La vie d’Adèle

la vie d'adèle   À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve… (AlloCiné)

La vie d’Adèle – Chapitres 1 & 2
d’Abdellatif Kechiche,
2013,
avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux…

★★★★★

Le chef d’œuvre d’Abdel 

   La vie d’Adèle méritait-il une telle promotion ? Alors qu’un destin grandiose semblait se dessiner pour cette œuvre au soir du 26 mai – date à laquelle La vie d’Adèle fut récompensé par trois Palmes d’Or, une première dans l’histoire du Festival de Cannes – la foudre médiatique s’abattit sur elle, déchaînant pseudos clashs et polémiques futiles par dizaines. La vie d’Adèle se transforma en Abdelgate, le réalisateur, Abdellatif Kechiche, ayant été accusé des pires maux à travers toutes les presses, qu’elles soient spécialisées dans le septième art ou non. On décrivit l’homme comme un tyran, un tortionnaire-en-chef, prêt à tout pour martyriser son casting et son équipe technique – STOP. N’entrons surtout pas dans ce jeu médiatique insignifiant, fondé sur la mythomanie déformatrice, un mal qui frappe un grand nombre de journalistes en manque de scoops et de reconnaissance. Certes Abdellatif Kechiche a pu être un metteur en scène exigeant, mais à quel prix ? La vie d’Adèle a reçu une triple Palme d’or, une récompense extra-ordinaire, jamais décernée jusque là ! Les grands maîtres du cinéma – Stanley Kubrick, Alfred Hitchcock pour ne citer qu’eux – étaient pointilleux, durs, sévères, mais à quel prix ? La vie d’Adèle, et son créateur, Abdellatif Kechiche, ont d’ores-et-déjà marqué l’Histoire du septième art, et ce ne sont les pseudos scandales relatés par la presse contemporaine que l’on retiendra dans quelques années mais bel et bien la triple Palme d’or remise par le jury de Steven Spielberg.

   Selon ce même Steven Spielberg, réalisateur américain multi oscarisé et reconnu unanimement à travers le monde, La vie d’Adèle serait l’une des plus belles histoires d’amour jamais portée sur grand écran. De nombreux critiques, de France et d’ailleurs, ont employé ces mêmes termes pour décrire la romance d’Abdellatif Kechiche – la philosophie kantienne dirait donc vrai ; le beau serait universel.

   En quoi La vie d’Adèle diffère-t-il ? Par sa profondeur, son pragmatisme, sa poésie, bref : sa beauté. La vie d’Adèle est un beau film, plus encore, une belle histoire d’amour. Rarement, une romance sur grand écran s’est autant rapproché à la fois du réel et du poétique. Le personnage d’Adèle exprime en même temps la mélancolie amoureuse de la jeunesse – chaque lycéen cherche à se forger une « identité » sentimentale et parvient plus ou moins à en trouver une – et la poésie des relations amoureuses adolescentes, un mélange d’innocence, d’espérance et de crédulité. Adèle est tout cela : elle cherche dans un premier temps à se forger une identité amoureuse, touchant un peu à tout avant de finalement en trouver un semblant, puis elle vit une romance, qui débute adolescente puis grandira, subissant ainsi le difficile passage du temps. Abdellatif Kechiche développe un personnage, doublée d’une histoire d’amour, universelle. Chaque être peut, plus ou moins, se reconnaître en Adèle, s’identifier à son parcours sentimental. Le saut dans l’inconnu, l’espoir puis les déceptions, la crédulité suivie d’une dure réalité… mais avant tout l’amour. La vie d’Adèle exprime, magnifie, cette idée, à la fois universelle et personnelle, de l’amour.

   Reconnaissable entre mille, le style d’Abdellatif Kechiche se caractérise notamment par la proximité qu’il installe avec les protagonistes du film. On est toujours au plus près du personnage, de ce qu’il fait et surtout de ce qu’il ressent. Kechiche use de tous les types de plans pour lier le spectateur et l’acteur : plan rapproché, plan taille, gros plan… L’esthétique cinématographique de Kechiche se distingue également par la manière qu’a Abdel de tenir la caméra : une prise en main dite « réaliste » qui consiste à filmer naturellement (l’objectif bouge, comme si le réalisateur tremblait au moment de filmer), contrairement au cinéma classique où tout passage doit être filmé « impeccablement ». Ce contraste, cette confrontation, entre le classique et le moderne donne à La vie d’Adèle embellit l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Les jeux de couleurs et de lumière apparaissent également comme un aspect essentiel du style de Kechiche. Ce dernier livre un film éclatant, incandescent et emploie, à de nombreuses reprises, les couleurs environnantes ou encore la lumière solaire (cf. la scène du baiser entre Adèle et Emma, que Kechiche filme de façon à laisser apparaître un soleil entre les lèvres des deux amantes). Fondé principalement sur la mise en scène, le style d’Abdellatif Kechiche est impeccable et s’accorde parfaitement avec l’œuvre. En effet, les plans, la manière de filmer ou même les couleurs – qui ne sont que quelques traits caractéristiques du style du cinéaste, parmi d’autres – permettent à la caméra de Kechiche d’exprimer au mieux ce que ressentent Adèle, Emma et les autres.

   Maître Kechiche fait donc preuve d’une maîtrise cinématographique totale, c’est-à-dire sur tous les plans : esthétique, scénaristique et technique. Preuve en est que les deux sujets tabous abordés par La vie d’Adèle – l’homosexualité et l’hyper sexualité – ne dérangent en aucun point. L’œuvre de Kechiche mêle ces deux tabous et contrairement, par exemple, à L’inconnu du lac, ne tombe pas dans le « trop ». Alain Guiraudie (le réalisateur de L’inconnu du lac) jouait de manière hasardeuse avec ces tabous et l’œuvre qu’il nous a livré s’en est sentie affectée : l’opinion publique voyant L’inconnu du lac comme une sorte d’œuvre pornographique gay alors que le long-métrage était, à l’origine, un magnifique thriller ! Ce n’est pas le cas de l’œuvre d’Abdellatif Kechiche. Comme disait Steven Spielberg et comme l’on écrit les critiques français ou anglo-saxons, La vie d’Adèle est avant tout une histoire d’amour. La dimension homosexuelle de l’œuvre se relègue en arrière plan pour laisser place à l’idée universelle d’amour. Les scènes sexuelles, bien que nombreuses, ce qui scandalisent souvent l’opinion publique, paraissent si naturelles, si nécessaires à la relation amoureuse que nous conte Kechiche, qu’on en oublie leur côté tabou.

   Néanmoins, La vie d’Adèle n’aurait pas été La vie d’Adèle sans ses deux actrices, la jeune Adèle Exarchopoulos et la grande Léa Seydoux. Adèle, dont c’est le premier grand rôle, livre une performance magistrale, appelant certainement à un grand avenir dans le monde du septième art. Du haut de ses dix-neuf printemps, Adèle Exarchopoulos s’impose comme la révélation féminine de l’année en France. Quant à Léa Seydoux, elle suit son petit bonhomme de chemin, confirmant à chaque nouveau film son immense talent. La relation Exarchopoulos/Seydoux, guidée et dirigée par Kechiche, apparaît à l’écran comme fusionnelle, évidente. Entre pragmatisme et poésie, le couple Adèle/Emma a indéniablement marqué le cinéma français, entrant pour toujours dans la légende du cinéma au moment où La vie d’Adèle remporta une triple Palme d’Or, une pour Abdellatif… et deux pour Léa et Adèle.

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Cannes #2013

 Quarante-huit heures. Cela fait désormais deux jours que Leonardo DiCaprio et Audrey Tautou, maîtresse de cérémonie, ont officiellement baptisés l’édition 2013 du plus beau festival cinématographique au monde – je parle, assurément, du Festival de Cannes. Bavant depuis plusieurs semaines devant la sélection officielle, les cinéphiles s’impatientaient en face de ce cru 2013, qui promettait, entre autre, le dernier film des frères Coen ou le retour du duo Refn/Gosling. Largement franco-américaine, la programmation a néanmoins placé quelques œuvres exotiques, on pense par exemple à Le Passé, de l’iranien Asghar Farhadi (réalisateur d’Une séparation) ou Heli d’Amat Escalante, le cinéaste mexicain. Deux-cent-seize heures. Il ne nous reste désormais plus que neuf jours pour s’émerveiller de la Croisette, de ses stars et de son glamour, des interviews du Grand Journal spécial Cannes, des spéculations sur les différentes palmes etc… Bref, notre temps est compté : cessons de déblatérer et mettons-nous à parler, à parler cinéma.

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 Commençons par le commencement, c’est-à-dire par le film d’ouverture, The Great Gatsby, nommé hors-compétition. Baz Luhrmann (Roméo+Juliette et Moulin Rouge) réunit Tobey Maguire (Las Vegas Parano mais surtout la trilogie Spiderman) et Carey Mulligan (Drive ou bien Public Ennemie) autour du grand, du génial, du magnifique désormais, Leonardo DiCaprio (je vous fais sa filmographie ?). Le tout réalisé dans une 3D d’une rare qualité, et sonorisé par Jay-Z… La bande-originale fera frémir mélomanes et cinéphiles, Gatsby rassemblant Beyonce, les Xx, Kanye West et la divine Lana Del Rey. Egalement hors-compétition, on retrouve le plus américain des frenchies, Guillaume Canet, nommé pour la première fois sur la Croisette en tant que cinéaste. Le créateur des Petits Mouchoirs, film plébiscité par le public français et boudé par les Césars, se rend à Cannes avec un thriller à l’américaine, Blood Ties. Guillaume a pris soin d’emmener avec lui d’immenses comédiens, Matias Schoenaerts (De Rouille et d’os), le grand, par la taille et le talent, acteur belge, Mila Kunis (Black Swan) et bien sur sa chérie, Marion Cotillard. Dans la catégorie Un certain regard, deux films ont retenus mon attention : As I Lay Dying et The Bling Ring. Le premier cité est signé James Franco, qui annonce ainsi au monde du cinéma qu’il se consacrera davantage à la réalisation qu’à l’interprétation dans les prochaines années. As I Lay Dying est l’adaptation du roman de William Faulkner ; l’histoire parle de la mort d’Addie Bundern, et surtout du transport de son corps, qui se transforme en véritable épopée. Le second film nous est livré par Sofia Coppola, qui n’est autre que la fille de Francis Ford. La réalisatrice de Somewhere raconte l’histoire d’un gang, le Bling Ring, de Los Angeles, qui avait défrayé la chronique il y a quelques années en cambriolant les maisons de stars hollywoodiennes. Ajoutez à cela Hermione Granger, je veux dire Emma Watson, et vous serez forcément tenté par The Bling Ring.

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 Mais ne nous éternisons pas sur cet (agréable) arrière plan et passons à la véritable compétition : la course à la Palme d’or. Vingt films, un seul gagnant. Sauf que, contrairement à The Voice, c’est le jury qui décide de ce dernier. Pour faire court, pressCritik n’en a retenu que le quart, cinq long-métrages qui semblent représentatifs de ce festival de Cannes, édition 2013. Le premier retenu n’est autre que la dernière réalisation des frères Coen, les deux génies du cinéma américain. True Grit en 2010, A Serious Man en 2009, No country for old men en 2007, The Big Lebowski en 1998 et Fargo en 1996. Cinq films, cinq chefs d’œuvres. Chaque réalisation que le duo Coen marque de son nom est un évènement. La dernière pépite signée des deux frères, Inside Llewyn Davis, traverse le New York des 60’s. Cannes, et son jury, adorera, c’est certain. Deuxième film, on quitte l’Oncle Sam, direction le Danemark… et on quitte New York pour Bangkok. Notre chauffeur, pour ce voyage exotique, sera Nicolas Winding Refn, le réalisateur de Drive, qui avait fait sensation il y a deux ans sur la Croisette. Le cinéaste danois s’est remis de l’effervescence causée par son œuvre, aujourd’hui culte, et remet ça, reformant son duo avec Ryan Gosling, probablement l’un des meilleurs acteurs du cinéma américain actuel. Refn revient donc avec Only God Forgives, un conte mélangeant boxe, drogue et prostitution… (Attention rupture syntaxique surprenante) Cocorico ! Pour nos troisièmes et quatrièmes choix, nous avons retenus deux longs-métrages made in France : Jeune et Jolie, de François Ozon, et La vie d’Adèle – Chapitre 1 & 2, d’Abdellatif Kechiche. Ce dernier, réalisé par un cinéaste méconnu du grand public, risque bien de faire sensation au pays des cinéphiles. La vie d’Adèle raconte une histoire d’amour singulière, entre Adèle, une jeune fille âgée de quinze ans, et Emma, soi-disant magnifiquement interprétée par Léa Seydoux. Le nom de François Ozon, métronome (parmi d’autres) du cinéma français, devrait suffire à expliquer la présence de Jeune et Jolie à Cannes. Récemment distingué par Dans la maison et Potiche, le cinéaste devrait continuer ainsi et confirmer un talent déjà salué par les critiques nationales. Néanmoins, la poésie de François Ozon, joliment exprimée dans le résumé de Jeune et Jolie (« Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons. »), saura-t-elle séduire le jury de Steven Spielberg ? Enfin, le dernier long-métrage retenu par pressCritik est celui que tout le monde présente comme LE favori du festival ; je veux évidemment parler de Le Passé, le film événement réalisé par l’iranien Asghar Farhadi. Le cinéaste a connu la consécration avec son long-métrage précédent, Une séparation, multi-récompensé à travers le monde entier (Berlinale, César, Oscar…). Asghar Farhadi, déjà respecté depuis des années grâce à des films comme Les enfants de Belle Ville ou A propos d’Elly, pourrait définitivement entrer dans l’Histoire du cinéma s’il remportait la Palme d’or 2013. Le Passé, œuvre qui n’a d’iranien plus que son réalisateur, associe deux des comédiens français les plus en vogue ces derniers temps, Bérénice Béjo (The Artist) et Tahar Rahim (Un prophète), autour d’un nouveau drame romantique, continuant ainsi dans la lignée d’Une séparation.

Les-Marches-du-Festival-de-Cannes

 On aurait pu aussi citer The Immigrant de l’américain James Gray (Two Lovers), où l’on retrouvait Marion Cotillard et Joaquin Phoenix, ou encore La Vénus à la fourrure de Roman Polanski. Il ne faut pas croire que ce Festival de Cannes 2013, d’une qualité cinématographique exceptionnelle, se résume à ces quelques films, loin de là. De nombreux autres longs-métrages, moins « tape-à-l’œil » méritent une certaine attention, je pense par exemple à Zulu, le film de clôture, à Heli ou bien aux productions asiatiques (principalement nippones) comme Tel père, tel fils et Wara no tate, qui prennent, chaque année, de plus en plus d’importance. Sur-ce, il ne nous reste plus qu’à patienter gentiment dans notre canapé jusqu’au 26 mai. Nous saurons alors quels films auront le plus convaincu le jury de Steven Spielberg…

PS : si, pour vous aussi, neuf jours c’est trop long, soulagez votre impatience en traînant sur ces quelques sites…

http://www.festival-cannes.com/fr.html
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