : la méchante Russie personnifiée en Mother Russia, le courage de la mère Patrie, toujours récompensé face aux supervillain, les références incessantes au Christ… Enfin dernier défaut – le terme déception serait peut-être plus approprié – la prestation de Jim Carey. Le comédien, souvent attendu au tournant mais généralement aux abonnés absents, déçoit, livrant une prestation terne, sans éclat. A l’image du film. Après un Man of Steel frustrant et un Wolverine affligeant, Kick-Ass  appuie la thèse du « jamais deux sans trois ». Le superhero movie des 2010’s suit-il la trajectoire du film d’action des 1980’s ? A savoir, une lente blockbusterisation (re-néologisme) jusqu’à un phénomène d’épuisement du genre, car trop décrédibilisé ? Seul le temps nous le dira.

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World War Z

La série Z de Marc Forster

 De nombreuses personnes croient que Brad Pitt est l’acteur hollywoodien par excellence. Pourtant, malgré son patronyme vendeur, sa belle gueule et son attitude de people accompli, quand on regarde la filmographie de Brangelina, on s’aperçoit vite que l’acteur américain n’a jamais réellement été l’enfant chéri d’Hollywood. En effet, mis à part World War Z, Brad Pitt a-t-il déjà joué dans un véritable blockbuster ? (par  blockbuster j’entends une superproduction privilégiant les dollars à l’art). Je doute sincèrement que David Fincher (Seven ou Benjamin Button), Steven Soderbergh (la saga Ocean’s) ou les frères Coen (Burn after reading), soient des réalisateurs à blockbusters. Certes, leurs œuvres sont des superproductions mais ces cinéastes recherchent la qualité avant la rentabilité. On peut éventuellement classer Troie et Mr. & Mrs. Smith dans la catégorie blockbuster. Ce qui voudrait donc dire que Brad Pitt n’a joué que dans deux ou trois blockbusters – contrairement à ce que beaucoup de gens pensent…

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 Brad Pitt constitue donc, à lui tout seul, une raison d’aller voir World War Z. Pourquoi ? Car l’acteur se trompe rarement, les projets auxquels il participe sont, la plupart du temps, des œuvres ambitieuses, et donc intéressantes. Ce World War Z, adaptation d’un best-seller de Max Brooks, semblait séduisant, sur le papier, pour Brad Pitt : le scénario offrait pour garantie le succès en librairie, c’était l’occasion de renouer avec le blockbuster et, de manière plus générale, avec le grand public… Mais l’acteur aurait peut-être du s’attarder sur la filmographie du réalisateur, Marc Forster, réalisateur du tristement célèbre Quantum of Solace, probablement l’un des pires James Bond de l’histoire de la série…

 Enfin bref. Prétendons que Brad Pitt fut obnubilé par l’histoire de World War Z – ce qui serait crédible, étant donné que c’est là le point fort du film. Le livre de Max Brooks décrit une apocalypse zombie à l’échelle mondiale (une fin du monde assez classique) et suit le parcours des Lane, une famille new-yorkaise modèle prise dans la tourmente de la fin du monde (une aventure reprise maintes et maintes fois par le genre de la science-fiction apocalyptique). Mais c’est justement en reprenant les thèmes plus classiques d’un genre que l’on arrive le mieux à s’en démarquer. D’ordinaire, les scénarios s’attachent à retracer la survie de la famille ; World War Z préfère lui, d’emblée, diviser la famille, envoyant le père à l’autre bout du monde pendant que sa femme et ses filles restent tranquillement en mer, à l’abri des zombies. On suit donc l’odyssée de Gerry qui, voguant de pays en pays, tente de trouver des explications, et une solution, au problème zombie. Ce voyage à travers le monde révèle d’ailleurs un autre point fort scénaristique de World War Z : l’internationalisation de l’apocalypse. Habituellement, les auteurs de science-fiction catastrophiste ne se préoccupent que d’un pays, en général les Etats-Unis, et n’abordent pas la situation mondiale. Chez Max Brooks, c’est tout le contraire. On voit l’avancée, les ravages de l’apocalypse, en Israël ou en Corée du Sud. Cette internationalisation permet en fait de critiquer le mauvais fonctionnement des institutions mondiales, comme l’ONU ou l’OMS.

 Mais malheureusement, ce scénario, assez complexe pour un blockbuster, est mis à mal par la caméra de Max Forster. Le cinéaste suisse a préféré l’action à la réflexion, privilégiant l’aspect grand spectacle à une réflexion approfondie sur le personnage de Gerry. Soit. Les scènes d’actions, essentielles à tout blockbuster qui se respecte, peuvent, si elles sont maîtrisées, devenir la marque d’un véritable style artistique. Mais attention ; trop d’action tue l’action – et de nombreuses créations hollywoodiennes l’ont compris trop tard.

 Ainsi, pendant près de deux heures, le spectateur assiste à un enchaînement de « scènes d’actions », toutes plus lourdes, ennuyeuses, invraisemblables que les précédentes. Un paradoxe quand on sait que l’œuvre originale de Max Brooks fut réputée pour son réalisme, sa crédibilité. En essayant de plonger son public dans une atmosphère oppressante (peu de luminosité, la peur du zombie au coin de l’escalier…), Max Forster se perd, laissant le spectateur s’endormir tellement la salle devient sombre. Les zombies auraient pu nous effrayer, et ainsi nous réveiller, mais que nenni ! Plus ridicule qu’autre chose, ces pauvres bêtes font rire quand leur rôle est d’effrayer… La première scène de ce type, dans l’immeuble, annonce déjà la lenteur et le triste spectacle auquel vous allez assister durant près de deux heures. Mais rassurez-vous, World War Z ne se déroule pas exclusivement dans l’ombre d’un hall d’immeuble ; Marc Forster alterne avec des passages en plein jour, filmé à la lumière naturelle (dans Jérusalem, par exemple). On ne trouve pas également que des scènes lentes et assommantes, le réalisateur de Quantum of Solace perdant, à de nombreuses reprises, le contrôle de sa caméra – tournant ainsi son film à la manière d’un Youtubeur en manque de sensations fortes. Ces passages, assez récurrents, constituent une véritable torture optique pour le spectateur ; premièrement car il était habitué à des scènes lentes et sombres et qu’il se retrouve subitement sous des lumières flash, accompagné d’une caméra parkinsonienne, et deuxièmement car c’est tout simplement un massacre visuel ! On ne voit plus rien, les humains se confondent avec les zombies, on en vient à confondre Gerry et sa femme, on ne sait plus qui tire sur qui… la 3D ne contribuant en rien à l’amélioration de cette boucherie visuelle. N’apportant strictement rien, elle handicape plus le spectateur qu’autre chose, lui floutant la vue et l’empêchant de voir correctement courses poursuites et autres guns-fight avec nos amis les zombies.

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 Une mise en scène à la limite du grotesque, des zombies ridicules, une caméra tremblante et un manque d’inspiration criant… Marc Forster peut se targuer d’une longue liste de qualificatifs tous plus désobligeants les uns que les autres. Heureusement pour lui, World War Z tient de Max Brooks. Le scénario, basé sur le roman de l’écrivain américain, reste, malgré cette adaptation ratée, une mine d’or pour Hollywood. Espérons simplement qu’un réalisateur, plus talentueux et plus inspiré que Marc Forster, débarque pour s’occuper de World War Z – Part 2. Brad Pitt, impeccable en Gerry, devrait rempiler pour les prochains épisodes ; il n’y a donc aucune raison de perdre espoir quand à l’avenir de World War Z.

PS : ci-dessous, quelques liens pour nous aider à virer Marc Forster :
http://www.worldwarzmovie.com/#
http://www.imdb.com/title/tt0816711/
https://twitter.com/pressCritik

 World War Z
de Marc Forster,
2013,
avec Brad Pitt, Mireille Enos…

Oblivion

2013 : l’odyssée d’Hollywood

 Joseph Kosinski is back ! Le réalisateur de Tron, le Disney remixé par Daft Punk, revient en 2013, après trois années d’absence, finalement assez peu commentées. Il faut dire que Tron a divisé le public, entre les cinéphiles déçus par une modernisation prétendue ratée (rappelons que Tron, l’original, date de 1982), les groupies de Daft Punk qui idolâtraient le film (ou plutôt la BO), les gosses disneyphiles apeurés par trop de science-fiction et les préados extasiés par un film animé et robotisé… en bref, les avis sur Tron, et son réalisateur, différaient énormément. Cette fois, Joseph Kosinski réapparaît sur le devant de la scène, avec la sortie d’Oblivion, un bon vieux blockbuster hollywoodien – histoire de rassembler un public divisé depuis trois longues ou courtes années, c’est selon.

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 Oblivion peut se résumer en quelques mots : Tom Cruise, science-fiction, Hollywood, par exemple. A la lecture de cette analyse, un peu minimaliste il est vrai, certains s’émerveilleront, repensant à la mythique Guerre des mondes de Spielberg, tandis que d’autres blâmeront une énième superproduction, interprétée qui puisait par un acteur sectaire. Mince alors, Kosinski diviserait encore les spectateurs du monde entier ?! Non qu’il reste calme, ceci n’est que l’habituel débat suivant les sorties de n’importe quel blockbuster hollywoodien. Mais revenons à Oblivion, plus précisément, attardons-nous sur la trame de ce film.

 Nous sommes en 2077, soixante ans après une guerre extraterrestre ayant dévasté notre planète, forçant ainsi l’espèce humaine à quitter la Terre. Jack Harper (Tom Cruise), est en mission sur Terre, dans le but de récupérer des ressources essentielles à la vie spatiale. Son boulot consiste à réparer des drones, assurant eux-mêmes la sécurité des extracteurs de ressource face aux méchants aliens. Alors qu’il ne lui reste plus que deux semaines de service avant de rejoindre la station spatiale, il assiste, en plein jour au crash d’un OVNI et décide, malgré les consignes de ses supérieurs, d’aller regarder ça de plus près. Jack s’attend à voir un vaisseau infesté d’aliens, et donc potentiellement dangereux pour les drones, mais, à sa grande surprise, la navette transporte des êtres humains. Il parvient à sauver l’un d’entre eux, loin d’imaginer les conséquences que son acte va engendrer…

 Le scénario est clairement l’un des points forts d’Oblivion. Recherchée, voir farfelue par moments, l’intrigue réunit tout les composants d’un grand film de science-fiction : pessimisme, recherche de la vérité, foi en l’homme malgré sa bêtise, déification de la technologie… Kosinski rassemble, au bonheur des fans de SF, tous les éléments fondateurs de ce genre – une liste établie par Stanley Kubrick en 1968, année de la sortie de 2001 : L’odysée de l’espace. Malheureusement, notre jeune cinéaste néglige le « vilain », le méchant de l’histoire, se référant justement un peu trop à Stanley Kubrick… L’autre réussite d’Oblivion, ce sont les décors, tout simplement à couper le souffle. Le film de Kosinski, un peu comme Tron en 2010, est une véritable claque visuelle. Oblivion reprend à la fois l’univers du Jour d’après de Rolland Emmerich et du Mad Max de Georges Miller – le tout customisé par le Hollywood des années 2010’s (la référence ultime, au niveau des effets spéciaux, étant le Avatar de James Cameron). Kosinski se contente ensuite, simplement, de filmer ces grattes ciels abandonnés au milieu de nul-part, cette urbanisation délaissée par l’homme et dévastée par la nature. Malheureusement (si l’on excepte donc ces deux points forts que sont le scénario et les décors), à part quelques réflexions sur les relations hommes-femmes ou sur la question de l’identité, Kosinski ne se foule pas beaucoup, nous gâchant ainsi notre plaisir.

 En effet, car pour ce qui est des dialogues, de la profondeur des rôles, ou encore de la fin, ce n’est plus Kosinski qui dirige mais bel et bien les dollars hollywoodiens. Les obligations, imposées par le budget d’une si grosse production, réduisent le champ d’action du réalisateur, remplaçant l’audace, qu’aurait pu avoir un cinéaste indépendant, par la rentabilité, le profit. Les dialogues semblent avoir été rédigés par des ados surexcités, insultant pour un rien et contre tout : en effet, même le grand Morgan Freeman se lance dans ce grotesque et pitoyable jeu de l’injure, osant même crier un « fils de p. » lors d’une gunfigth. Les répliques ne varient pas, se répètent même, en boucle – petit florilège de ces alexandrins digne d’un immigré extraterrestre apprenant mécaniquement le français : « Faisons-nous une bonne équipe ? Oui, nous faisons une bonne équipe/Non, ne faisons plus une bonne équipe » « Tu n’es pas forcé de mourir Jack. Elle n’est pas forcée de mourir, Jack. »… Cette pauvreté lexicale est aberrante et atteste du manque de créativité du Hollywood (ou des traducteurs, peut être la VO est-elle écrite dans une prose correcte ?) depuis les années 2000’s… Ajoutez à cela, une fin américaine, où tout le monde connaît un bonheur parfait et juste, même si l’apocalypse martienne a décimé les trois-quarts de l’espèce humaine… Enfin réduisez tout les rôles, autres que celui du héros, à de bon vieux clichés cinématographiques : le gentil rebelle, incarné par Morgan Freeman, la femme qui sert juste à baiser et se faire tuer, interprétée par Andrea Riseborough, le gentil qui-sert-à-rien mais qu’on-sait-pas-trop-si-il-est-gentil-ou-méchant, joué par Nikolaj Coster-Waldau… enfin vous voyez le tableau.

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 Finalement, le résumé minimaliste d’Oblivion ne sonnait pas si faux. « Tom Cruise, science-fiction, Hollywood » semble avoir été le dicton de Joseph Kosinski. Le cinéaste se contente de peu et bâcle un film qui aurait pu, vu la qualité du scénario et la beauté des effets spéciaux, marquer 2013 et s’imposer comme le film de science-fiction de l’année. Un gâchis pur et dur, made in Hollywood.

PS : si vous aussi vous voulez porter la tenue de Morgan Freeman dans Oblivion, rendez-vous sur…
http://www.oblivionmovie.com/splashpage/index.php
https://twitter.com/pressCritik …

Oblivion
de Joseph Kosinski

2013
avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman…